Mobilisation contre les violences policières en France

Le rassemblement s’est déroulé à l’initiative du comité Adama Traoré, du nom d’un jeune homme noir mort en juillet 2016 après avoir été appréhendé par des gendarmes en région parisienne.
Photo: Thomas Samson Agence France-Presse Le rassemblement s’est déroulé à l’initiative du comité Adama Traoré, du nom d’un jeune homme noir mort en juillet 2016 après avoir été appréhendé par des gendarmes en région parisienne.

La police française a tiré du gaz lacrymogène après avoir reçu quelques projectiles au cours d’un rassemblement samedi après-midi à Paris contre le racisme et les violences policières, dans le cadre d’une mobilisation dans toutes les grandes villes de France.

Les policiers, qui bloquaient la plupart des rues donnant sur la place de la République, où plusieurs milliers de personnes s’étaient regroupées, ont chargé, faisant refluer une partie de la foule, a constaté une journaliste de l’AFP.

Les manifestants avaient prévu de marcher jusqu’à la place de l’Opéra, mais le défilé, non autorisé par la préfecture, n’a pas eu lieu, la police les ayant empêchés de quitter la place de la République.

Sur Twitter, la préfecture de police a appelé « les manifestants à rester calmes » et leur a demandé de « se disperser en raison des troubles à l’ordre public causés par certaines personnes ».

Le rassemblement s’est déroulé à l’initiative du comité Adama Traoré, du nom d’un jeune homme noir mort en juillet 2016 après avoir été appréhendé par des gendarmes en région parisienne.

 

Sa sœur Assa Traoré, une figure de proue du comité, avait appelé à marcher pour « dénoncer le déni de justice, pour dénoncer la violence sociale, raciale, policière », réclamant à nouveau l’inculpation des membres des forces de l’ordre impliqués dans l’interpellation de son frère.

« La mort de George Floyd — cet Afro-américain tué le 25 mai à Minneapolis par un policier blanc — a fait directement écho à la mort de mon frère. C’est la même chose en France, nos frères meurent […] », a-t-elle dit, promettant de « continuer le combat » pour la justice.

Dans la foule, de nombreux jeunes portaient des T-shirts noirs floqués de la demande portée depuis quatre ans par la famille Traoré : « Justice pour Adama ». Sur des pancartes, on lisait : « Au pays des droits de l’Homme, la police tue, on veut les vidéos » ou « tant que nous n’aurons pas la justice, vous n’aurez pas la paix ».

Le 2 juin, le comité Adama avait réussi à mobiliser 20 000 personnes dans la capitale française, s’imposant comme le fer de lance de la lutte contre les violences policières. Son discours s’est élargi, de la dénonciation de violences policières à celle d’un « racisme systémique », trouvant une forte résonance après la mort de George Floyd, qui a suscité une vague d’indignation planétaire.

Dans un communiqué diffusé samedi, Amnesty International a appelé à « une réforme systémique des pratiques policières » en France. « La gravité de la situation nécessite une réponse globale des autorités », a écrit cette ONG, saluant « l’abandon de la technique [d’interpellation] de l’étranglement », annoncé lundi par le ministre de l’Intérieur Christophe Castaner.

Des défilés étaient également prévus dans toutes les autres grandes villes de France, sur fond de colère dans les forces de l’ordre et à la veille d’une allocution du président Emmanuel Macron.

Des manifestations devaient notamment avoir lieu à Marseille, Lyon, Montpellier, Nantes, Saint-Nazaire, Bordeaux, ainsi qu’à Strasbourg dimanche.

Le racisme est « une maladie qui touche toute la société », avait déclaré mercredi en conseil des ministres Emmanuel Macron.

Les policiers français manifestent devant l'Arc de Triomphe

Des policiers français se sont réunis samedi soir devant l'Arc de Triomphe avec voitures et gyrophares, après la fin annoncée de la technique d'interpellation dite « d'étranglement ».

Les policiers ont entonné la Marseillaise et jeté à terre des menottes, à la veille d'une allocution du président Emmanuel Macron.

Le même jour, des milliers de personnes ont manifesté à travers le monde, de Londres à Paris, pour dénoncer le racisme et les violences policières, l'émotion suscitée par le meurtre aux Etats-Unis de George Floyd par un policier ne retombant pas.

« Mes collègues se sont sentis lâchés, abandonnés par leur ministre de tutelle » après les annonces lundi du ministre de l'Intérieur Christophe Castaner visant à améliorer la déontologie des forces de l'ordre, a expliqué Yoann Maras, policier et délégué syndical.

« Si le Président de la République ne réaffirme pas un soutien plein et entier à la police nationale [...], il va falloir s'attendre à ce que le mouvement prenne de l'ampleur avec des actions et manifestations de policiers », a-t-il ajouté.

Le ministre de l'Intérieur a reçu vendredi les syndicats policiers, très remontés depuis ses annonces lundi, notamment sur la fin de l'utilisation de la technique d'interpellation dite « d'étranglement ».

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