Le Portugal avance vers la légalisation de l’aide à mourir

Des centaines de personnes ont manifesté devant l’Assemblée à l’appel de plusieurs organisations opposées à l’euthanasie, criant «Oui à la vie, non à la mort».
Photo: Patricia de Melo Moreira Agence France-Presse Des centaines de personnes ont manifesté devant l’Assemblée à l’appel de plusieurs organisations opposées à l’euthanasie, criant «Oui à la vie, non à la mort».

Le Parlement portugais a adopté jeudi plusieurs textes ouvrant la voie à la dépénalisation de l’euthanasie, au grand dam des milieux religieux, mais aussi des représentants des médecins ou des infirmiers.

Cinq propositions de loi, dont une déposée par le Parti socialiste (au pouvoir), ont été approuvées en première lecture par des députés de gauche et du centre de l’échiquier politique.

Le texte soumis par le PS, qui détermine « les conditions spéciales pour la pratique de l’euthanasie non punissable », a été approuvé avec 127 voix pour, 86 voix contre et 10 abstentions.

Des propositions similaires du Bloc de gauche (extrême gauche), du parti animalier PAN, des verts et d’un député libéral ont également été adoptées, avec des résultats à peine plus serrés.

« Poursuivre pénalement quelqu’un qui aide un patient atteint d’une maladie incurable est une forme d’intolérance », a lancé l’élue socialiste Isabel Moreira lors du débat.

Peu avant, des centaines de personnes ont manifesté devant l’Assemblée à l’appel de plusieurs organisations opposées à l’euthanasie, criant « Oui à la vie, non à la mort ». « La question de l’euthanasie définit le type de culture dans laquelle nous souhaitons vivre : celle qui soigne ou celle qui propose la mort », a fait valoir Afonso Virtuoso, un avocat de 23 ans.

En mai 2018, le Parlement portugais avait rejeté à une très courte majorité de cinq voix plusieurs textes autorisant l’euthanasie.

Opposition de l’Église catholique

En revanche, l’Eglise catholique, très largement majoritaire au Portugal, les organisations représentatives des médecins et des infirmiers, ainsi que le Conseil national de l’éthique pour les sciences de la vie, un organe consultatif indépendant lié au Parlement, se sont opposés à un changement de la loi actuelle, qui admet déjà l’arrêt des traitements dans certains cas désespérés.

Les propositions adoptées jeudi doivent maintenant être fusionnées en un seul texte qui sera ensuite soumis à un vote final du Parlement, en principe avant l’été. Cette loi sera ensuite soumise à la promulgation du président de la République, Marcelo Rebelo de Sousa.

Le chef de l’État n’a pas ouvertement pris position sur ce thème mais, en tant que fervent catholique, il pourrait opposer un veto, qui serait pourtant annulé par un deuxième vote des députés, ou envoyer le texte à la Cour constitutionnelle pour qu’elle juge de sa conformité avec la loi fondamentale du pays.

Si ce processus législatif aboutit, le Portugal deviendra le quatrième pays européen à légaliser l’euthanasie après les Pays-Bas et la Belgique en 2002, puis le Luxembourg en 2009.

Dans l’Espagne voisine, le gouvernement socialiste a obtenu la semaine dernière le feu vert de la Chambre des députés pour lancer l’examen d’un projet de loi reconnaissant le droit à l’euthanasie sous strictes conditions.

Contrairement à 2018, la hiérarchie catholique portugaise a cette fois défendu la tenue d’un référendum pour consulter la population dont elle pense qu’une majorité rejetterait l’euthanasie.

Même si l’idée a peu de chances d’être soutenue par le Parlement, « le référendum est notre seule chance de freiner cette loi », a reconnu José Seabra Duque, catholique pratiquant et membre de la Fédération portugaise pour la vie.

Cette plateforme regroupant une vingtaine d’associations conservatrices a déjà recueilli près des deux tiers des 60 000 signatures nécessaires pour exiger des députés qu’ils se prononcent sur un éventuel « référendum d’initiative populaire ». Cette demande peut intervenir jusqu’à l’adoption finale de la loi.

Dans le plus récent sondage réalisé sur le sujet, qui remonte à 2017, 46,1 % des personnes interrogées se disaient favorables à l’euthanasie, 27,4 % contre. Mais une majorité de 44,1 % jugeait alors qu’il fallait organiser un référendum, contre 32,7 % d’opinions inverses.