75 ans après sa libération, hommage virtuel pour Buchenwald

Entre sa création en 1937 et sa libération en avril 1945 par ses propres prisonniers, quelque 56 000 personnes périrent à Buchenwald.
Photo: Jens Schlueter Agence France-Presse Entre sa création en 1937 et sa libération en avril 1945 par ses propres prisonniers, quelque 56 000 personnes périrent à Buchenwald.

Le devoir de mémoire avant tout : 75 ans après la libération de Buchenwald, le mémorial du camp de concentration, contraint d’annuler ses commémorations en raison de l’épidémie de COVID-19, a rendu hommage virtuellement samedi aux victimes du nazisme.

Sur un site accessible en allemand, anglais et français (www.thueringer-erklaerung.de), le mémorial publie également une « Déclaration de Thuringe », sous forme de pétition appelant à « défendre la démocratie et les droits humains » dans un contexte de regain de l’extrême droite, notamment en Allemagne.

« Aujourd’hui, cependant, le radicalisme de droite et l’autoritarisme ont le vent en poupe, tout comme la logique de supériorité nationale, le nationalisme et l’affaiblissement de l’unité européenne », prévient le texte.

« Le racisme et l’antisémitisme se propagent ouvertement et conduisent à des actes de violence en Allemagne également, ce qui aurait été impensable il y a quelques années encore », rappelle la déclaration.

« À la lumière de la mémoire historique, il apparaît clairement que les poisons dévastateurs d’hier sont une fois de plus salués comme la panacée. »

« Soyez aimables et tolérants »

Le site relaie aussi des témoignages de survivants du camp.

« Tout le monde ne peut pas être un héros, un homme politique, un philosophe, un altruiste. Mais chacun peut respecter la dignité de tout autre individu ou tendre une main secourable à quelqu’un dans la détresse », écrit ainsi Jack Unikoski, survivant polonais de 93 ans vivant actuellement en Australie.

« Soyez aimables et tolérants envers les autres. La haine d’un groupe peut vite s’étendre aux autres. La leçon a été rude : à toi aussi, cela peut t’arriver », témoigne encore Chava Ginsburg, Hongroise de 90 ans qui a survécu à Auschwitz, Bergen-Belsen et au camp pour femmes de Markkleeberg, dépendant de Buchenwald.

Tous deux figuraient, avec 40 autres rescapés de 14 pays, parmi les invités qui avaient confirmé leur présence aux célébrations initialement prévues les 5 et 7 avril aux camps de Buchenwald et Mittelbau-Dora.

Entre sa création en 1937 et sa libération en avril 1945 par ses propres prisonniers, quelque 56 000 personnes périrent à Buchenwald et plus de 20 000 à Dora, créé en août 1943 comme dépendance du premier et destiné à la fabrication de missiles V2.

Les nombreuses manifestations prévues sur plusieurs jours pour marquer l’anniversaire de la libération de ces deux camps ont toutes été annulées en raison de l’épidémie de nouveau coronavirus. Les cérémonies seront reportées à 2021, a indiqué le directeur du mémorial, Volkhard Knigge.

Il a invité le public à venir cependant déposer samedi des fleurs à l’entrée des deux camps « dans le respect des règles de distanciation sociale ».

Attentats d’extrême droite

D’autres mémoriaux prévoient également des hommages similaires en ligne dans les jours à venir comme ceux de Ravensbrück, Sachsenhausen ou encore Bergen-Belsen.

« Le bien que l’on peut trouver dans chaque mal est que les humains se redécouvrent eux-mêmes. Nous pouvons à nouveau faire quelque chose pour nous, nous entraider, nous amuser ensemble », philosophe Eva Fahidi-Pusztai, communiste et juive hongroise de 94 ans.

« Il est bien plus facile de survivre aux crises dans la joie et la bonne humeur. Vous pouvez me croire. J’ai beaucoup d’expérience en la matière », ajoute cette survivante d’Auschwitz et de Buchenwald sur le site dédié.

Les 75 ans de la libération de Buchenwald interviennent dans un contexte de recrudescence des agressions racistes et antisémites en Allemagne, frappée par trois attentats d’extrême droite en moins d’un an.

En février à Hanau (centre), un extrémiste de droite complotiste a abattu neuf personnes, créant un choc en Allemagne.

Cette attaque est survenue dans le sillage d’une tentative d’attentat contre une synagogue à Halle, dans l’ex-Allemagne de l’Est, à l’automne dernier (deux morts), et du meurtre d’un élu défendant les droits des migrants, membre du parti conservateur de la chancelière Angela Merkel en juin 2019.

Le Renseignement intérieur allemand a averti que le terrorisme d’extrême droite et l’extrémisme de droite « représentent actuellement le principal danger pour la démocratie » en Allemagne.