La Pologne coupée en deux

Un homme et ses deux fils se sont rendus au bureau de vote vêtus d’un habit traditionnel polonais. Virus oblige, les électeurs se présentaient masqués dimanche et, après s’être passé les mains au gel désinfectant, utilisaient leur propre stylo pour voter.
Photo: Bartosz Siedlik Agence France-Presse Un homme et ses deux fils se sont rendus au bureau de vote vêtus d’un habit traditionnel polonais. Virus oblige, les électeurs se présentaient masqués dimanche et, après s’être passé les mains au gel désinfectant, utilisaient leur propre stylo pour voter.

Le président conservateur polonais, Andrzej Duda, et le maire libéral pro-européen de Varsovie, Rafal Trzaskowski, étaient au coude-à-coude dans la nuit de dimanche à lundi à l’issue du second tour de l’élection présidentielle, selon un sondage.

M. Duda recueillait 51,0 % des voix devant M. Trzaskowski (49,0 %), selon le troisième et dernier sondage de l’institut Ipsos, lors d’une élection au taux de participation, très élevé pour la Pologne, de 67,9 %. Le premier sondage à la sortie des urnes donnait une différence moins importante, 50,4 % et 49,6 % respectivement, entre les deux candidats.

Le président Duda est soutenu par le parti conservateur nationaliste Droit et Justice (PiS, au pouvoir), alors que le maire de Varsovie représente le principal parti d’opposition centriste, Plateforme civique (PO), qui promet notamment de rétablir les liens avec Bruxelles, tendus depuis l’arrivée du PiS au pouvoir en 2015.

« Tout peut encore se produire. C’est seulement demain après-midi qu’on saura vraiment qui a gagné : la différence est juste de 0,8 point de pourcentage [dans le premier sondage]. C’est dans la marge d’erreur, qui est de plus ou moins 2 points de pourcentage », a déclaré à l’AFP Ireneusz Krzeminski, politologue de l’Université de Varsovie.

La Pologne se réveille devant un triste champ de bataille avec les deux camps vaincus, car nul ne peut crier victoire

 

Pour Stanislaw Mocek, président de l’Université Collegium Civitas à Varsovie, ce sont les votes des Polonais vivant à l’étranger qui peuvent faire la différence. « Cela représente quelque 500 000 voix, et plus de 70 % des Polonais votant à l’étranger sont pour Trzaskowski », a déclaré M. Mocek.

L’issue du second tour est décisive pour l’avenir du gouvernement PiS, que ses détracteurs accusent de faire reculer les libertés démocratiques acquises il y a trois décennies à la chute du communisme.

Champ de bataille

« C’est une Pologne divisée en deux qui sort de ces élections, avec un avenir pas très rose, car il sera difficile d’apaiser la situation et de renouer les liens entre les deux camps », a estimé le politologue Kazimierz Kik de l’Université de Kielce, dans le sud de la Pologne.

« La Pologne se réveille devant un triste champ de bataille avec les deux camps vaincus, car nul ne peut crier victoire », a-t-il ajouté.

Le vote devait avoir lieu en mai, mais il a dû être reporté en raison de la pandémie provoquée par le nouveau coronavirus.

Au premier tour, le 28 juin, M. Duda était arrivé premier avec 43,5 % des voix et M. Trzaskowski deuxième, avec 30,4 %.

M. Duda, qui a promis de défendre les aides sociales populaires mises en place par le PiS, a bénéficié du soutien ferme des agriculteurs, ouvriers, chômeurs et retraités, alors que M. Trzaskowski a tenté de réunir un électorat bien plus disparate.

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« Deux visions de la Pologne »

Le président a fait une campagne polarisante, attaquant notamment les droits des personnes LGBTQ et rejetant l’idée d’indemnisations pour les biens juifs volés par les nazis et sous le régime communiste.

« Ces élections sont un affrontement de deux visions de la Pologne, entre le blanc-et-rouge et l’arc-en-ciel », avait résumé vendredi le ministre de la Justice, Zbigniew Ziobro, faisant référence au drapeau national polonais et au symbole utilisé par la communauté LGBTQ.

M. Trzaskowski, quant à lui, est favorable aux partenariats civils y compris entre personnes du même sexe. Sa décision de signer une déclaration de soutien aux personnes LGBTQ a incité nombre de régions de l’est rural et le plus conservateur du pays à se proclamer « zones libres de LGBTQ ».

Il a également promis de faire marche arrière concernant les réformes controversées du système judiciaire qui valent à la Pologne des critiques de Bruxelles.

À la sortie d’un bureau de vote, Wojciech, un ouvrier du bâtiment de 59 ans, a dit avoir voté Duda en raison de ses liens étroits avec le président américain, Donald Trump, « ce qui veut dire que nous pouvons compter sur les États-Unis pour nous défendre ».

D’autres électeurs ont choisi M. Trzaskowski avec l’espoir d’un retour à de meilleures relations avec l’Union européenne. « C’est important pour nous d’avoir une bonne coopération avec nos partenaires européens », a expliqué la retraitée Danuta Lutecka, espérant aussi qu’un changement de président mènerait vers « moins de haine et de divisions » entre Polonais.