L’Italie est-elle au bout du tunnel?

Scène de la vie quotidienne dans un hôpital en Italie.
Paolo Miranda Agence France-Presse Scène de la vie quotidienne dans un hôpital en Italie.

La nuit dernière, un homme de 79 ans est décédé dans l’unité où travaille le Dr Renato Candrina. Il en ira probablement de même la nuit prochaine. Le matin, lorsqu’il prend son quart vers 8 h à l’hôpital Poliambulanza de Brescia, Renato découvre les ravages de la nuit. Dans cet hôpital privé de Lombardie, où 400 des 600 lits sont occupés par des patients infectés par le coronavirus, on atteint le record d’une vingtaine de morts par jour.

Située au pied des Alpes, dans un paysage enchanteur à 80 kilomètres de Milan, cette petite ville de moins de 200 000 habitants est devenue depuis une semaine l’épicentre d’une épidémie qui touche aujourd’hui l’Italie plus que tout autre pays du monde. C’est en Lombardie que se retrouvent 65 % des milliers de victimes que compte aujourd’hui le pays. Et Brescia est la province la plus touchée avec Bergame.

Chaque jour, Renato doit faire des choix difficiles. « Ils ne sont pas liés à des contraintes financières, assure-t-il, mais aux limites structurelles de l’hôpital et aux caractéristiques de chaque patient. » Renato dit avoir la chance de ne pas manquer de respirateurs. « Mais, même avec de bons équipements, beaucoup de personnes âgées qui cumulent plusieurs maladies chroniques ne sont pas en état de supporter le choc de la réanimation. On doit donc l’offrir à ceux qui ont le plus de chance d’en bénéficier. »

À l’hôpital Poliambulanza, l’unité de réanimation est passée de 20 à 70 lits. Celle où travaille Renato accueille des patients dans un état un peu moins critique. Elle compte 38 patients pour seulement trois médecins. Un étudiant au postdoctorat et deux médecins spécialistes qui ont été rapatriés d’autres unités, comme la chirurgie ou la neurologie, assurent la garde durant la semaine. L’unité a été aménagée d’urgence dans une salle qui recevait habituellement des patients en attente d’importantes opérations. Presque toutes ces interventions chirurgicales ont été reportées, à l’exception de celles qui étaient absolument essentielles. Les patients de Renato ne sont pas les plus mal en point. Le plus jeune a 28 ans et le plus vieux, 86 ans. L’âge moyen est de 65 ans. Tous sont sous oxygène et six utilisent une ventilation mécanique dite « non invasive ».

À 62 ans, cet endocrinologue qui traite habituellement des maladies de la thyroïde et de l’hypophyse ou liées au diabète ne craint pas de tomber malade. « J’ai six collègues qui ont attrapé le virus, dit-il, mais plusieurs sont déjà revenus au travail. Aussi étrange que ça puisse paraître, maintenant que la maladie est bien identifiée, je suis probablement mieux protégé qu’il y a deux semaines, alors que l’épidémie ne faisait que commencer et que j’étais en présence de patients qui avaient une pneumonie et qui n’avaient pas été testés. »

Samedi dernier, les responsables ont lancé un appel aux médecins de toute l’Italie afin qu’ils relaient leurs collègues qui, comme Renato Candrina, sont sur le front. Il fallait pourvoir 300 postes dans les régions les plus touchées. Plus de 8000 professionnels de toute l’Italie se sont portés volontaires.

Parmi eux, le Dr Benedetti Valentini, un chirurgien de 69 ans à la retraite qui vit à Rome. « J’ai donné mon nom. Mais il y a peu de chance qu’on m’appelle, car on cherche surtout des pneumologues et des omnipraticiens », dit-il. Benedetti est confiné depuis maintenant deux semaines.

Une lueur d’espoir

À Rome, dit-il, tous les hôpitaux sont sur un pied de guerre. Mais il y a encore très peu de cas. Dimanche, pour la première fois, le nombre de décès n’a pas augmenté en Italie. L’annonce de ces 651 morts n’avait rien de réjouissant, mais c’était tout de même 142 de moins que la veille. Dans la région de Milan, le nombre de nouveaux cas a aussi diminué de moitié. Benedetti veut y voir le résultat des mesures de confinement. « C’est un tout petit signe d’espoir, dit-il. Mais c’est un signe. »

Il ne faut surtout pas baisser la garde, a déclaré le responsable de la protection civile, Angelo Borrelli. Il ne faut pas se laisser aller à un enthousiasme exagéré ni surinterpréter ces chiffres, mais « c’est un signe que nous accueillons de façon positive », a tout de même déclaré Franco Locatelli, président du Conseil de la santé. Selon lui, la semaine en cours risque d’être « absolument cruciale » pour savoir si l’épidémie régresse.

Ce week-end, Renato Candrina a renvoyé à la maison deux femmes de 49 et 55 ans. Après cinq jours d’hospitalisation, elles étaient enfin guéries. Leurs lits ont été aussitôt occupés par des patients venus des urgences. À ceux qui n’ont pas encore affronté l’épidémie, Renato conseille de s’y préparer le plus longtemps d’avance. « Comme aux échecs, ce sont les premiers coups qui font la différence. » Quand l’épidémie sera terminée, il compte réduire ses horaires de travail et voyager en Europe. « Je suis certain que ma pratique ne sera plus la même. Et ce sera peut-être pour le mieux. »