Le Royaume-Uni critiqué pour sa gestion de la crise du coronavirus

Londres refuse pour le moment d’adopter des mesures radicales, comme chez plusieurs de ses voisins ou comme ici, au Québec, et préfère laisser volontairement le virus se propager au sein de sa population.
Photo: Isabelle Infantes Agence France-Presse Londres refuse pour le moment d’adopter des mesures radicales, comme chez plusieurs de ses voisins ou comme ici, au Québec, et préfère laisser volontairement le virus se propager au sein de sa population.

La femme du premier ministre Justin Trudeau, Sophie Grégoire, atteinte de la COVID-19, revenait d’un voyage à Londres. Or, cette semaine, Donald Trump a exclu le Royaume-Uni de la liste des pays européens touchés par l’interdiction de voyage vers les États-Unis, effective à minuit vendredi. Le président américain a finalement concédé lors de sa conférence de presse de vendredi qu’il pourrait ajouter le Royaume-Uni à la liste des pays européens faisant l’objet de l’interdiction de voyage. Malgré cela, cette exception reste aussi étonnante que la mise au ban elle-même, puisque la gestion britannique de la crise sanitaire et sociale par Boris Johnson est vertement critiquée depuis plusieurs semaines, y compris au sein des rangs conservateurs du premier ministre.

« Surprenante et préoccupante. » C’est en ces mots que l’ancien ministre de la Santé du Royaume-Uni Jeremy Hunt a d’ailleurs qualifié le plan dévoilé jeudi par le gouvernement britannique pour faire face à la pandémie de coronavirus, sur les ondes de la BBC en soirée. « Chaque disposition change la donne […], mais nous n’en faisons pas assez, alors que nous avons seulement quatre semaines avant d’atteindre le stade [de contamination] de l’Italie », un des pays européens les plus touchés par le virus.

En substance, Londres refuse pour le moment d’adopter des mesures radicales, comme chez plusieurs de ses voisins ou comme ici, au Québec, et préfère laisser volontairement le virus se propager au sein de sa population. L’objectif avoué par le gouvernement est de stimuler ainsi « le renforcement d’une immunité collective » en tablant sur le fait que plus de 80 % des personnes atteintes par le virus développent « une forme bénigne de la maladie », a indiqué cette semaine Patrick Wallace, scientifique en chef du gouvernement et conseiller de Boris Johnson.

Selon le Center for Disease Control et Prevention (CDC) aux États-Unis, sur la base des données mondiales actuellement collectées, il s’agit effectivement de la proportion de personnes infectées qui développe des symptômes légers de la maladie avant de retrouver rapidement leur état normal. Par ailleurs, la COVID-19 ne touche à ce jour que 2 % de la population âgée de 19 ans et moins, a confirmé mercredi Nancy Messonnier, responsable de la division des maladies respiratoires et de l’immunisation au CDC, lors d’une conférence de presse diffusée en ligne.

Chaque disposition change la donne […], mais nous n’en faisons pas assez, alors que nous avons seulement quatre semaines avant d’atteindre le stade [de contamination] de l’Italie

 

Le nombre de cas d’infections au coronavirus augmente toutefois de manière exponentielle au Royaume-Uni depuis le début du mois. Jeudi, on en comptait 798 — contre 460 deux jours plus tôt —, dont 97 % ont développé une forme légère de la maladie. Le coronavirus y a fait 11 morts.

N’empêche, vendredi, une conseillère municipale membre du Parti conservateur, dans un des villages où un des premiers cas de la COVID-19 a été détecté, a dénoncé le plan du gouvernement Johnson, le qualifiant même de « crime contre notre pays », a-t-elle dit. « Je suis très préoccupée, a lancé Samantha Flower, de Sheffield, dans le nord du pays, citée par The Guardian. Ils disent vouloir répandre la maladie chez un grand nombre pour créer une immunité de masse. Mais ils ne vont pas y arriver. Je soupçonne qu’ils n’ont pas assez d’argent pour des mesures sociales et sanitaires. Et les plus faibles et les personnes âgées vont mourir. »

La stratégie du gouvernement a été attaquée par l’ancien directeur du programme de la santé des familles à l’OMS Anthony Costello, qui a rappelé que seule « la vaccination » était une manière sécuritaire d’accroître l’immunisation d’une population. Pour l’instant, il n’en existe pas, mais plusieurs pays travaillent pour en développer un. « Est-il éthique d’adopter une politique qui risque d’amener des pertes immédiates sur la base de bénéfices futurs incertains ? », a-t-il demandé sur Twitter.

Le gouvernement britannique a actuellement en main une étude qui évalue à 3 % la réduction du PIB du Royaume-Uni si les écoles devaient être fermées pendant quatre semaines. Sept millions d’élèves seraient touchés par cette mesure, qui n’a toujours pas été prise, dans un pays dont l’économie et le PIB sont déjà menacés depuis plusieurs années par les négociations entourant le Brexit, la sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne en cours.



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