Boris Johnson se range derrière son conseiller accusé d’avoir enfreint le confinement

Boris Johnson estime que Dominic Cummings a agi de «façon responsable, légale, et avec honnêteté».
Photo: Andrew Parsons / Getty Images / Agence France-Presse Boris Johnson estime que Dominic Cummings a agi de «façon responsable, légale, et avec honnêteté».

Le premier ministre britannique, Boris Johnson, a décidé dimanche de maintenir à son poste son conseiller spécial Dominic Cummings, accusé d’avoir violé les règles du confinement imposé pour lutter contre le nouveau coronavirus.

Malgré la déferlante d’indignation et d’appels, y compris dans les rangs de sa majorité conservatrice, pour exiger le départ du controversé conseiller, le chef du gouvernement a estimé que celui-ci avait agi de « façon responsable, légale, et avec honnêteté ».

M. Cummings, 48 ans, cerveau de la campagne du référendum de 2016 qui a abouti au Brexit, est au cœur d’une tempête politique depuis que deux journaux ont révélé vendredi soir qu’il s’était rendu fin mars avec sa femme et leur fils chez ses parents à Durham (400 km au nord-est de Londres), alors qu’il craignait d’être atteint de la COVID-19.

« Ce qu’ils ont fait est parfaitement compréhensible », a déclaré le premier ministre, venu assurer personnellement la conférence de presse quotidienne de Downing Street au sujet de la pandémie.

Selon les services du premier ministre, Dominic Cummings avait fait ce voyage car il avait besoin d’aide pour la garde de son fils, car sa femme était malade, et la famille a séjourné dans un bâtiment séparé de la propriété de ses parents.

La polémique a redoublé quand The Observer, édition dominicale du Guardian, et le Sunday Mirror, à l’origine des premières révélations, ont affirmé que Dominic Cummings avait également été vu à Durham le 19 avril, cinq jours après son retour à Londres pour se remettre au travail après sa guérison.

Mais Boris Johnson a écarté ces nouvelles accusations, estimant que nombre des allégations relayées dans la presse étaient « manifestement fausses ».

« C’était un test pour le premier ministre et il a échoué », a réagi le chef de l’opposition travailliste, Keir Starmer, pour qui l’absence de sanction est « une insulte aux sacrifices faits par le peuple britannique ».

Selon le Daily Mirror et le Guardian, Dominic Cummings aurait également été vu le 12 avril, le dimanche de Pâques, à Barnard Castle, à une cinquantaine de kilomètres de Durham. Le retraité convaincu d’avoir reconnu M. Cummings a porté plainte auprès de la police, pour de possibles infractions aux lois sur la santé, selon les deux journaux.

Au Royaume-Uni, deuxième pays dans le monde le plus durement touché par la pandémie avec 36 793 morts — plus de 41 000 en incluant les cas non confirmés —, cette affaire est embarrassante pour Boris Johnson, déjà la cible de vives critiques sur sa gestion de la crise du coronavirus.

L’affaire Cummings a également ému dans les rangs du Parti conservateur de Boris Johnson, où le puissant conseiller, qui n’est pas membre du parti, compte de nombreux ennemis.

Steve Baker, député influent et partisan acharné du Brexit, a estimé que Dominic Cummings devait partir. « Il n’est certainement pas indispensable », a déclaré M. Baker sur la chaîne d’information Sky News.

Étrillant un Dominic Cummings qui « a l’habitude de croire que les règles ne s’appliquent pas à lui », le député Damian Collins a quant à lui estimé sur Twitter que le gouvernement se porterait mieux « sans lui ».

« Des millions de gens ont mis leurs vies entre parenthèses, ont fait des sacrifices énormes pour obéir aux règles pendant cette période », a souligné une responsable du Parti travailliste, Sarah Jones. « Nous avons vu les cœurs brisés de gens qui n’ont pas pu assister aux obsèques de ceux qu’ils aiment », a-t-elle rappelé sur Sky News.

Dans la foulée de l’intervention de Boris Johnson, un tweet véhément a surgi sur le compte du gouvernement : « Arrogant et grossier. Pouvez-vous imaginer d’avoir à travailler avec ces tordeurs de vérité ? » Rapidement supprimé, le message va faire l’objet d’une enquête, a annoncé le compte Twitter du gouvernement.

Avant cette affaire, le Royaume-Uni a connu deux démissions retentissantes pour non-respect du confinement, en vigueur depuis le 23 mars. Un influent conseiller scientifique du gouvernement, le professeur Neil Ferguson, avait démissionné après avoir reçu chez lui une femme, présentée comme sa maîtresse.

Début avril, la cheffe des services sanitaires écossais, Catherine Calderwood, a quitté son poste après avoir reconnu s’être rendue à deux reprises dans sa résidence secondaire.