Les Serbes de Bosnie décident de bloquer le gouvernement central

«Soit on se mettra d’accord, soit ce pays n’aura aucune chance», a mis en garde Milorad Dodik, membre serbe de la présidence collégiale de Bosnie, à l’issue d’une réunion des dirigeants serbes bosniens.
Photo: Milan Radulovic Agence France-Presse «Soit on se mettra d’accord, soit ce pays n’aura aucune chance», a mis en garde Milorad Dodik, membre serbe de la présidence collégiale de Bosnie, à l’issue d’une réunion des dirigeants serbes bosniens.

Les dirigeants politiques des Serbes de Bosnie ont décidé mercredi de bloquer le fonctionnement des institutions centrales de ce pays divisé, réclamant le départ des juges internationaux de la Cour constitutionnelle.

C’est un nouveau coup porté contre les faibles institutions centrales, souvent défiées par les responsables politiques serbes, notamment l’homme fort de l’entité serbe de Bosnie, la Republika Srpska, Milorad Dodik. « Soit on se mettra d’accord, soit ce pays n’aura aucune chance », a mis en garde Milorad Dodik, membre serbe de la présidence collégiale de Bosnie, à l’issue d’une réunion des dirigeants serbes bosniens à Banja Luka (nord).

À cette réunion, ils ont décidé « à l’unanimité » que les représentants serbes dans les institutions centrales bosniennes « cesseront de participer à la prise de décisions », a annoncé à la presse Zeljka Cvijanovic, présidente de l’entité serbe. Le déblocage est conditionné par la réforme de la Cour constitutionnelle et le départ des juges internationaux de cette instance, a expliqué Mme Cvijanovic.

Le Parlement de la Republika Srpska se réunira lundi pour « confirmer » cette décision, a annoncé M. Dodik. Pour lui, il s’agit d’un « tribunal occupant ».

Outre six juges locaux (deux Serbes, deux Bosniaques et deux Croates), trois juges internationaux, nommés par la Cour européenne des droits de l’Homme, siègent dans cette instance depuis la fin de la guerre intercommunautaire (1992-95, 100 000 morts).

La Cour constitutionnelle a pris vendredi une nouvelle décision qui a provoqué la colère des Serbes de Bosnie. Saisie par plusieurs députés bosniaques (musulmans), elle a décidé que les terrains agricoles sans propriétaires appartenaient à l’État central et non aux entités, comme le stipule une loi de l’entité serbe contestée dans ce dossier.

La Bosnie est composée de deux entités, une serbe et l’autre croato-bosniaque. Elles disposent d’une large autonomie et sont unies par un gouvernement central.

« En continuité, depuis plusieurs années, nous recevons des décisions de la Cour constitutionnelle qui sont nuisibles pour les intérêts de la Republika Srpska », a dit Zeljka Cvijanovic.

La cour avait notamment jugé en 2015 que la Fête nationale de la Republika Srpska était discriminatoire à l’égard de Bosniaques et des Croates. Cette décision avait été rejetée par tous les partis politiques serbes. La Republika Srpska n’a pas cessé d’organiser les célébrations à cette occasion, en leur accordant davantage d’importance.

Une centaine de jugements de la Cour constitutionnelle n’ont pas été mis en oeuvre, selon les médias locaux. Le non-respect de ces jugements ne concerne pas uniquement les Serbes. De nombreux visent aussi les camps bosniaque et croate qui font la sourde oreille.