Huawei aura un rôle limité dans le réseau 5G britannique

Le Royaume-Uni recourt à la technologie Huawei depuis 15 ans, contrairement aux États-Unis.
Photo: Tolga Akmen Agence France-Presse Le Royaume-Uni recourt à la technologie Huawei depuis 15 ans, contrairement aux États-Unis.

Le gouvernement britannique s’apprête à prendre une décision lourde de conséquences sur la participation de Huawei au réseau 5G, au risque de froisser les États-Unis avec lesquels il envisage de conclure un accord commercial post-Brexit ambitieux.

Depuis plusieurs jours, le gouvernement du premier ministre Boris Johnson semble préparer le terrain pour un feu vert à la participation de Huawei au réseau 5G du pays, mais qui devrait être limitée.

Huawei pourrait n’être autorisé qu’à prendre part à des infrastructures non stratégiques, comme les antennes-relais, mais serait exclu des serveurs, avec également une possible limite à sa part de marché.

Alors que la décision est attendue mardi, selon la presse britannique, le secrétaire d’État américain, Mike Pompeo, vient de lancer un ultime avertissement. Sur Twitter, il a qualifié de « capitale » la décision de Londres, au terme de semaines d’intense lobbying de Washington, entre visites de dignitaires et réunions à huis clos.

Les États-Unis exigent depuis de long mois des pays européens, et en particulier du Royaume-Uni, qu’ils excluent Huawei de leurs réseaux, invoquant ses liens étroits avec le gouvernement chinois et des risques d’espionnage, ce que le groupe chinois a toujours démenti.

Interrogé sur le sujet lundi lors d’une visite dans une école londonienne, Boris Johnson est resté évasif.

« Nous voulons avoir une technologie 5G qui profite aux consommateurs […] mais nous ne voulons pas faire de compromis sur notre infrastructure nationale, notre sécurité, ou compromettre notre capacité à travailler avec d’autres services de renseignement dans le monde », a-t-il dit à des journalistes.

Avance technologique

Le ministre de la Justice, Robert Buckland, a quant à lui reconnu lundi sur la radio BBC 4 qu’il existait « des risques », tout en assurant que le gouvernement prendrait « une décision informée, fondée sur des preuves ».

Le Royaume-Uni recourt à la technologie Huawei depuis 15 ans, contrairement aux États-Unis, et celle-ci est donc déjà partie prenante de l’actuel réseau britannique de 4G d’opérateurs comme BT ou Vodafone, mais pour les antennes-relais et parties « non stratégiques » de leur réseau, font valoir des sources chez ces opérateurs.

Le réseau 5G sera bâti à partir de la 4G, et une exclusion de Huawei nécessiterait donc de se défaire d’une partie des infrastructures 4G pour les remplacer par des matériaux provenant des concurrents actuels, Ericsson et Nokia, ce qui serait coûteux et retarderait le passage à la nouvelle génération de téléphonie.

D’autant que Huawei a investi lourdement dans la recherche et développement et que ses équipements disposent donc d’une avance technologique par rapport à ses rivaux.

Des opérateurs britanniques proposent déjà des offres de 5G, mais seulement dans quelques grandes villes britanniques et « sur un périmètre limité », note une source chez un opérateur britannique, qui ajoute : « On en est au tout début. »

Les opérateurs comptent donc utiliser Huawei dans leur réseau d’antennes-relais, mais pas dans le coeur de leur réseau, les serveurs, et assurent, comme les autorités britanniques de renseignement, que la sécurité de ces infrastructures sera ainsi assurée.

« Je pense que nous pouvons gérer ce risque », surtout si le réseau dispose de « doublons » d’autres fabricants, estimait lundi James Sullivan, analyste spécialisé en sécurité informatique du centre de réflexion Rusi, dans une conférence téléphonique.

D’autant qu’« il est peu probable que les États-Unis veuillent se couper de l’accès au réseau Five Eyes de partage de renseignements» avec le Royaume-Uni, le Canada, la Nouvelle-Zélande et l’Australie, a-t-il estimé avec un autre expert de Rusi, Malcolm Chalmers, lors de cette conférence.

Tandis que Mike Pompeo doit rencontrer son homologue Dominic Raad après son arrivée à Londres mercredi, James Sullivan espère « que ce sera l’occasion « d’aller de l’avant », d’admettre certains désaccords « mais d’accepter que le plus important est de bâtir une solution de remplacement occidentale » à Huawei.

Ottawa ne doit pas imiter Londres, dit un ancien diplomate canadien

Un ancien diplomate canadien en Chine a estimé que la décision du Royaume-Uni, qui a annoncé mardi qu’il accordait à Huawei un accès partiel à son réseau 5G, pourrait simplifier la tâche au gouvernement Trudeau s’il envisageait de faire le même choix.

Or, ce serait une mauvaise décision aux yeux de David Mulroney, puisque pour Ottawa cela équivaudrait à céder à plus d’un an d’intimidation de la part de Pékin. « Ce n’est que la dernière, bien que l’une des plus importantes, d’une série de mauvaises décisions et de faux compromis que les gouvernements occidentaux ont faits à l’égard de la Chine », a affirmé M. Mulroney, qui a été ambassadeur du Canada en Chine de 2009 à 2012.

« Le résultat est que la technologie chinoise, avec son influence chinoise potentielle, est toujours plus profondément ancrée dans les structures de gouvernance de l’Occident. »

Comme le Royaume-Uni, le Canada a subi des pressions de la part des États-Unis pour interdire à la société chinoise de participer au nouveau réseau 5G parce qu’elle représenterait une menace pour la sécurité nationale américaine — une accusation que rejette la société.

Le ministre canadien de l’Industrie, Navdeep Bains, a déclaré que le gouvernement étudiait la décision du Royaume-Uni, mais n’avait pas encore pris la sienne.

La Presse canadienne