Coup de froid sur le tourisme

Les plages d’Italie, d’Espagne ou encore du Portugal risquent d’être boudées par les touristes du Nord.
Photo: Fabrizio Marzano / Bacino Grande via Agence France-Presse Les plages d’Italie, d’Espagne ou encore du Portugal risquent d’être boudées par les touristes du Nord.

Les pays du sud de l’Union européenne (UE) ont appelé lundi à un « fort soutien » européen pour le secteur touristique, ébranlé par la pandémie de coronavirus et qui broie du noir avant les vacances d’été. Il y a un peu plus de deux semaines, le Fonds monétaire international avait alerté sur la vulnérabilité de certains États européens, comme l’Italie, la Grèce, l’Espagne et le Portugal, dont les rivages prisés des estivants venus du Nord risquent d’être boudés cette année. Une menace pour leurs économies très dépendantes des dépenses des vacanciers.

À l’issue d’une réunion virtuelle des 27 ministres du Tourisme de l’UE à Bruxelles, ces quatre pays et cinq autres (la France, Malte, Chypre, la Bulgarie et la Roumanie) ont souligné dans une déclaration commune « l’importance stratégique » de ce secteur. Ils ont réclamé un « fort soutien » du plan de relance de l’économie européenne. Problème : ce plan qui pourrait se chiffrer à mille milliards d’euros n’a pas encore été arrêté.

La semaine dernière, la Commission européenne a été chargée d’y travailler par les 27 dirigeants européens, qui restent pour l’instant fortement divisés sur son financement. Elle devrait faire des propositions en mai.

Ces neuf ministres ont également insisté sur la nécessité d’établir des règles homogènes pour la mobilité […] afin de garantir un « voyage sûr et sans rupture » au sein de l’espace européen. Pour l’instant, la plupart des frontières intérieures sont fermées et aucune date n’a encore été avancée pour leur réouverture progressive.

Il faut promouvoir l’Europe comme une destination en tant que telle et éviter une guerre des destinations au sein de l’UE

 

Les pays de l’UE amorcent à l’heure actuelle, en ordre dispersé, des mesures pour un déconfinement qui s’annonce particulièrement complexe. Et ils craignent toujours une deuxième vague de la pandémie, après avoir réussi au prix d’énormes sacrifices individuels à surmonter la première. « Le sanitaire fait loi en ce moment. Dès qu’on aura des éléments sur l’ouverture des frontières, on le dira. Il est important que des régions épargnées ne soient pas exposées au virus », a reconnu, dans un entretien à l’AFP, le secrétaire d’État français, Jean-Baptiste Lemoyne.

Le commissaire européen au Marché intérieur, le Français Thierry Breton, et le ministre croate du Tourisme, Gari Cappelli, dont le pays préside l’UE au premier semestre, ont proposé de travailler sur des protocoles sanitaires harmonisés entre les 27 États membres. Dans l’entourage de M. Breton, on évoque la date de mi-mai pour proposer de telles règles aux professionnels du tourisme afin de les aider à préparer la saison à venir.

Pour M. Lemoyne, « il faut promouvoir l’Europe comme une destination en tant que telle et éviter une guerre des destinations au sein de l’UE ». Il reconnaît cependant que « tous les pays sont conscients que, dans un premier temps, c’est le tourisme national qui va être le moteur de la reprise ».

Les mises en garde du ministre allemand des Affaires étrangères, Heiko Maas, dans Bild am Sonntag, l’édition dominicale de Bild, sont d’ailleurs sans équivoque. « Une course européenne pour savoir qui sera le premier à autoriser à nouveau les voyages touristiques entraîne des risques inacceptables », a-t-il prévenu. « Nous avons déjà vu ce qu’un foyer épidémiologique dans un lieu de villégiature populaire peut provoquer dans les pays d’origine des vacanciers, une fois rentrés chez eux », a-t-il ajouté. Il faisait allusion à la station de ski autrichienne Ischgl, réputée pour ses bars festifs chez les jeunes d’Europe du Nord, qui s’étaient retrouvés infectés par le virus. « Cela ne doit pas se répéter », a-t-il averti.

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