Madrid fait un premier pas vers l’adoption d’une loi sur l’euthanasie

La Chambre des députés espagnols a approuvé le lancement du processus législatif par 203 voix.
Photo: Juan Carlos Hidalgo Pool Agence France-Presse La Chambre des députés espagnols a approuvé le lancement du processus législatif par 203 voix.

Le gouvernement espagnol a obtenu mardi soir le feu vert de la Chambre des députés pour lancer l’examen d’un projet de loi, promis depuis deux ans, reconnaissant le droit à l’euthanasie sous strictes conditions malgré l’opposition de l’Église catholique et de la droite.

La Chambre des députés a approuvé le lancement du processus législatif par 203 voix (140 contre et 2 abstentions). Sa présidente, Meritxell Batet, a alors annoncé : « Le projet de loi est pris en considération ».

Le texte doit désormais être soumis à débats et votes des députés puis des sénateurs, qui prendront des mois.

« L’Espagne fait un pas décisif en faveur de la reconnaissance du droit à une mort digne », a tweeté le premier ministre socialiste, Pedro Sanchez, qui a formé en janvier un nouveau gouvernement de coalition avec la gauche radicale de Podemos.

C’est la troisième fois depuis 2018 que les socialistes présentent cette proposition de loi qui non seulement dépénalise l’euthanasie, mais en fait « un nouveau droit individuel ».

Les deux tentatives précédentes avaient échoué, notamment en raison de la dissolution de la Chambre en vue de nouvelles élections.

Le texte prévoit qu’une personne souffrant d’une maladie grave, invalidante ou incurable peut être aidée à mourir si elle en a fait la demande, pour éviter une souffrance intolérable.

La demande doit être écrite et répétée quinze jours plus tard. Elle devra être acceptée successivement par deux médecins puis examinée par une commission. Un droit à « l’objection de conscience » est prévu pour les professionnels de santé refusant de participer à une euthanasie.

« Nous avons bon espoir que cette fois-ci […] la loi soit adoptée » et entre en vigueur à la fin de l’année, a déclaré le médecin Fernando Marin de l’association Droit à mourir dignement.

Les partis de gouvernement, leurs alliés nationalistes indépendantistes, et les libéraux de Ciudadanos se sont prononcés pour le texte, formant une large majorité. Les conservateurs du Parti populaire (PP) et l’extrême droite de Vox la rejettent.

Le PP comme l’Église catholique considèrent que les soins palliatifs sont suffisants pour faire face à ces situations. « Provoquer la mort de manière active n’est jamais une bonne solution », a déclaré mardi le secrétaire général de la Conférence épiscopale espagnole, Luis Arguello.

Actuellement, l’aide au suicide et l’euthanasie sont passibles de deux à dix ans de prison, pouvant être réduites si la personne souffrait de maladie grave et avait demandé à mourir.

Ce débat intervient 22 ans après la mort de l’Espagnol Ramon Sampedro, devenu tétraplégique à 25 ans et qui avait ensuite passé 29 ans à réclamer le droit à l’euthanasie. Une fois le délit prescrit, une de ses amies avait reconnu devant la justice avoir participé en 1998 à son suicide assisté.

Ce cas a inspiré le film Mar Adentro, d’Alejandro Amenabar, récompensé par un Oscar en 2005.