La Russie accusée d’avoir attaqué 15 000 sites web géorgiens

En octobre 2018, Londres avait accusé la Russie d’avoir été à l’origine des principales cyberattaques mondiales de ces dernières années.
Photo: iStock En octobre 2018, Londres avait accusé la Russie d’avoir été à l’origine des principales cyberattaques mondiales de ces dernières années.

La Géorgie et deux de ses alliés occidentaux, les États-Unis et le Royaume-Uni, ont accusé jeudi le renseignement militaire russe (GRU) d’avoir déclenché une cyberattaque d’envergure fin 2019 contre ce pays du Caucase aux relations tendues avec Moscou.

En octobre 2019, environ 15 000 sites Internet géorgiens, dont ceux de la présidence, de tribunaux et de médias, avaient été touchés par cette opération. Les sites visés affichaient une photo de l’ancien président Mikheïl Saakachvili, accompagnée de l’inscription en anglais « I’ll be back » (Je reviendrai).

Dans un communiqué, le ministère géorgien des Affaires étrangères a expliqué qu’une enquête menée par Tbilissi, avec l’aide d’informations fournies par ses partenaires, « a conclu que les cyberattaques avaient été planifiées et menées par la Division principale de l’État-major des forces armées russes ».

« La Géorgie condamne cette cyberattaque qui va à l’encontre des normes et des principes internationaux », ajoute Tbilissi, tandis que Londres et Washington ont aussi accusé, dans des communiqués distincts, Moscou d’avoir été derrière cette attaque informatique.

« La campagne de cyberattaques dangereuse et sans vergogne du GRU contre la Géorgie, une nation souveraine et indépendante, est totalement inacceptable », a déclaré le ministre britannique des Affaires étrangères Dominic Raab. « Le gouvernement russe a le choix : poursuivre cette attitude agressive envers d’autres pays ou devenir un partenaire responsable qui respecte le droit international. »

Le département d’État américain a quant à lui évoqué des « cyberattaques généralisées » contre plusieurs milliers de sites web en Géorgie, estimant que ces opérations avaient pour but de « semer la division, créer l’insécurité et saper les institutions démocratiques ». Washington a appelé la Russie à « cesser ce comportement en Géorgie et ailleurs ».

Le National Cyber Security Centre (NCSC), une organisation britannique sur la cybersécurité, a jugé « avec le plus haut niveau de probabilité que le GRU a[vait] mené des cyberattaques perturbatrices de grande ampleur le 28 octobre 2019 », a précisé le Foreign Office.

Dénégation de Moscou

Moscou a nié ces attaques. « La Russie n’a pas prévu et ne prévoit pas de s’ingérer dans les affaires intérieures géorgiennes d’une façon ou d’une autre », a déclaré le vice-ministre des Affaires étrangères, Andreï Roudenko.

Ces attaques avaient aussi ciblé des sites Internet du gouvernement géorgien, d’ONG et d’entreprises et perturbé les programmes de chaînes de télévision.

Mikheïl Saakachvili vit en exil en Ukraine depuis la fin de son second mandat au poste de président en 2013. Il est recherché en Géorgie pour abus de pouvoir, des accusations qu’il rejette.

Plusieurs hauts responsables de son administration présidentielle ont été emprisonnés depuis que son parti a perdu les élections législatives en 2012, remplacé par le parti du Rêve géorgien du milliardaire Bidzina Ivanichvili.

La condamnation de la Russie intervient dans un contexte de relations particulièrement tendues entre Londres et Moscou depuis la tentative d’empoisonnement au Novitchok en avril 2018 de l’ex-espion russe Sergueï Skripal et de sa fille Ioulia.

Un mandat d’arrêt a été lancé à l’encontre de deux Russes soupçonnés d’avoir perpétré l’attaque et présentés comme relevant du GRU.

En octobre 2018, Londres avait accusé la Russie d’avoir été à l’origine des principales cyberattaques mondiales de ces dernières années, contre le Parti démocrate américain, l’agence sportive antidopage ou encore l’aéroport d’Odessa, en Ukraine.

Et en mai 2019, Jeremy Hunt, alors chef de la diplomatie britannique, avait appelé les membres de l’OTAN à en faire davantage contre les tentatives de cyberattaques de la Russie, pendant une conférence sur la cyberdéfense à Londres devant des ambassadeurs des pays de l’Alliance atlantique et son secrétaire général, Jens Stoltenberg.