Pas de congé pour les écoliers français

Dès le vendredi 13 mars, dernière journée d’école avant la suspension des cours, un grand nombre de professeurs ont remis aux élèves des documents photocopiés leur permettant de travailler à la maison.
Photo: Sébastien Bozon Agence France-Presse Dès le vendredi 13 mars, dernière journée d’école avant la suspension des cours, un grand nombre de professeurs ont remis aux élèves des documents photocopiés leur permettant de travailler à la maison.

Depuis une semaine qu’il ne va plus à l’école à cause de l’épidémie de coronavirus, Léo, 11 ans, n’a pas eu le temps de s’ennuyer. Mercredi matin, même s’il s’est levé une heure plus tard que d’habitude, à 9 heures et demie, il était devant l’ordinateur. Lorsqu’il a consulté son « environnement numérique de travail », le site de la classe des élèves de 1re année B de l’école secondaire Paul-Verlaine de Paris, il a découvert un courriel de son professeur de français. Ce matin, Mme Criqui annonçait à tous ses élèves qu’il fallait réviser les accords du participe passé. Lundi, un test leur sera proposé, qu’ils devront renvoyer mercredi et qui sera corrigé en ligne.

Dans sa boîte aux lettres, Léo avait aussi un texte à lire de son professeur d’histoire-géographie sur la guerre de Troie ainsi qu’une liste d’exercices à faire dans son manuel. La semaine prochaine, il devra lui renvoyer un court texte résumant un mythe grec de son choix. En mathématiques, le professeur a demandé de lire une leçon et de faire des exercices sur les proportions. Lundi, Léo aura aussi des exercices à faire dans son cahier de physique et chimie. Même la professeure d’éducation musicale n’est pas en reste. Elle a envoyé aux élèves deux enregistrements différents du Duo des chats de Rossini que les élèves doivent écouter en notant les différences dans les rythmes, les tempos et les instruments. Bref, il a de quoi faire !

« Aucun enfant laissé à lui-même »

Contrairement au Québec où, comme le révélait Le Devoir de vendredi, on incite les enseignants de l’école publique à ne « pas préparer ou fournir du travail aux élèves, même s’ils en font la demande », les écoliers français ne sont pas en vacances. Quelques minutes à peine après l’annonce de la fermeture des écoles, le 12 mars dernier, le ministre de l’Éducation nationale, Jean-Michel Blanquer, a été clair : « La période qui s’ouvre n’est pas une période où les enfants ne doivent pas travailler, a-t-il déclaré. Au contraire, ils sont en situation de continuité ; simplement, les modalités évoluent. » Selon lui, aucun des 12 millions d’élèves français ne sera laissé à lui-même.

Dès le vendredi 13, dernière journée d’école avant la suspension des cours, un grand nombre de professeurs ont remis aux élèves des documents photocopiés leur permettant de travailler à la maison. Si, les premiers jours, les sites Internet des écoles étaient difficilement accessibles à cause de l’affluence, les choses se sont rapidement améliorées. Pour les élèves qui n’auraient pas accès à un ordinateur, le ministre a assuré qu’une permanence dans les écoles permettrait d’aller chercher des textes imprimés. « Aucun enfant ne doit rester au bord du chemin », a répété le ministre.

Les choses sont évidemment plus compliquées au primaire. Si ces classes n’ont pas de site particulier, les maîtres ont généralement relevé les adresses courriel des parents. Ainsi, Adèle, la petite sœur de Léo, qui est en deuxième année, a-t-elle reçu au début de la semaine un courriel de son maître. On y trouvait notamment une liste de mots à apprendre. Ce vendredi, ce sont les parents qui lui feront faire sa dictée hebdomadaire. Elle a aussi une poésie à apprendre, Dans Paris, de Paul Éluard. La récitation se fera à la maison.

Les enseignants ont aussi accès aux ressources du Centre national d’enseignement à distance (CNED), qui offre depuis toujours à des milliers d’élèves à travers le monde une formation de la maternelle à l’université. Depuis peu, le site peut accueillir 15 millions de connexions simultanées également réparties entre le primaire, le secondaire et les lycées. On y trouve un matériel pédagogique couvrant tous les programmes scolaires que les enseignants peuvent utiliser à leur guise.

Appels aux familles

Tout cela exige évidemment des parents à la maison qui vérifient que les enfants travaillent. Pour s’en assurer, le ministre a demandé aux professeurs de contacter les familles par téléphone au moins une fois par semaine afin de vérifier si le travail a été fait. « Chaque famille doit être contactée par téléphone une à deux fois par semaine par le professeur pour le premier degré, par le professeur principal pour le second degré pour faire un point sur le travail de l’élève et échanger avec la famille », a écrit aux directeurs d’école de la région des Pays de la Loire le recteur William Marois.

Pour l’instant, le ministère dit privilégier le maintien des examens scolaires de fin d’année. Mais personne n’exclut un report du brevet des collèges (fin du secondaire) et du baccalauréat (équivalent du DEC). Aucun scénario n’est écarté, a déclaré le ministre. Même celui d’une réduction des vacances d’été, ce qui a soulevé un tollé dans les syndicats. « Les collègues l’ont assez mal pris. Ils ne sont pas en vacances pendant le confinement et se mettent en quatre pour assurer la continuité pédagogique », a déclaré la syndicaliste Sophie Vénétitay (SNES-FSU).

Mercredi, même le professeur du conservatoire du Centre de Paris où Léo pratique le cor tous les samedis lui a envoyé des conseils. Malgré le report de son audition, il doit répéter Un jardin japonais, un morceau de Pascal Proust.