En Allemagne, le mystère du faible nombre de morts face au coronavirus

Emely, 10 ans, écrivait à la craie « Le corona, c’est poche », jeudi à Dortmund, dans l’ouest du pays.
Photo: Ina Fassbender Agence France-Presse Emely, 10 ans, écrivait à la craie « Le corona, c’est poche », jeudi à Dortmund, dans l’ouest du pays.

Un grand nombre de malades, mais un taux de mortalité extrêmement bas : le mystère demeure concernant l’exception allemande face à la pandémie du nouveau coronavirus.

Avec officiellement 10 999 cas répertoriés jeudi pour 20 morts, le taux de létalité s’établit dans le pays à seulement 0,18 %, contre quelque 4 % en Chine ou en Espagne, 2,9 % en France, voire 8,3 % en Italie.

« C’est difficile à démêler […] Nous n’avons pas de vraie réponse et c’est probablement une combinaison de différents facteurs », a admis cette semaine Richard Pebody, responsable à l’Organisation mondiale de la santé (OMS).

Voici les principales hypothèses avancées par les spécialistes.

Meilleur équipement médical

Avec 25 000 lits de soins intensifs avec assistance respiratoire, l’Allemagne est particulièrement bien équipée comparativement à ses voisins européens. La France en a environ 7000, et l’Italie autour de 5000.

Berlin a d’ailleurs annoncé mercredi vouloir doubler ce nombre dans les hôpitaux dans les semaines à venir.

Les patients malades peuvent jusqu’à présent rapidement être suivis et le pays ne redoute pas, dans l’immédiat, que ses hôpitaux soient saturés, comme c’est par exemple le cas en Italie ou dans l’est de la France.

Cette explication ne semble en revanche pas suffisamment convaincante pour expliquer la différence du nombre de décès dans les premières semaines, les pays voisins ayant également mobilisé leurs hôpitaux.

En revanche, ce point pourrait peser dans les mois à venir si la crise venait à s’aggraver.

25 000
C’est le nombre de lits de soins intensifs avec assistance respiratoire disponibles en Allemagne, contre 7 000 en France et 5 000 en Italie.

Des tests précoces

« Nous avons reconnu très tôt ici la maladie dans notre pays : nous sommes en avance en matière de diagnostic, de détection », affirme Christian Drosten, directeur de l’Institut de virologie à l’hôpital de la Charité à Berlin.

Ce critère, associé à l’important maillage territorial de laboratoires indépendants en Allemagne qui, dès janvier — alors que le nombre de cas positifs était encore très faible —, ont commencé à tester les gens, aurait permis aux docteurs du pays de mieux diagnostiquer la maladie et d’écarter en quarantaine les cas les plus à risque.

Ces nombreux laboratoires augmentent la capacité de dépistage, estimée à quelque 12 000 par jour par l’Institut Robert Koch (IRK), qui pilote la lutte contre l’épidémie.

Se faire tester en Allemagne reste compliqué, mais, aux dires des experts, plus simple que dans d’autres pays : l’apparition de symptômes couplée au contact avec un cas confirmé ou une personne revenant d’une zone à risque suffit.

Une population jeune touchée

« En Allemagne, plus de 70 % des personnes qui ont été diagnostiquées comme infectées jusqu’à présent sont âgées de 20 à 50 ans », a expliqué le président de l’IRK. La maladie s’y est d’abord principalement propagée dans une population relativement jeune et en bonne santé, moins consciente des risques du coronavirus car n’étant pas la population la plus à risque.

À l’instar des Scandinaves, les premiers Allemands infectés sont revenus dans le pays après avoir été contaminés lors d’un séjour de ski en Italie ou en Autriche.

Cela reste cependant le signe que l’épidémie n’en est encore qu’à ses débuts en Allemagne. Avec près de 25 % de sa population âgée de plus de 60 ans, selon l’institut Statista, le pays craint de voir le nombre de morts fortement augmenter dans les prochains jours.

Absence de tests post-mortem

Une autre explication, avancée notamment du côté italien pour comprendre l’écart de mortalité, est l’absence en Allemagne de tests au coronavirus post-mortem.

« Nous ne considérons pas que les tests post-mortem soient un facteur décisif. Nous partons du principe que les patients sont diagnostiqués avant de mourir », se défend auprès de l’AFP l’IRK.

Or ces tests sont bien effectués en France, par exemple.

Concrètement, cela veut dire que lorsqu’une personne meurt en quarantaine à domicile et non pas à l’hôpital, il y a de fortes chances que son cas n’entre pas dans les statistiques, ce dont s’est étonné Giovanni Maga, directeur de l’Institut de génétique moléculaire du Conseil national de la recherche de Pavia (Italie) dans un entretien à Euronews.