Un expert de l’ONU critique les taux de pauvreté «scandaleusement élevés» en Espagne

Le rapporteur spécial des Nations Unis sur l’extrême pauvreté, Philip Alston
Photo: Pierre-Philippe Marcou Agence France-Presse Le rapporteur spécial des Nations Unis sur l’extrême pauvreté, Philip Alston

L’Espagne « faillit complètement à ses responsabilités envers les personnes dans la pauvreté dont la situation se classe maintenant parmi les pires de l’Union européenne » malgré une forte reprise après la crise, a affirmé un expert de l’ONU vendredi au terme d’une mission d’enquête dans le pays.

À l’issue de sa tournée de douze jours, le rapporteur spécial sur l’extrême pauvreté Philip Alston a déclaré avoir visité des régions que « de nombreux Espagnols ne reconnaîtraient pas comme faisant partie de leur pays » et a pointé des niveaux « scandaleusement élevés » d’inégalités.

S’il a salué l’approche du nouveau gouvernement d’union de la gauche comme une « lueur d’espoir », il a souhaité que « ses actions soient à la hauteur de ses discours ».

Au pouvoir depuis juin 2018, le socialiste Pedro Sanchez a formé en janvier un gouvernement, en coalition avec la gauche radicale de Podemos, qui a promis d’engager résolument des politiques de lutte contre la pauvreté. Après avoir augmenté de 22 % le salaire minimum l’an dernier à 1050 euros sur 12 mois, il l’a encore augmenté en janvier de 5,5 %.

Quatrième économie de la zone euro, l’Espagne était auparavant dirigée par le conservateur Mariano Rajoy (2011-2018).

« Les niveaux de pauvreté en Espagne reflètent un choix politique fait très clairement au cours de la dernière décennie », a commenté M. Alston lors d’une conférence de presse.

La reprise ayant suivi les années de crise (2008-2013) a laissé de côté beaucoup trop de gens, selon le rapport de M. Alston, qui évoque aussi « une crise du logement d’une ampleur stupéfiante » et « un système de protection sociale totalement inadéquat ».

Selon l’expert de l’ONU, « il y a deux Espagnes très différentes ». « De 2007 à 2017, les revenus des 1 % les plus riches ont augmenté de 24 % tandis que ceux de 90 % [des Espagnols] ont crû de moins de 2 % », a-t-il noté.

M. Alston a déclaré avoir rencontré des membres de la communauté rom qui vivaient dans une décharge, des familles en passe d’être expulsées de leur logement ou se débattant avec le dilemme « se chauffer ou manger ». Des travailleurs immigrés vivaient « probablement dans les pires conditions que j’aie jamais vues », a-t-il ajouté devant les journalistes.

Les données de l’Institut national de la statistique montrent qu’une personne sur quatre — plus de 26 % de la population — est exposée en Espagne au risque de pauvreté ou d’exclusion sociale, l’un des taux les plus élevés d’Europe. Malgré un taux de croissance de 2 % en 2019, le pays souffre toujours d’un chômage élevé, à 13,78 %, plus du double de la moyenne européenne.

« Si l’État espagnol n’investit pas dans la protection sociale, on aboutit à ce genre de statistiques », a commenté M. Alston.

Son rapport sera présenté au Conseil des droits de l’Homme de l’ONU à Genève en juin.