Médecins Sans Frontières cesse les sauvetages en mer de migrants avec SOS Méditerranée

MSF a mis fin au partenariat qui liait depuis 4 ans les deux associations et qui a permis de sauver 30 000 personnes en Méditerranée. Sur la photo, le navire «Aquarius»
Photo: Bram Janssen Archives Associated Press MSF a mis fin au partenariat qui liait depuis 4 ans les deux associations et qui a permis de sauver 30 000 personnes en Méditerranée. Sur la photo, le navire «Aquarius»

L’ONG Médecins Sans Frontières a annoncé vendredi cesser ses missions de sauvetage de migrants en mer à bord du navire Ocean Viking, faute de parvenir à s’entendre avec l’association SOS Méditerranée, qui l’affrète, sur la possibilité d’opérer malgré la crise sanitaire.

MSF a mis fin au partenariat qui liait depuis 4 ans les deux associations et qui a permis de sauver 30 000 personnes en Méditerranée. Elle a toutefois rappelé la gravité de la situation de ceux qui continuent de fuir la Libye : en pleine crise de la COVID-19, Malte et l’Italie ont officiellement fermé leurs ports aux migrants.

Dans ce contexte, SOS Méditerranée a considéré de son côté que « les conditions de sécurité n’étaient malheureusement plus réunies pour les équipages et les personnes secourues », a expliqué à l’AFP Sophie Beau, sa directrice générale.

Reprendre la mer, c’était prendre le risque de se retrouver « face à des situations de blocage qui s’éternisent en mer », « sans aucune garantie de débarquement », et « des évacuations médicales rendues très hasardeuses du fait des conditions de crise sanitaire ».

Jusqu’à nouvel ordre, le navire de secours Ocean Viking restera à Marseille (sud de la France), son port d’attache. « On ne pouvait pas prendre la responsabilité de repartir en mer alors que tous les indicateurs sont au rouge », a poursuivi Mme Beau.

SOS Méditerranée, qui travaillait à l’origine avec l’ONG Médecins du Monde, espère toutefois reprendre dès que possible ses opérations, sans MSF, pour éviter « que la crise sanitaire n’en cache une autre », humanitaire, en Méditerranée.

MSF, quant à elle, aurait souhaité poursuivre les sauvetages à bord de l’Ocean Viking, même sans garantie des États européens de pouvoir débarquer les personnes secourues, au nom de « l’impératif humanitaire », a expliqué Hassiba Hadj Sahraoui, chargée des questions humanitaires. L’ONG pouvait difficilement continuer de mobiliser une équipe médicale si le bateau de sauvetage restait à quai en France, a-t-elle ajouté.

MSF, déterminé à poursuivre son action en Méditerranée, met directement en cause la responsabilité des États européens, qui « continuent de se dérober devant leur responsabilité, contrecarrant sans relâche les efforts des ONG ».

« La lutte contre la COVID-19 ne doit pas être un prétexte pour imposer des politiques migratoires meurtrières », a ajouté l’ONG, qui appelle à lever « immédiatement les restrictions empêchant les ONG de sauver des vies en mer ».

Elle accuse Malte et l’Italie de ne pas avoir répondu à plusieurs appels de détresse et refusé « le débarquement à près de 200 personnes » par d’autres ONG pendant le week-end de Pâques.

Dans la Manche, 44 migrants, dont huit enfants, secourus

Quarante-quatre migrants dans trois petites embarcations en difficulté qui tentaient de traverser la Manche pour rejoindre la Grande-Bretagne ont été secourus dans la nuit de jeudi à vendredi, ont annoncé les autorités françaises. Les secours sont d’abord intervenus vers 02 h 30 (22 h 30 la veille au Québec) pour porter assistance à 15 migrants, dont huit enfants, en panne de moteur au large du Pas-de-Calais (nord de la France), indique dans un communiqué la préfecture maritime de la Manche et de la Mer du Nord, sans préciser leurs nationalités. Puis vers 07 h 40 (01 h 40 au Québec), un patrouilleur de la marine française a récupéré dans la même zone 17 migrants, à environ 18,5 km du Cap Gris-Nez. Un hélicoptère de la marine, qui survolait la zone pour vérifier « qu’aucune autre embarcation ne se trouvait en difficulté en mer », a alors repéré un autre bateau à environ 3,7 km de Calais. La Société nationale des sauveteurs en mer a secouru les 12 migrants qui se trouvaient à son bord vers 08 h 00 (02 h 00 au Québec). Les tentatives de traversée de migrants depuis la France vers l’Angleterre se sont multipliées depuis fin 2018, malgré le danger lié à la densité du trafic, aux forts courants et à la faible température de l’eau. En 2019, 2758 migrants tentant de traverser la Manche ont été interceptés, soit quatre fois plus qu’en 2018, selon la préfecture maritime.