En Italie, le timide optimisme des scientifiques qui espèrent la fin du cauchemar

L'Italie est le pays le plus meurtri jusqu’ici par la pandémie avec plus de 6000 morts.
Photo: Miguel Medina Agence France-Presse L'Italie est le pays le plus meurtri jusqu’ici par la pandémie avec plus de 6000 morts.

Amorce d’une décrue ou simple pause ? Le ralentissement depuis deux jours en Italie de la progression du nouveau coronavirus est perçu comme un signe d’espoir par les experts qui appellent, plus que jamais, à « ne pas baisser la garde ».

Ce pays, le plus meurtri jusqu’ici par la pandémie avec plus de 6000 morts, a enregistré 601 décès supplémentaires lundi, 50 de moins que la veille (651) et 192 de moins que dimanche, la journée la plus meurtrière jusqu’ici avec 793 morts, soit une baisse de 24 % sur 48 heures.

L’Italie enregistre aussi sur la même période une diminution du nombre des personnes testées positives, de près de 22 % entre samedi (4821) et lundi (3780).

Des chiffres encourageants pour les scientifiques italiens qui les perçoivent comme une lueur d’espoir dans la tragique litanie des bilans quotidiens, même s’ils s’empressent de les tempérer.

« Le ralentissement concerne surtout le Nord car dans le Sud les chiffres continuent d’augmenter », constate mardi Walter Ricciardi, qui représente l’Italie au sein de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS).

« Les mesures semblent fonctionner mais il ne faut pas baisser la garde et faire en sorte qu’elles continuent de fonctionner, donc le fait de rester chez soi est aujourd’hui plus important que jamais », a insisté l’expert, interrogé sur la chaîne d’information Rai News 24.

L’optimisme est aussi mesuré en Lombardie, la région qui paie le plus lourd tribut à la maladie avec 3700 morts et dont les données sont scrutées par les experts européens, dans l’attente du pic épidémique, le sommet de la courbe des contaminations à partir duquel le nombre des cas doit commencer à diminuer.

Si le nombre des décès dans la région a enregistré une baisse sensible de 18 % en 48 heures (3095 samedi contre 3777 lundi), « ce n’est pas encore le moment de crier victoire, mais nous voyons une lumière au bout du tunnel », a commenté lundi soir Giulio Gallera, un haut responsable des services de santé de Lombardie.

D’autant que le nombre des personnes guéries, qui a lui aussi considérablement chuté ces dernières heures en Italie, avec 408 lundi contre 952 la veille, incite aussi les experts à la retenue.

La menace du Sud

Le nombre des cas de contamination passés à côté des statistiques, parce que non testés, préoccupe aussi les scientifiques, certaines études montrant qu’ils pourraient constituer près de 60 % du nombre total des porteurs du virus. Ces personnes alimentent sans le savoir la sa propagation, ce qui pourrait retarder les effets attendus du confinement.

L’attention des spécialistes se tourne aussi à présent vers le sud de l’Italie, sous la menace d’une explosion du nombre des cas après les exodes successifs des habitants travaillant dans le nord qui, dans la foulée des décrets de confinement, ont rejoint leurs proches dans les régions méridionales. Contribuant ainsi à la dissémination du virus dans ces zones, qui plus est moins bien équipées sur le plan sanitaire.

« La période d’incubation du virus tourne autour des 15 jours et, si on constate une diminution du nombre des cas dans le Nord, nous allons continuer à voir une augmentation dans le Sud », explique Walter Ricciardi.

« Ce n’est donc que dans deux semaines que nous pouvons espérer voir le pays se diriger d’abord vers la stabilisation puis vers une décroissance mais, je le répète, seulement si les mesures de confinement sont respectées », a-t-il insisté.

« Les chiffres de ces deux derniers jours montrent un ralentissement mais je suis prudent, je ne veux pas me faire d’illusion », a déclaré mardi Giorgio Gori, le maire de Bergame, vue par les Italiens comme la ville martyre du coronavirus.

« J’espère que les deux semaines de confinement sont en train de porter leurs fruits mais je ne peux pas vous dire combien de temps nous allons vivre cette situation totalement anormale », a-t-il déclaré au cours d’une rencontre, via Facebook, avec les correspondants de la presse étrangère.

Des experts considèrent que l’importance du nombre des cas enregistrés à Bergame et dans sa région est à corréler au match de 8e de finale aller de la Ligue des champions Atalanta-Valence, le 19 février, qui aurait joué le rôle d’« accélérateur de la propagation du virus » en Lombardie mais aussi en Espagne après le retour dans leur pays des supporteurs de Valence.