Le fragile équilibre de la réouverture européenne

Dans le métro de Paris, l'heure de pointe se rapprochait de l'achalandage normal, lundi.
Photo: Geoffroy van der Hasselt Agence France-Presse Dans le métro de Paris, l'heure de pointe se rapprochait de l'achalandage normal, lundi.

Des dizaines de millions de Français et d’Espagnols ont commencé lundi à retrouver une partie de leur liberté de mouvement, mais la crainte d’une deuxième vague de la pandémie, contre laquelle l’Organisation mondiale de la santé (OMS) a mis en garde, reste entière. Appels à continuer à privilégier le télétravail, port du masque obligatoire dans les transports, distanciation physique : les gouvernements ont tâché de favoriser une reprise en douceur après deux mois au point mort ou presque.

La joie de renouer avec un semblant de vie sociale est cependant bien présente dans ces deux pays, parmi les plus endeuillés par la pandémie qui a fait près de 284 000 morts dans le monde depuis son apparition fin 2019 en Chine. Lundi soir à Paris, une foule venue fêter, bouteilles en main, la fin du confinement sur les berges du canal Saint-Martin d’habitude très fréquentées a dû être dispersée par la police.

Extrême vigilance

Devant le reflux de la pandémie, l’OMS a appelé les pays à exercer « une extrême vigilance » au moment de déconfiner. « Si la maladie persiste à un faible niveau dans des pays qui n’ont pas la capacité d’étudier les foyers, de les identifier, le risque existe toujours que la maladie reparte », a prévenu le responsable des questions d’urgence sanitaire à l’OMS, Michael Ryan.

Notre défi est de trouver un moyen d’aller de l’avant en préservant les gains durement obtenus, tout en allégeant le poids du confinement

 

En Allemagne, pays souvent cité en exemple pour l’efficacité de sa gestion de la crise, le seuil critique de 50 nouvelles contaminations pour 100 000 habitants a été franchi dans trois cantons. La chancelière, Angela Merkel, a souligné lundi à la télévision qu’en cette « nouvelle phase de la pandémie », il était « très important » que les gens respectent les gestes barrières.

Dans ce contexte, le premier ministre britannique, Boris Johnson, lui-même rescapé de la maladie, a prolongé au moins jusqu’au 1er juin le confinement dans son pays, le deuxième parmi les plus touchés au monde avec plus de 32 000 morts. Il a toutefois présenté lundi un plan de déconfinement progressif accordant plus de possibilités de sorties, à condition de maintenir ses distances et de rester entre personnes du même foyer. « Notre défi est de trouver un moyen d’aller de l’avant en préservant les gains durement obtenus, tout en allégeant le poids du confinement. Je serai franc : c’est un équilibre extrêmement difficile à trouver », a reconnu M. Johnson.

Il a aussi fixé comme objectif de renvoyer à l’école les élèves de primaire pour un mois, avant les vacances d’été, et ouvert la voie à un redémarrage de la saison sportive à huis clos le 1er juin, avant une possible réouverture des commerces non essentiels à partir du 4 juillet.

Sauvez des vies

En France, où plus de 26 600 personnes ont péri, les dirigeants ont eux aussi appelé à la discipline. « Grâce à vous, le virus a reculé. Mais il est toujours là. Sauvez des vies, restez prudents », a tweeté le président Emmanuel Macron. Jean Castex, le haut fonctionnaire chargé en France de préparer la sortie de confinement, a pour sa part averti « qu’un reconfinement en urgence doit être anticipé » en cas de besoin.

Les autorités norvégiennes ont assuré que ces réouvertures n’avaient pas, à ce stade, ravivé la pandémie dans le pays. « Si l’allègement des mesures avait dû avoir un tel effet, nous aurions dû aujourd’hui commencer à le voir sous la forme d’une hausse du nombre des infections », a dit un haut responsable.

En Espagne, afin de limiter les risques de propagation, seule une partie du pays a été déconfinée lundi. Plusieurs grandes villes, comme Madrid et Barcelone, restent soumises à de sévères restrictions dans ce pays qui déplore, lui aussi, plus de 26 000 morts.

L’Italie a comptabilisé lundi moins de 1000 malades en soins intensifs, une première depuis le 10 mars.

 

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