Surveillance renforcée après l’attentat raciste en Allemagne

Le gouvernement allemand a annoncé que les «lieux sensibles», en particulier les abords des mosquées, les aéroports et les frontières, allaient faire l’objet d’une surveillance renforcée.
Photo: Michael Probst Associated Press Le gouvernement allemand a annoncé que les «lieux sensibles», en particulier les abords des mosquées, les aéroports et les frontières, allaient faire l’objet d’une surveillance renforcée.

Après l’attentat raciste de Hanau, l’Allemagne compte renforcer la surveillance policière, notamment autour des mosquées, pour tenter de contrer une menace d’extrême droite « très élevée ». Les rassemblements en mémoire des neuf victimes de la double fusillade de Hanau, organisés jeudi soir dans une cinquantaine de villes allemandes, ont laissé place à des débuts de polémique sur les armes, la protection des minorités et le rôle incendiaire du parti d’extrême droite AfD.

Le pays a été victime de trois attentats racistes et antisémites en neuf mois, de l’assassinat d’un élu pro-migrants à la tuerie de Hanau, en passant par l’attaque visant la synagogue de Halle en plein Yom Kippour.

À l’instar de la communauté juive après l’attentat de Halle en octobre dernier, plusieurs associations musulmanes ont exprimé leur désarroi, s’estimant « livrées » à elles-mêmes. « Les représentants politiques non seulement minimisent le problème, mais aussi continuent à garder le silence sur l’islamophobie dans ce pays », accuse Zekeriya Altug, porte-parole du Conseil de coordination des musulmans en Allemagne.

Après cette série d’attentats, « que faut-il encore pour qu’une telle chose ne se reproduise plus ? » s’interroge Aiman Mazyek, président du Conseil central des musulmans d’Allemagne. L’un des représentants de la mosquée de Hanau, Memduh Emdef, explique à l’AFP qu’il a demandé « à ce qu’une voiture de police soit présente pendant les prières du vendredi pour que les personnes se sentent plus en sécurité ».

« Loups solitaires »

Pressé de toutes parts, le gouvernement allemand a ainsi annoncé vendredi que les « lieux sensibles », en particulier les abords des mosquées, les aéroports et les frontières, allaient faire l’objet d’une surveillance renforcée.

Le gouvernement d’Angela Merkel avait déjà nettement durci son arsenal législatif et sécuritaire ces derniers mois, en imposant notamment de nouvelles obligations aux réseaux sociaux pour signaler les contenus haineux ou en protégeant mieux élus et militants. Toutefois, il peine à contrer toutes les menaces, en particulier celle incarnée par des individus solitaires, inconnus de la police et armés en toute légalité, qui passent subitement à l’acte, comme le tueur présumé de Hanau.

Ces « loups solitaires » qui se radicalisent sur Internet sont « des bombes à retardement que nous devons contrer avec tous les moyens que l’État constitutionnel nous offre », fait valoir la ministre de la Justice. L’auteur présumé de l’attaque de Hanau, inconnu des services de police, avait ainsi un site personnel mêlant théories racialistes et contenus complotistes avant les fusillades.

Un millier d’armes saisies

Un autre aspect de la menace concerne un éventuel contrôle plus strict de la détention d’armes. Quelque 5,4 millions d’armes sont en circulation dans le pays, selon le quotidien Bild.

Le ministère de l’Intérieur s’inquiète en particulier du fait que l’extrême droite radicale se procure de plus en plus d’armes en tous genres. La police a ainsi saisi 1091 armes au total en 2018, contre 676 l’année précédente, dans le cadre d’enquêtes portant sur des délits et crimes attribués à des extrémistes de droite. Des membres de la droite conservatrice CDU ont ainsi plaidé pour un renforcement de la législation sur les armes, une gageure dans un pays friand de chasse ou de tir sportif, une discipline que pratiquait l’assaillant de Hanau.

Enfin, le drame de Hanau revêt une dimension politique dans un pays marqué par l’irruption depuis 2013 du parti d’extrême droite ouvertement xénophobe Alternative pour l’Allemagne (AfD), représenté depuis deux ans au Parlement.