En Italie, des proches de victimes saisissent la justice

Arborant des masques identiques, les plaignants ont remis quelque 50 plaintes au bureau du procureur de Bergame, en Lombardie, mercredi.
Photo: Miguel Medina Agence France-Presse Arborant des masques identiques, les plaignants ont remis quelque 50 plaintes au bureau du procureur de Bergame, en Lombardie, mercredi.

Des familles et des proches de victimes du nouveau coronavirus ont déposé une cinquantaine de plaintes mercredi au parquet de Bergame, dans le nord de l’Italie, première action en justice du genre dans la péninsule où l’épidémie a fait près de 34 000 morts.

Accompagnés de leurs avocats, des membres du Comité « Vérité et justice pour les victimes de la COVID-19 », né sur Facebook et comptant 55 000 membres, ont remis 50 plaintes au bureau du procureur de Bergame, ville martyre de Lombardie et épicentre de l’épidémie qui a frappé l’Italie de début février à mai.

« Nous ne voulons pas la vengeance, nous voulons la justice », a expliqué Stefano Fusco, 31 ans, l’un des fondateurs de ce groupe Facebook, et dont le grand-père est décédé en mars.

Les plaintes ont été déposées à Bergame, car « cette ville est le symbole de la tragédie qui a touché tout le pays », a expliqué M. Fusco.

Elles exposent les drames vécus individuellement par chacune de ces familles (absence d’informations, soins ou prises en charge déficientes…) qui seront examinés par le bureau du procureur. Celui-ci décidera ensuite d’éventuelles poursuites et le cas échéant de la qualification des faits.

 

Larmes de sang

Cristina Longhini, pharmacienne, a perdu son père Claudio, 65 ans, lors de la pandémie dans un hôpital de Bergame. « Mon père venait juste de prendre sa retraite, il était en pleine forme quand il a été contaminé », raconte-t-elle.

Les urgences ont d’abord refusé son admission sous prétexte qu’il n’avait pas de difficulté respiratoire, se souvient-elle. À l’hôpital pour les malades de la COVID-19 en ville, il n’y avait plus de lit disponible en soins intensifs.

« Et quand il est mort, ils ont oublié de nous appeler. Je suis allé finalement identifier son corps, il était à peine reconnaissable, la bouche ouverte, ses yeux gonflés hors des orbites, avec des larmes de sang », décrit Mme Longhini.

« Ils m’ont donné ses affaires personnelles, dont des vêtements ensanglantés, et donc contaminés, dans un sac poubelle. »

Les cimetières locaux étant saturés, son cercueil a été transporté, avec une dizaine d’autres, par camion militaire vers une destination inconnue de la famille, qui a finalement découvert que le corps avait été incinéré à 200 km de là en recevant par courrier la facture du salon funéraire.

« Nous demandons justice pour les habitants de Bergame, de Brescia et d’ailleurs », a déclaré le président du Comité, Luca Fusco (père de Stefano), cité dans la presse locale.

Cette ville est le symbole de la tragédie qui a touché tout le pays

« La justice et, surtout, la vérité »

« Il faut faire la lumière point par point sur la gestion de l’urgence, pour comprendre qui a fait des erreurs et de quelle manière. Les provinces de Brescia et de Bergame [dans la région de Lombardie] ont connu plus de décès dus au coronavirus que des pays entiers. Nous ne pouvons pas faire comme si rien ne s’était passé », a-t-il souligné.

« Nous ne portons pas plainte pour obtenir de l’argent, nous voulons juste la justice et, surtout, la vérité. Toutes les deux vont de pair. L’argent ne pourra jamais nous rendre nos mère et père bien-aimés », assure Diego Federici, qui lui aussi a déposé plainte.

C’est la première action collective en Italie concernant l’épidémie de coronavirus.

En France, une soixantaine de plaintes ont été déposées ces derniers mois contre des membres du gouvernement pour dénoncer leur gestion de la crise du coronavirus, de même qu’au Zimbabwe des médecins ont porté plainte contre les autorités.

Les plaintes déposées ce mercredi en Italie le sont « contre X » (« personnes inconnues », selon la terminologie locale). « Nous voulons voir quelles lois ont été violées, et nous déciderons ensuite quoi faire en fonction », a précisé à l’AFP M. Fusco.

Près de 150 autres plaintes sont en préparation, a-t-il précisé.

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