La classe politique britannique a fermé les yeux sur des abus sexuels d’enfants, selon un rapport

«Ce sont là des exemples d’une culture politique qui accorde bien plus d’importance à la réputation qu’au sort des enfants impliqués», déplore le rapport.
Photo: Glyn Kirk Agence France-Presse «Ce sont là des exemples d’une culture politique qui accorde bien plus d’importance à la réputation qu’au sort des enfants impliqués», déplore le rapport.

 

Les institutions politiques britanniques — gouvernement, Parlement et partis — ont fermé les yeux durant des décennies sur des cas d’abus sexuels sur des enfants, allant parfois jusqu’à activement protéger leurs auteurs, selon un rapport indépendant publié mardi.

Ce rapport relève notamment « l’incapacité de reconnaître les abus, le fait de fermer les yeux sur ceux-ci, d’étouffer des accusations et d’activement protéger des auteurs de haut rang, dont des politiciens ».

Ce document est le fruit d’une enquête indépendante mise en place en 2015 à la suite du scandale Jimmy Savile, ex-star de la BBC accusée de centaines d’agressions sexuelles en 2012, un an après sa mort.

Il évoque « un important problème de déférence » envers des personnalités publiques de premier plan de la part des partis politiques, de la police et de la justice.

Le rapport cite les exemples des députés Cyril Smith et Peter Morrison, qui ont échappé aux poursuites dans les 1970 et 1980 malgré leur « intérêt sexuel actif pour des enfants ».

En 1969, Cyril Smith avait reconnu avoir abusé sexuellement d’adolescents, mais n’avait pas été poursuivi. Dix ans plus tard, le chef de l’ancien Parti libéral David Steel en avait discuté avec lui après en avoir eu vent, mais n’avait entrepris aucune action.

Membre de la Chambre des Lords depuis, David Steel a démissionné après la publication du rapport mardi.

L’enquête, qui a entendu des victimes, des politiciens et des policiers notamment, souligne aussi que des responsables du Parti conservateur avaient connaissance d’accusations contre Peter Morrison « mais ne les ont pas transmises à la police ».

Le député était devenu en 1990 le secrétaire privé parlementaire de la première ministre Margaret Thatcher et anobli l’année suivante.

« Ce sont là des exemples d’une culture politique qui accorde bien plus d’importance à la réputation qu’au sort des enfants impliqués », déplore le rapport.

L’enquête n’a toutefois trouvé aucun élément venant corroborer l’existence d’un « réseau pédophile organisé » impliquant des personnalités politiques.

En juillet 2019, le Britannique Carl Beech, ex-employé d’une association caritative d’aide aux enfants, avait été condamné à 18 ans de prison pour avoir faussement accusé une série de personnalités de pédophilie, ce qui avait provoqué l’ouverture d’une vaste enquête.

« Le gouvernement va examiner ce rapport et considérer comment y répondre en temps utile », a réagi la ministre de l’Intérieur, Priti Patel.