Malgré les grèves, Macron défend sa réforme des retraites lors de ses voeux

Le président français, Emmanuel Macron, durant son allocution télévisée du Nouvel An
Photo: Martin Bureau France2 via Agence France-Presse Le président français, Emmanuel Macron, durant son allocution télévisée du Nouvel An

Le président français Emmanuel Macron a défendu mardi sa réforme controversée du système de retraite, affirmant qu’elle sera « menée à son terme » et appelant le gouvernement à « trouver un compromis rapide » avec les organisations syndicales, alors que le conflit social contre ce projet en est déjà à son 27e jour de grève, paralysant en partie les transports du pays.

L’opposition en France au projet de « système universel » de retraite par points se traduit par une grève affectant principalement la circulation des trains à travers le pays et les transports en région parisienne, toujours très perturbés mardi.

La grève est déjà plus longue que celle menée en 1995 contre un projet de réforme des retraites des fonctionnaires, auquel le gouvernement d’alors avait fini par renoncer. Les secteurs du tourisme et du commerce, pour lesquels la période des fêtes est cruciale, ont vu leurs chiffres d’affaires baisser, en particulier en région parisienne.

« Je mesure combien les décisions prises peuvent heurter et susciter des craintes et des oppositions », a reconnu le président mardi, en présentant ses voeux aux Français lors d’une allocution télévisée d’environ 18 minutes.

« Faut-il pour autant renoncer à changer notre pays, notre quotidien ? Non. Car ce serait abandonner ceux que le système a déjà abandonnés, ce serait trahir nos enfants, leurs enfants après eux, qui alors, auraient à payer le prix de nos renoncements. C’est pour cela que la réforme des retraites sera menée à son terme », a-t-il martelé.

Le système de retraite est un sujet éminemment sensible en France, la population restant attachée à un système par répartition jusqu’à présent réputé comme l’un des plus protecteurs au monde.

Le système par points voulu par le gouvernement vise à fusionner les 42 régimes existants, dont des régimes spéciaux qui permettent notamment aux chefs de train de partir plus tôt. L’exécutif promet un dispositif « plus juste », quand les opposants à la réforme redoutent une « précarisation » des retraités, avec un départ plus tardif et des pensions plus basses.

Apaisement

M. Macron s’étant peu exprimé depuis le début de cette crise sur cette réforme — une de ses promesses de campagne — son discours était très attendu, dans un contexte social tendu depuis la mobilisation du mouvement social des « gilets jaunes », marqué aussi par des mécontentements exacerbés dans les hôpitaux et parmi les étudiants, les policiers et les agriculteurs.

Le président Macron a fait de la « transformation » du pays la raison d’être de son quinquennat. Il joue donc gros dans ce conflit.

Lors de ces voeux, il a demandé au gouvernement de « trouver un compromis rapide » sur cette réforme avec les syndicats « qui le veulent ». La concertation entre le premier ministre Édouard Philippe et les syndicats ne reprendra que le 7 janvier. Une journée de mobilisation nationale contre le projet est annoncée pour le 9 janvier.

Mardi soir, M. Macron a assuré que la réforme contestée des retraites prendra « en compte les tâches difficiles » pour pouvoir « partir plus tôt » à la retraite.

Il n’a en revanche pas évoqué l’éventualité de modifier ou moduler l’âge pivot de 64 ans pour toucher une retraite pleine, ce qui aurait pu rallier le premier syndicat du pays, la CFDT.

Pourtant, au sein même de la majorité présidentielle, certains avaient appelé à revoir ce point. Une quinzaine de députés, principalement de l’aile gauche du parti présidentiel LREM, avaient réclamé mardi dans une tribune de presse une « alternative à l’âge pivot », jugé « injuste socialement », pour tenir compte « de l’ensemble des situations particulières » comme les carrières longues ou les métiers pénibles.

Depuis la présentation du projet l’été dernier, les questions se multiplient sur une réforme dont l’impact pour chacun est incertain, faute notamment de savoir comment sera fixée la valeur du point qui régentera le futur système.

Le ton s’est durci ces derniers jours avec, en particulier, un échange de vifs reproches entre le gouvernement et le puissant syndicat CGT.

Mardi soir, le président Macron a estimé que l’« apaisement toujours doit primer sur l’affrontement ».

La grève dans les transports pourrait se poursuivre jusqu’à la reprise des négociations. En ce cas, elle atteindra jeudi, avec 29 jours, le record de la plus longue grève à la SNCF (l’opérateur ferroviaire) depuis 30 ans.