Tensions entre manifestants antiracistes et d'extrême droite à Londres

Bien que le mouvement Black Lives Matter ait annulé la manifestation prévue en début d’après-midi dans le centre de la capitale, plusieurs centaines de personnes se sont rassemblées à Hyde Park avant de se diriger vers le parlement.
Photo: Daniel Leal-Olivas Agence France-Presse Bien que le mouvement Black Lives Matter ait annulé la manifestation prévue en début d’après-midi dans le centre de la capitale, plusieurs centaines de personnes se sont rassemblées à Hyde Park avant de se diriger vers le parlement.

Des affrontements ont éclaté samedi après-midi dans le centre de Londres entre la police et des manifestants liés à l’extrême droite affirmant vouloir « protéger » des monuments d’actes de vandalisme de la part de militants antiracisme.

Des milliers de manifestants, parmi lesquels des militants d’extrême droite, ont défié les interdictions de rassemblement liées à la pandémie de nouveau coronavirus pour se retrouver près du Parlement où la statue de l’ex-premier ministre Winston Churchill avait été dégradée en marge de manifestations contre le racisme le week-end dernier.

Des bouteilles d’eau et des cannettes ont été jetées contre les forces de l’ordre tandis que certains manifestants ont scandé « Angleterre ».

Retweetant une vidéo de manifestants prenant à partie la police à Londres, la ministre de l’Intérieur Priti Patel a dénoncé une « violence tout à fait inacceptable ».

Elle les a appelés à rentrer chez eux pour arrêter la propagation du nouveau coronavirus et « sauver des vies », alors que la maladie COVID-19 a déjà tué plus de 41 000 personnes dans le pays.

La police a annoncé qu'elle avait procédé à plus de 100 arrestations après des heurts entre contre-manifestants d'extrême droite et policiers. Six policiers ont été légèrement blessés.

La police a dû effectuer une « importante » opération car il y avait « des poches de violence dirigée vers nos policiers », a déclaré le Metropolitan Police Service.

« Il est clair que des groupes d’extrême droite causent de la violence et des débordements dans le centre de Londres », a tweeté le maire travailliste de Londres Sadiq Khan, appelant à se « tenir à l’écart » des manifestations.

« La brutalité raciste n'a pas de place dans nos rues », a déclaré le Premier ministre Boris Johnson, et « toute personne qui attaquera la police subira toute la rigueur de la loi ».

Alors que les images des troubles étaient largement diffusés sur les réseaux sociaux, M. Johnson a tweeté: « Le racisme n'a pas de place au Royaume-Uni et nous devons travailler ensemble pour que cela devienne une réalité ».

 

Bien que le mouvement Black Lives Matter ait annulé une manifestation prévue samedi après-midi dans le centre de la capitale, plusieurs centaines de militants antiracistes se sont rassemblées à Hyde Park avant de se diriger vers le centre-ville. La police britannique les a priés de se disperser à 16 h 00 GMT pour éviter les risques d’affrontements avec des militants d’extrême droite.

L’association contre le racisme « Hope Not Hate » avait prévenu que plusieurs groupes de supporters de clubs de football comptaient participer, ainsi que des membres de mouvements d’extrême droite comme Britain First.

« Absurde et honteux »

Ces contre-manifestants sont venus pour « monter la garde autour de nos monuments », a dit à l’agence de presse PA Paul Golding, à la tête de Britain First. « J’en ai vraiment marre que les autorités aient permis deux week-ends consécutifs des actes vandalisme contre nos monuments nationaux », en référence notamment à la statue de Winston Churchill.

L’inscription « était un raciste » avait été taguée sous le nom du dirigeant conservateur, accusé d’avoir tenu des propos racistes, notamment contre les Indiens.

« Nous ne sommes pas racistes. Mais nous voulons défendre ce que Londres signifie pour tous […] et si [la statue] devait être enlevée, ce ne serait plus la même chose », a dit à l’AFP une manifestante, Victoria.

D’autres statues symbolisant le passé colonial du pays ont été prises pour cible dans le pays, dont celle du marchand d’esclaves Edward Colston qui a été déboulonnée à Bristol. À Londres, les statues de Nelson Mandela et de Gandhi, près du parlement, ont été protégées vendredi et celle de Winston Churchill a été mise à l’abri dans une boîte métallique.

Le petit-fils de Winston Churchill et ancien ministre conservateur, Nicholas Soames, a condamné les actes « lâches » des auteurs de dégradations mais il a jugé « extrêmement répugnante » l’idée que des militants d’extrême droite veuillent « monter la garde » autour de la statue, a-t-il dit samedi au quotidien The Telegraph.

La ministre de l’Intérieur a demandé que la statue de Churchill soit de nouveau visible. « Nous devrions libérer Churchill, un héros de notre nation qui a combattu le fascisme et le racisme dans ce pays et en Europe », a-t-elle dit au Daily Mail samedi.

Vendredi, le premier ministre Boris Johnson avait jugé « absurde et honteux » que le monument soit la cible d’attaques et jugé que des « extrémistes » avaient « pris en otage » les manifestations contre le racisme.

Ces propos ont suscité les critiques de députés d’opposition comme la libérale-démocrate Christine Jardine qui l’a accusé d’avoir « nourri les divisions et la peur » dans la population.

D’autres rassemblements contre le racisme ont eu lieu samedi dans le pays, comme à Brighton, sur la côte sud de l’Angleterre, et Liverpool (nord).

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