L’UE ferme ses frontières externes pendant 30 jours

Quelque 100 000 policiers et gendarmes sont déployés à Paris pour faire respecter les règles de confinement entrées en vigueur mardi midi.
Photo: Martin Bureau Agence France-Presse Quelque 100 000 policiers et gendarmes sont déployés à Paris pour faire respecter les règles de confinement entrées en vigueur mardi midi.

Économies en sursis, frontières fermées, confinement général, élections et compétitions sportives reportées : la pandémie liée au nouveau coronavirus, qui a déjà fait plus de 7000 morts, pèse de plus en plus lourd et désorganisait mardi l’Europe, nouvel épicentre de la maladie COVID-19, détectée en décembre en Chine.

À Genève, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) a demandé aux pays européens de prendre les mesures « les plus audacieuses » face à la pandémie, rappelant qu’elle faisait désormais plus de morts dans le reste du monde qu’en Chine.

Les chefs d’État et de gouvernement de l’Union européenne ont approuvé une proposition de la Commission européenne d’interdire les voyages « non essentiels » vers l’UE, pour une durée initiale de 30 jours.

Les 27 dirigeants de l’UE se sont retrouvés mardi en sommet extraordinaire par visioconférence afin de se concerter sur la fermeture des frontières extérieures de l’Union.

Cette mesure, qui doit être mise en oeuvre par les États membres, va entrer en vigueur « le plus rapidement possible », a précisé le président du Conseil, Charles Michel, à l’issue de la vidéoconférence.

Cette fermeture des frontières extérieures de l’UE compte un certain nombre d’exceptions (ressortissants européens et leur famille, résidents de longue date, diplomates, personnel soignant, chercheurs, etc.), selon la proposition de la Commission européenne.

Les ressortissants britanniques, dont le pays a quitté l’UE le 31 janvier, sont une autre exception et ne sont pas concernés par la mesure. Le Royaume-Uni, qui ne fait pas partie de l’espace Schengen, ne s’est pas rallié à cette fermeture des frontières extérieures, pas plus que l’Irlande, a précisé Ursula von der Leyen.

Au total, 10 pays membres de l’UE ou de l’espace Schengen ont introduit des contrôles à leurs frontières.

La cheffe de l’exécutif européen, qui a plusieurs fois mis en garde sur les conséquences de ces contrôles sur la libre circulation des citoyens et des biens, notamment les produits médicaux, a rappelé l’importance de « préserver le marché commun ».

Elle s’est félicitée que les États membres aient approuvé les recommandations de la Commission concernant ces mesures aux frontières intérieures, notamment celle de créer une voie prioritaire pour les camions afin d’éviter les embouteillages.

La fermeture des frontières, mise en oeuvre presque sans préavis, dans la nuit de lundi à mardi, par la Hongrie a entraîné un gigantesque embouteillage mardi côté autrichien, conduisant Budapest à organiser « un couloir humanitaire » pour des milliers de Bulgares et de Roumains souhaitant rentrer chez eux, une « mesure exceptionnelle, applicable une seule fois ». Seuls les citoyens hongrois sont autorisés à entrer sur le territoire.

Pays confinés

Pendant que le nombre de pays limitant les déplacements de leur population augmente, à Bruxelles, la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen a fait briller une lueur d’espoir en indiquant attendre un vaccin contre la COVID-19 « avant l’automne », oeuvre du laboratoire allemand CureVac.

Les experts s’accordent à dire que seules des politiques de « distanciation sociale », c’est-à-dire isoler les gens les uns des autres pour éviter qu’ils ne se contaminent et propagent la maladie, peuvent enrayer la progression de la pandémie.

La France a entamé à la mi-journée mardi un confinement général après l’Italie et l’Espagne. Ses 67 millions d’habitants ont obéi au gouvernement qui leur a ordonné : « Restez chez vous ! »

À Paris, comme dans toutes les villes du pays, les rues se sont vidées. Les rares passants et automobilistes sont désormais invités à remplir un formulaire afin, en cas de contrôle par les forces de l’ordre, de démontrer qu’ils respectent les règles strictes édictées pour le confinement, prévu pour deux semaines renouvelables.

Quelque 100 000 policiers et gendarmes sont déployés pour faire respecter ces règles sur le territoire et les contrevenants seront « sanctionnés » d’une amende qui sera portée à 135 euros rapidement.

Comme dans la plupart des pays, les craintes grandissent de voir les hôpitaux débordés et manquer de matériel.

En Belgique, la population est invitée dans la mesure du possible à rester à la maison à compter de mercredi midi jusqu’au 5 avril afin d’éviter la propagation du nouveau coronavirus, a annoncé mardi soir la première ministre, Sophie Wilmès.

Pour les entreprises qui ne peuvent organiser le télétravail, elles devront garantir à leurs salariés un « respect scrupuleux de la distanciation sociale » sur le lieu de travail et dans les transports, a aussi dit la cheffe du gouvernement.

Elle a évoqué le risque d’« amendes lourdes », voire de fermetures administratives en cas de non-respect par l’employeur d’un premier avertissement sur ce point.

En Espagne, le gouvernement a prévenu que le confinement de la population risquait de durer. En Allemagne, les habitants sont appelés à « rester à la maison » et à renoncer aux vacances.

En Grèce, les autorités ont décidé de prendre des mesures de confinement pour au moins 14 jours pour les migrants se trouvant dans des camps à travers le pays : seul le personnel de ces centres sera autorisé à y pénétrer et les demandeurs d’asile ne pourront en sortir qu’en cas d’urgence.

Les pays les plus touchés après la Chine sont l’Italie avec 2158 morts pour 27 980 cas, l’Iran avec 988 morts (16 169 cas), l’Espagne avec 491 morts (11 178 cas), et la France avec 148 morts (6633 cas).

Et l’Italie n’a pas « encore atteint le pic » de contagion, a averti son premier ministre, Giuseppe Conte.

Dans le monde

Le nouveau coronavirus a fait au moins 7842 morts dans le monde, et plus de 191 000 cas d’infection ont été dénombrés depuis son apparition en décembre.

Un premier mort de la COVID-19 a été annoncé mardi au Brésil, qui comptait 291 cas confirmés en date de mardi. Avant même l’annonce de ce décès, la ville de São Paulo et l’État de Rio de Janeiro — deuxième foyer de contamination du pays — avaient déclaré l’état d’urgence, avec une série de mesures visant à endiguer l’expansion de la pandémie, une mobilisation critiquée par le président Jair Bolsonaro comme relevant d’« une certaine hystérie » préjudiciable à l’économie.

Depuis février, le virus s’est propagé en Afrique, pour toucher actuellement 30 des 54 pays du continent, avec un total de 453 cas confirmés. Au moins 13 pays du continent ont fermé ou s’apprêtent à fermer l’ensemble de leur système éducatif, de la maternelle à l’université. Plusieurs pays, dont le Maroc, Madagascar et la Somalie ont suspendu tous les vols internationaux sur leur territoire.

En Algérie, les autorités ont interdit mardi soir les manifestations du Hirak, le mouvement de contestation ininterrompu depuis un an.