Face au risque d’un scénario cauchemar, le Royaume-Uni se ravise

Le gouvernement britannique a débloqué des centaines de milliards de livres pour soutenir les entreprises.
Photo: Matt Dunham Agence France-Presse Le gouvernement britannique a débloqué des centaines de milliards de livres pour soutenir les entreprises.

Plus de 250 000 morts et un système de santé complètement submergé : face à ce scénario cauchemardesque établi par des scientifiques, le gouvernement britannique a changé de stratégie et considérablement renforcé ses mesures face au nouveau coronavirus.

« Cette maladie est si dangereuse et si contagieuse que sans mesure draconienne pour limiter ses progrès, elle submergerait tout système de santé dans le monde », a assuré le premier ministre britannique, Boris Johnson, mardi.

Officiellement, le nombre des cas recensés de la maladie au Royaume-Uni est de 1950, selon le dernier bilan donné mardi. L’épidémie a fait 71 morts.

Mais des tests ne sont pas effectués systématiquement, malgré les recommandations de l’OMS, et une estimation de 55 000 cas dans le pays semble « raisonnable », a déclaré le conseiller scientifique du gouvernement, Patrick Vallance, interrogé au Parlement.

 

Lundi soir, Boris Johnson, a demandé à la population d’éviter tout contact social et tout déplacement « non essentiel » et recommandé aux personnes âgées et aux femmes enceintes de s’isoler pendant trois mois.

Dans la foulée, mardi matin, le Royaume-Uni a déconseillé à ses ressortissants tout voyage à l’étranger « non essentiel », dans un premier temps pendant 30 jours. Les hôpitaux vont aussi annuler l’ensemble des opérations non urgentes à partir du 15 avril, ce pendant au moins trois mois afin de libérer le maximum de lits.

Ces mesures restent moins radicales que celles prises dans les pays voisins, ne prévoyant ni la fermeture des écoles, restaurants ou salles de spectacle, ni l’interdiction formelle des rassemblements.

En temps de paix, nous n’avons jamais connu un tel combat économique

Elles constituent cependant un net renforcement par rapport à la stratégie adoptée jusqu’alors, qui consistait essentiellement à isoler les personnes présentant des symptômes ou revenant de zones à risque pour alléger la pression sur les services de santé et favoriser l’émergence d’une « immunité collective ».

Ce changement de braquet est intervenu après un rapport de l’Imperial College de Londres, s’appuyant sur des données provenant d’Italie, selon lequel l’épidémie pourrait faire jusqu’à 510 000 morts au Royaume-Uni et y toucher 81 % de la population, dans le cas purement hypothétique où aucune mesure n’aurait été prise.

Avec la ligne de conduite suivie par le gouvernement jusqu’à lundi, les chercheurs estiment que le pays risquait jusqu’à 260 000 décès, avec un système de santé « submergé ».

Avec des mesures plus fortes, le nombre des décès pourrait en revanche diminuer à « quelques milliers ou dizaines de milliers ».

« Si l’on peut limiter le nombre [des morts] à 20 000 ou moins, cela sera un bon résultat », bien que « cela reste terrible », a jugé M. Vallance.

Selon l’Imperial College, la principale difficulté de la nouvelle stratégie résidera dans le fait qu’elle soit maintenue « jusqu’à ce qu’un vaccin soit disponible », ce qui pourrait prendre « potentiellement 18 mois, ou plus ».

 

Soutien économique

Le gouvernement britannique a promis mardi de soutenir l’économie « quoi qu’il en coûte », débloquant d’ores et déjà des centaines de milliards de livres pour les entreprises. Londres offrira la garantie de l’État sur les prêts aux entreprises atteignant 330 milliards de livres, une somme qui pourra être augmentée si besoin, et des aides de 20 milliards de livres.

« En temps de paix, nous n’avons jamais connu un tel combat économique », a affirmé le ministre des Finances, Rishi Sunak.

« Nous sortirons de cette situation et nous ferons tout ce qu’il en coûte », a-t-il ajouté, promettant d’autres mesures dans les prochains jours.

Face aux appels à l’aide des dirigeants de l’industrie des pubs, des restaurants et des théâtres contraints de facto de fermer, le gouvernement a promis mardi que ces secteurs pourraient bénéficier des assurances.

Le maire de Londres, Sadiq Khan, a par ailleurs dit envisager de réduire «dans les prochains jours» la fréquence des rames dans le métro londonien.