La France de retour au boulot

Sur les six millions d’élèves du primaire en France, les 130 000 professeurs qui seront présents lundi n’en attendent pas plus d’un million.
Photo: Franck Fife Agence France-Presse Sur les six millions d’élèves du primaire en France, les 130 000 professeurs qui seront présents lundi n’en attendent pas plus d’un million.

Dans la petite rue du Télégraphe, au sommet de la colline de Belleville dans le 20e arrondissement de Paris, la petite école du Télégraphe va reprendre vie dès lundi. Désertée depuis deux mois, l’école primaire retrouvera ses enseignants, qui consacreront les premiers jours à organiser cette rentrée un peu particulière. Il faudra disposer les chaises et les tables à plus d’un mètre de distance et prévoir des parcours évitant le plus possible les contacts. Dès jeudi, les premiers élèves seront accueillis sur une base volontaire, en commençant par les classes charnières que sont la dernière année de maternelle ainsi que la première et la dernière année du primaire.

Mère de deux enfants de trois et cinq ans, Marta Blazquez hésite à envoyer son plus grand, Simon, à l’école. « Je crois que je vais attendre encore un peu, histoire de voir comment ça se passe. » Cette jeune architecte originaire de Madrid n’est pas une exception.

Même si le gouvernement a annoncé la fin du confinement général à partir de lundi, les choses risquent d’être très progressives, tout particulièrement à Paris. La capitale fait en effet partie, avec les Hauts-de-France, la Bourgogne-Franche-Comté et le Grand-Est, desrégions toujours en rouge sur la carte de l’épidémie. Et cela, même si la contagion y est en forte régression. Ainsi, dans ces quatre régions, la rentrée des écoles secondaires a été reportée au mois de juin, alors qu’elle pourra se faire dès le 18 mai dans la majorité des régions du pays. Les parcs aussi demeureront fermés.

Avec un bilan qui frôle les 26 000 morts, la France entame donc un déconfinement très progressif, touchant surtout les entreprises et les petits commerces. Les déplacements demeureront aussi limités à 100 kilomètres autour du lieu de résidence. Si tout va bien, c’est à la fin du mois que l’on devrait savoir quand rouvriront les restaurants et les bars.

 

Une rentrée scolaire limitée

Sur les six millions d’élèves du primaire, les 130 000 professeurs qui seront présents lundi n’en attendent pas plus d’un million, a précisé le ministre de l’Éducation, Jean-Michel Blanquer. Marta ne sera donc pas la seule à garder ses enfants à la maison. Il faut dire qu’elle fait partie des 11 millions de Français qui continueront à jouir jusqu’à la fin de juin du « chômage partiel ». Celui-ci permet en effet à un employeur de continuer à verser 84 % du salaire de ses employés tout en étant remboursé par l’assurance chômage.

« J’ai étudié le protocole de retour à l’école pour les enfants du primaire et de la maternelle, dit Marta, et çam’apparaît délirant. Je ne vois pas comment on pourra faire respecter les gestes barrières à des enfants de cet âge, dit-elle. Comment pourront-ils rester à un mètre et demi l’un de l’autre à la récréation ? Si c’est pour les obliger à se laver les mains toutes les heures, ce n’est pas la peine. »

Jean-Michel Blanquer ne cache pas que cette « rentrée » vise surtout les parents qui n’auront pas d’autre choix que d’envoyer leurs enfants à l’école. Mais aussi à rétablir un lien avec ces 5 % d’élèves avec lesquels on a perdu tout contact. Les professeurs ayant depuis le début du confinement pour mission d’organiser l’enseignement en ligne et de contacter chaque élève au moins une fois par semaine.

Même si Simon et Lou ne sont qu’en maternelle, Marta a reçu régulièrement des indications de leurs professeurs proposant des échanges et des activités diverses. « On a échangé des photos de nos bricolages et fait des visioconférences avec les copains. » D’ailleurs, Marta n’est pas mécontente d’avoir passé six semaines avec ses enfants. Comme le dit Simon : « Le virus est méchant avec les malades. Mais il est sympa avec nous, car on est tous ensemble ! »

La cohue dans les transports ?

L’autre grand problème qui risque de se poser dès lundi dans la région parisienne concerne les transports. Avec cinq millions d’usagers quotidiens des bus, du tramway et du métro, les transports risquent de devenir un gigantesque incubateur à virus. D’autant plus qu’au démarrage, le service ne dépassera pas 75 %. En temps normal, la fréquence du métro est calculée pour qu’il y ait environ quatre passagers par mètre carré. On calcule qu’à partir de lundi, le réseau ne pourra supporter qu’un million de passagers par jour. Et encore, à condition de poursuivre le télétravail et d’étaler les horaires, comme le gouvernement a demandé aux employeurs de le faire.

On pourrait néanmoins voir dès lundi d’étranges files d’attente s’allonger devant les stations de métro. C’est pourquoi, dans la région parisienne, les heures de pointe seront réservées « aux personnes détenant une attestation de leur employeur ou ayant un motif impérieux pour se déplacer », a déclaré la ministre des Transports, Élisabeth Borne. Des marquages au sol ont commencé à être faits afin de respecter les distances de sécurité. Mais surtout, le gouvernement, qui a longtemps affirmé que le port des masques était inutile pour le grand public, s’est résolu à le rendre obligatoire dans les transports en commun sous peine d’une amende de 135 euros (205 $CAN).

Toutes ces décisions n’ont pas été prises sans frictions, rapporte le magazine L’Express. Dès la fin d’avril, les responsables ont averti le gouvernement qu’ils pourraient même interrompre le service en cas de danger sanitaire. Selon un sondage du Boston Consulting Group, une personne sur quatre choisira d’utiliser sa voiture. Ce qui fait craindre d’immenses embouteillages. C’est pourquoi le gouvernement et la Ville de Paris incitent les Parisiens à aller travailler à vélo. Un budget de 20 millions d’euros (30 millions $CAN)a été débloqué à cet effet.

Dès lundi, on va donc beaucoup marcher ou prendre son vélo à Paris. Il faut dire que ces difficultés n’ont rien de nouveau pour les Parisiens. En décembre dernier, une grève avait paralysé presque tous les métros et les bus. Ce qui n’avait pas empêché la capitale de continuer à vivre.

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