En France, une manifestation contre la procréation assistée

Les participants souhaitaient inciter les sénateurs à bloquer ce projet de loi qui ne fait toujours pas consensus en France.
Photo: Christophe Archambault Agence France-Presse Les participants souhaitaient inciter les sénateurs à bloquer ce projet de loi qui ne fait toujours pas consensus en France.

À 48 heures du débat sur le projet de loi de bioéthique au sénat, les opposants étaient quelques dizaines de milliers à protester dimanche à Paris contre l’élargissement de la procréation médicalement assistée (PMA) aux couples de lesbiennes et aux femmes seules. Sur l’air de Parler à mon père, de Céline Dion, les manifestants représentant plus d’une vingtaine d’associations se sont réunis au pont de l’Alma avant de longer la Seine et de prendre la direction de la place de l’Opéra. « Contre la PMA sans père ! », « Liberté, égalité, paternité », clamaient les participants qui souhaitent inciter les sénateurs à bloquer ce projet de loi qui ne fait toujours pas consensus en France.

Les manifestants étaient venus en famille. Malgré les têtes grises, on y trouvait un nombre surprenant de jeunes, comme Benoît, 20 ans, étudiant dans une école d’ingénieurs à Dourdan. « On est là pour protester contre la réduction du père à un simple spermatozoïde, disait-il. Un jour, je serai père et je m’inquiète de cette menace qui pèse sur le respect de la vie humaine. » Son ami Théodor, 18 ans, apprenti cordonnier, disait s’inquiéter « d’une marchandisation de la vie ». En tête de cortège, des hommes avaient revêtu un masque blanc pour souligner que les enfants qui naîtront de cet élargissement de la PMA naîtront sans père.

Les 22 collectifs qui ont appelé à la manifestation rassemblaient de nombreuses sensibilités, souvent catholiques, mais pas toujours. Les uns s’inquiétaient de l’effacement du père dans la procréation, les autres d’un système qui, disent-ils, n’a plus rien de médical. De nombreuses pancartes s’opposaient d’ailleurs au remboursement par la Sécurité sociale de cette PMA élargie à des personnes qui n’ont pas de problème de stérilité. Plusieurs en avaient aussi contre l’autoconservation des ovocytes qui sera dorénavant autorisée si le projet de loi est adopté et dans laquelle ils voient l’ouverture « d’un marché de la procréation ».

La GPA en ligne de mire

Mais surtout, la plupart des manifestants craignent qu’en créant des « parents d’intention », ce projet devienne un cheval de Troie permettant à terme d’autoriser comme au Canada la gestation pour autrui (GPA). En France, la GPA est toujours considérée par toutes les familles politiques (à l’exception des écologistes) comme une ligne rouge à ne pas franchir.

Dans la foule, Frédérique était venue manifester tout habillée de blanc. Cette gynécologue, qui a pratiqué la PMA pendant 15 ans, a décidé de quitter le secteur public pour ne « pas être obligée de la pratiquer sur des femmes qui n’ont aucun problème médical, dit-elle. Demain, on va sélectionner les embryons en vérifiant les chromosomes et les gènes pour faire de la sélection. Bientôt, on fera des enfants dans une machine. Tout ce qui est faisable devient moral. On se prend pour des dieux ».

Au printemps, les sondages indiquaient que 65 % des Français soutenaient l’extension de la PMA aux femmes ne souffrant pas d’infertilité. Pourtant, un sondage plus récent semblait indiquer que 51 % des mêmes Français jugeaient que, faute de consensus, le gouvernement ferait mieux de retirer son projet de loi.

Les opposants misent sur le débat qui débutera mardi au Sénat, où la droite est majoritaire. Traditionnellement, les débats sont souvent plus sereins au Sénat. Ils permettent aussi d’affiner les textes de projet de loi complexes, comme l’est justement celui sur la PMA. Il serait cependant surprenant que le Sénat rejette le projet adopté en première lecture par l’Assemblée nationale. Alors que les grèves contre la réforme des retraites s’achèvent à peine, le gouvernement a tout fait pour éviter de braquer les projecteurs sur ce nouveau débat. Plusieurs sénateurs républicains dont la réélection aux élections municipales du 22 mars prochain dépend du parti d’Emmanuel Macron (LREM) souhaitent aussi faire profil bas.

Débat enflammé

Plusieurs éléments laissent pourtant penser qu’en ces temps où le climat social est plus que fragile en France, le débat pourrait rapidement s’enflammer. Mercredi, l’archevêque de Paris, Mgr Michel Aupetit, est sorti de son silence. Il a affirmé que faire naître « volontairement » un enfant sans père était « monstrueux ». « Il peut y avoir, bien évidemment, des enfants élevés sans leur père pour des raisons accidentelles ou parce qu’ils sont abandonnés mais là on décrète légalement qu’un enfant n’en a pas besoin. » La veille de la manifestation, cinq églises de Bordeaux ont été taguées par des militants favorables au projet de loi.

La semaine précédente, une campagne d’affichage du groupe pro-vie Alliance Vita dans les gares avait été retirée à la demande expresse de la mairesse de Paris, Anne Hidalgo. Les trois affiches représentant respectivement un homme, une femme et un handicapé disaient tour à tour que « la société progressera à condition de respecter » la « paternité », la « maternité » et la « différence ». Jugeant le geste contraire à la liberté d’expression, les tribunaux ont ordonné la remise en place des affiches. Ce que la SNCF n’a jamais fait.

Ce projet de loi fait suite à des états généraux de la bioéthique où les associations anti-PMA ont été très présentes, mais disent ne pas avoir été écoutées. Le 8 janvier, les sénateurs réunis en commission spéciale ont adopté l’article 1 du projet de loi sur la PMA. Pourtant, dimanche, les manifestants voulaient toujours croire dans la possibilité de faire reculer le gouvernement. Fait significatif, la manifestation s’est déroulée sans le moindre incident violent. Une chose devenue rare à Paris.