Roumanie: le gouvernement libéral aura tenu trois mois

Ludovic Orban a fait à son tour l’objet d’une motion de défiance parlementaire.
Photo: Daniel Mihailescu Agence France-Presse Ludovic Orban a fait à son tour l’objet d’une motion de défiance parlementaire.

La valse des gouvernements se poursuit en Roumanie : le cabinet libéral minoritaire en place depuis à peine trois mois a été renversé mercredi par les socialistes, qui tiennent le parlement mais pourraient tout perdre en cas de législatives anticipées.

Ludovic Orban, le quatrième chef de gouvernement nommé depuis le début de la législature en 2016, a fait à son tour l’objet d’une motion de défiance parlementaire, alors qu’il avait renvoyé la gauche issue du parti communiste dans l’opposition le 10 octobre.

Le parti social-démocrate (PSD) n’a pas accepté que le parti national libéral (PNL) de M. Orban tente de le priver de son réseau vital d’élus locaux en instaurant un mode de scrutin à deux tours.

À six mois des municipales, ce projet d’amendement à la loi électorale a été perçu comme une manoeuvre visant à permettre des alliances entre les deux tours pour faire perdre au PSD une partie de ses 1700 mairies.

« Le gouvernement Orban a été démis, c’est un grand pas pour la démocratie », a annoncé Marcel Ciolacu, président de la Chambre des députés et chef de file du PSD, à l’origine de la motion de censure, votée par 261 élus sur un total de 465.

« Nous avons perdu une bataille mais pour la Roumanie, nous gagnerons la prochaine manche », a répliqué M. Orban, 56 ans, selon qui « le gouvernement est tombé debout ».

Il appartient désormais au chef de l’État Klaus Iohannis, issu du PNL, de mener des consultations avec les partis politiques en vue de la désignation d’un nouveau premier ministre.

Le PSD est en perte de vitesse depuis qu’il a tenté une réforme controversée de la justice entamée en 2017. Elle a suscité des manifestations d’une ampleur sans précédent en Roumanie.

Selon un sondage publié lundi, les sociaux-démocrates ont chuté à 20 % des intentions de vote, contre 45 % aux législatives de 2016.

Les libéraux ont en revanche le vent en poupe : dopés par la réélection de M. Iohannis à la tête de l’État en novembre, ils sont crédités de 47 %. Les intentions de vote dont ils disposent ont doublé en quatre ans.

Nommé premier ministre en novembre, après le renversement du gouvernement social-démocrate de Viorica Dancila, Ludovic Orban espère être reconduit à la tête du gouvernement par M. Iohannis après les élections.

« Je suis confiant : le président désignera un premier ministre répondant aux attentes des Roumains », a-t-il déclaré peu avant le vote de la motion de défiance mercredi.

Un pari risqué

Si le projet des libéraux se concrétise, les législatives pourraient être organisées en même temps que les municipales.

Le pari d’un scrutin anticipé, alors que la mandature actuelle s’achève en novembre, est toutefois risqué pour M. Orban, la procédure prévue par la constitution étant très compliquée.

Il faudrait que les tentatives pour former un nouveau gouvernement échouent deux fois en l’espace de 60 jours pour que le président puisse dissoudre le parlement.

Or la plupart des élus sociaux-démocrates et leurs alliés de gauche sont prêts à tout pour mener à terme leur mandat, estiment les analystes.

« Le PSD se retrouve entre l’enclume et le marteau », souligne le sociologue Sebastian Lazaroiu, alors que cette formation a perdu les européennes en mai et la présidentielle en novembre. Son chef Liviu Dragnea a été envoyé en prison pour corruption.

La gauche espère qu’en cas de scrutins concomitants, ses élus locaux, qui disposent toujours de soutiens dans les zones rurales et pauvres, réussiront à mobiliser leur électorat.

Ce parti mise en outre sur une érosion de la cote de confiance des libéraux, qui seront amenés à prendre des décisions difficiles dans les mois à venir afin de limiter le déficit.

Le dérapage des finances publiques a valu à Bucarest d’être rappelé à l’ordre par le Fonds monétaire international (FMI).