Une ancienne ministre britannique rayée d’une conférence à Oxford

Amber Rudd a jugé «malpolie» la décision, qu’elle a aussi qualifiée «d’erreur de jugement», d’annuler son intervention à peine 30 minutes avant l’heure prévue.
Photo: Tolga Akmen Agence France-Presse Amber Rudd a jugé «malpolie» la décision, qu’elle a aussi qualifiée «d’erreur de jugement», d’annuler son intervention à peine 30 minutes avant l’heure prévue.

Une ex-ministre conservatrice britannique s’est indignée vendredi d’avoir été déprogrammée d’une conférence à l’Université d’Oxford en raison de sa ligne politique. Il s’agit de la deuxième annulation en moins d’une semaine sous la pression d’étudiants militants du prestigieux établissement.

Amber Rudd a jugé « malpolie » la décision, qu’elle a aussi qualifiée « d’erreur de jugement », d’annuler son intervention à peine 30 minutes avant l’heure prévue, lors d’un événement organisé jeudi dans le cadre de la Journée internationale des femmes. L’ex-ministre conservatrice devait donner une conférence pour encourager les jeunes femmes à s’engager en politique.

L’intervention de Mme Rudd avait suscité la controverse en raison de sa participation pendant quatre ans, dont deux en tant que ministre de l’Intérieur, à un gouvernement conservateur critiqué pour sa ligne politique hostile aux migrants.

La «cancel culture» [le fait de bannir quelqu’un de certains cercles en raison de ses opinions ou de ses actions] […] ne fait qu’interrompre le débat

L’association étudiante avait dans un premier temps promis une « conversation franche et honnête » sur l’impact des politiques menées par l’ancienne ministre, demandant au public de participer pour promouvoir un « féminisme pas effrayé ». Mais elle a changé d’avis jeudi, annonçant qu’après un « vote majoritaire au cours d’une réunion », l’intervention d’Amber Rudd était annulée.

Les défenseurs de la liberté d’expression se sont inquiétés de cette décision, la dernière d’une longue série de gestes similaires au Royaume-Uni. « La cancel culture [le fait de bannir quelqu’un de certains cercles en raison de ses opinions ou de ses actions] […] ne fait qu’interrompre le débat », a jugé dans un communiqué l’association Index de la censure. Le président de l’association, Trevor Phillips, a trouvé la décision « étonnante », alors qu’un incident similaire avait eu lieu la semaine précédente dans la même ville universitaire.

L’organisation d’un festival international dédié aux femmes avait finalement décommandé l’intervention d’une professeure d’Oxford, Selina Todd, qui avait attribué ce geste à la pression de militants transgenres critiques sur ses travaux universitaires.

Concernant Mme Rudd, un porte-parole de l’Université a condamné la décision d’annuler son intervention, faisant valoir que « l’Université s’engage fortement pour la liberté d’expression et s’oppose à la déprogrammation ».