Réforme des retraites: le gouvernement français retire la mesure la plus contestée

Reste à savoir si ce compromis suffira à mettre fin au mouvement de grève. Les syndicats à la pointe des protestations réclamaient pour leur part le retrait pur et simple du projet de réforme des retraites.
Photo: Georges Gobet Agence France-Presse Reste à savoir si ce compromis suffira à mettre fin au mouvement de grève. Les syndicats à la pointe des protestations réclamaient pour leur part le retrait pur et simple du projet de réforme des retraites.

Après cinq semaines de grève et de manifestations, le premier ministre français Edouard Philippe a fait un pas vers un compromis samedi en retirant sous condition de son projet de réforme des retraites la mesure incitant les Français à travailler jusqu’à 64 ans, unanimement rejetée par les syndicats.

« Je suis disposé à retirer du projet de loi la mesure » prévoyant « un âge d’équilibre de 64 ans en 2027 », a écrit le premier ministre alors que les manifestants battaient de nouveau le pavé dans la plupart des grandes villes de France.

Dans un courrier adressé aux partenaires sociaux, il précise toutefois que syndicats et patronat devront se mettre d’accord sur les mesures à mettre en œuvre pour assurer l’équilibre financier du système des retraites en 2027 faute de quoi cette mesure pourrait être réinstaurée.

Cet « âge pivot » de 64 ans était la mesure la plus contestée du projet de réforme des retraites. Il visait à inciter progressivement les Français à partir à la retraite à 64 ans, sous peine de se voir infliger un malus, alors que l’âge légal de départ est actuellement fixé à 62 ans.

Elle représentait une ligne rouge pour tous les syndicats et notamment le premier d’entre eux, la CFDT, pourtant favorable au principe de la réforme voulue par le gouvernement d’un régime universel par points.

Ce syndicat réformiste a immédiatement « salué » dans un communiqué « le retrait de l’âge pivot du projet de loi sur les retraites », qui marque à ses yeux « la volonté de compromis du gouvernement ».

La CFDT « va poursuivre les discussions dans le cadre proposé pour répondre aux interrogations qui demeurent sur le futur régime universel », écrit-elle.

Le syndicat UNSA a lui aussi bien accueilli la nouvelle. « Le retrait de l’âge pivot est une bonne chose qui permet de discuter sereinement de l’équilibre », a commenté son secrétaire général, Laurent Escure. « Cela va permettre d’avancer sur le reste de la réforme, pour obtenir des compensations, des garanties, des avancées », a-t-il déclaré à l’AFP.

Un « leurre »

Patronat et syndicats doivent désormais s’engager dans une conférence sur l’équilibre et le financement des retraites, qui devra remettre ses conclusions « d’ici la fin du mois d’avril », a réclamé le premier ministre.

S’ils ne parviennent pas à cette date à trouver les mesures permettant d’assurer l’équilibre du système, le gouvernement reprendra la main, a-t-il averti.

« Je veux être parfaitement clair sur ce point : je prendrai mes responsabilités », a insisté le premier ministre.

Reste à savoir si ce compromis suffira à mettre fin au mouvement de grève dans les transports. Les syndicats à la pointe des protestations — la CGT et FO — réclamaient pour leur part le retrait pur et simple du projet de réforme des retraites.

Pour le leader de la CGT Philippe Martinez, interrogé samedi en tête de la manifestation parisienne avant la publication du courrier du premier ministre, « l’âge pivot est un leurre » qui « ne change rien à notre opposition à la réforme ».

Au 38e jour de mobilisation contre le projet de réforme, plusieurs dizaines de milliers de manifestants — 150 000 selon la CGT — ont défilé samedi dans la capitale.

Devant le cortège syndical bon enfant, plusieurs centaines de manifestants, dont certains masqués ou cagoulés, ont brisé des vitrines, saccagé une banque, incendié du mobilier urbain et jeté des projectiles en direction des forces de l’ordre, qui ont répliqué par des tirs de gaz lacrymogène.

La police faisait état de sept interpellations à 11 h 30 (heure de Montréal).

D’autres manifestations avaient lieu partout en France. À Lyon, 3200 personnes selon la police, 15 000 selon la CGT ont défilé avec quelques accrochages en début de cortège.

Au moins 2000 personnes ont manifesté à Rennes (ouest), avec des pancartes proclamant : « Je ne ferai pas les poubelles pour manger à la retraite » ou « Soignante, je veux des lendemains qui chantent ».