Le Sinn Féin appelle l’UE à soutenir son projet de réunification de l’Irlande

Mary Lou McDonald envisage de devenir cheffe du gouvernement si elle réussit à s’allier avec d’autres partis.
Photo: Niall Carson Associated Press Mary Lou McDonald envisage de devenir cheffe du gouvernement si elle réussit à s’allier avec d’autres partis.

Après la percée historique du Sinn Féin aux élections législatives de samedi en Irlande, sa dirigeante, Mary Lou McDonald, se voit déjà cheffe du gouvernement et a demandé à l’Union européenne de soutenir son projet de réunification de l’Irlande.

Le parti républicain de gauche est devenu la deuxième force au parlement irlandais, juste derrière le Fianna Fáil, un des deux partis de centre droit qui se partagent habituellement le pouvoir dans ce pays de 4,9 millions d’habitants.

S’il arrive au pouvoir à la faveur d’une coalition, le Sinn Féin a pour objectif la réunification de la République d’Irlande avec la province britannique d’Irlande du Nord. Le sujet est revenu dans l’actualité avec le Brexit, auquel s’est opposée la majorité des habitants de la province britannique, contraints de quitter l’Union européenne malgré leur vote.

Pour Mary Lou McDonald, l’Union européenne devrait soutenir ce projet.

«L’Union européenne doit prendre position sur l’Irlande, comme elle l’a fait en soutenant la réunification de l’Allemagne. Et de la même manière qu’elle a une position sur Chypre et une approche positive sur la réunification de ce pays», a déclaré la cheffe du Sinn Féin sur BBC Newsnight.

«La partition [de l’Irlande] et la division ont été un désastre et la voie à suivre est la réunification, la réconciliation et de bonnes relations avec nos voisins proches», a-t-elle souligné.

La majeure partie de l’île d’Irlande s’est séparée de la Grande-Bretagne en 1921, mais six comtés du nord sont restés partie intégrante du Royaume-Uni, formant la province d’Irlande du Nord.

Pour l’ancien premier ministre irlandais Bertie Ahern, un référendum sur la réunification est «inévitable».

Mais la cheffe du petit parti unioniste nord-irlandais DUP, Arlene Foster, n’est pas du même avis. Mme Foster a souligné que seul le ministre britannique chargé de l’Irlande du Nord pouvait convoquer un tel référendum «s’il semble probable qu’il y ait le soutien d’une majorité de personnes» dans la province britannique.

«Ce n’est pas le cas», a déclaré sur Twitter Mme Foster, première ministre en Irlande du Nord, citant un sondage récent.

Le Sinn Féin compte cependant sur son succès dans les urnes pour défendre son projet.

L’UE doit prendre position sur l’Irlande, comme elle l’a fait en soutenant la réunification de l’Allemagne

Jadis vu comme sulfureux en raison de ses liens avec l’Armée républicaine irlandaise (IRA), le Sinn Féin a réalisé une percée spectaculaire lors des élections de samedi. Le parti a été placé en tête par le plus grand nombre d’électeurs. Il n’a toutefois pas pu obtenir une majorité de sièges au parlement faute d’avoir présenté un nombre suffisant de candidats.

Ce qui n’empêche pas Mary Lou McDonald, 50 ans, d’envisager de devenir cheffe du gouvernement si elle réussit à s’allier avec d’autres partis.

«Je pourrais bien être le prochain taoiseach [chef du gouvernement en gaélique] », a-t-elle lancé lors d’une promenade dans le centre de Dublin lundi.

«Je pense que ce serait une chose formidable d’avoir un taoiseach issu du Sinn Féin et aussi une femme», a-t-elle ajouté devant la presse.

Le Sinn Féin compte désormais 37 sièges sur les 160 du Dáil, la chambre basse du Parlement, derrière le Fianna Fáil (38) et devant l’autre parti de centre droit, le Fine Gael du premier ministre Leo Varadkar, qui essuie un revers et n’en compte que 35.

Mary Lou McDonald préférerait former une coalition gouvernementale sans un des deux grands partis centristes, qui rechignent de toute façon à négocier avec son parti.

Elle a commencé à discuter avec des petits partis de gauche, comme les verts ou les socio-démocrates, mais il est peu probable qu’une telle alliance suffise pour réunir les 80 sièges nécessaires à une majorité.

Les tractations pourraient durer des semaines.