L'ex-premier ministre britannique Tony Blair torpille Jeremy Corbyn

Seul dirigeant travailliste à avoir mené son parti à la victoire ces 45 dernières années, Tony Blair a averti que la survie du Labour comme grande formation était désormais menacée.
Photo: Tolga Akmen Agence France-Presse Seul dirigeant travailliste à avoir mené son parti à la victoire ces 45 dernières années, Tony Blair a averti que la survie du Labour comme grande formation était désormais menacée.

Après la défaite électorale historique du Labour, l’ancien premier ministre travailliste Tony Blair a étrillé mercredi le « socialisme quasi révolutionnaire » de son chef Jeremy Corbyn au moment où s’amorce la course à sa succession.

Les travaillistes n’ont décroché que 203 sièges à la Chambre des communes, contre 262 auparavant, aux élections du 12 décembre, déclenchées pour sortir de l’impasse du Brexit après plus de trois ans de crise politique. Il faut remonter à 1935 pour retrouver une telle défaite.

Les conservateurs du premier ministre, Boris Johnson, leur ont même ravi des terres ouvrières acquises depuis des décennies, mais favorables à la sortie de l’UE, comme Sedgefield, l’ancien fief de Tony Blair.

Seul dirigeant travailliste à avoir mené son parti à la victoire ces 45 dernières années, Tony Blair, tenant d’une ligne sociale-démocrate au libéralisme assumé, a averti que la survie du Labour comme grande formation était désormais menacée.

Avec une autre direction, nous aurions gardé davantage de votes dans les zones traditionnellement travaillistes

 

Selon celui qui est resté au 10 Downing Street entre 1997 et 2007, le Parti travailliste risque d’être « remplacé » s’il ne parvient pas à se « renouveler » pour constituer une solution de remplacement crédible aux conservateurs. Il pose ainsi la question de l’orientation du parti, qui se pose après un recul d’une telle ampleur et avec le départ annoncé de Jeremy Corbyn, tenant d’une ligne radicale depuis son arrivée en 2015 à la tête de la formation, forte de 500 000 adhérents.

Sur la question clé du Brexit, Tony Blair a dénoncé l’échec du parti à « prendre une position claire et à s’y tenir ». Une critique directe contre la ligne de Jeremy Corbyn, qui a cultivé une position ambiguë sur la sortie de l’Union européenne.

À la tête d’un parti aux députés largement europhiles, il a fait campagne en promettant de négocier un nouvel accord de divorce, plus favorable aux droits des travailleurs, qu’il soumettrait à un nouveau référendum, face au maintien dans l’Union européenne, tout en restant « neutre » entre ces deux options.

« Avec une autre direction… »

Selon Tony Blair, le Labour aurait dû accepter le résultat du référendum de 2016 — où 52 % des Britanniques ont décidé de quitter l’UE —, critiquer l’accord de Brexit du gouvernement et défendre plus fermement le fait que la « décision finale devait revenir au peuple ». « Avec une autre direction » du parti, « nous aurions gardé davantage de votes dans les zones traditionnellement travaillistes », a-t-il ajouté, « la majorité de ceux qui votent Labour étant en fait pour le maintien » dans l’Union européenne.

« Nous avons suivi un chemin d’indécision presque comique », a-t-il dit. Et « politiquement », Jeremy Corbyn a, selon lui, été perçu « comme s’opposant fondamentalement à ce que le Royaume-Uni et les pays occidentaux défendent », il a incarné un « socialisme quasi révolutionnaire » incapable de séduire l’électorat travailliste.

Lors d’une réunion des travaillistes mardi soir, Jeremy Corbyn a fait face à la fureur de son camp, à qui il a présenté ses excuses pour le résultat des élections, tout en accusant le Brexit et les médias.

Le parti doit se réunir en janvier pour définir le calendrier du départ du leader septuagénaire et de l’élection de son remplaçant. Un changement de ligne est peu probable, car la base militante est désormais très à gauche, notamment parmi les jeunes attirés par M. Corbyn.

Londres a plus à perdre que l’UE, selon von der Leyen

Une absence d’accord (ou « no deal ») sur la future relation entre l’Union européenne et Londres aurait « plus d’impact sur le Royaume-Uni » que sur les Européens, a estimé mercredi la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen. « Si nous ne pouvons pas conclure d’accord d’ici [fin] 2020, nous serons de nouveau au bord du précipice, ce qui nuirait manifestement à nos intérêts. Mais cela aurait plus d’impact sur le Royaume-Uni que sur nous », a-t-elle déclaré devant les eurodéputés à Strasbourg. Dans ce cas de figure, l’UE continuerait en effet « de bénéficier de son marché unique » et « des accords signés avec [ses] partenaires », contrairement au Royaume-Uni, a dit la dirigeante allemande. Les Britanniques doivent quitter l’UE le 31 janvier 2020, date à laquelle s’ouvrira une période de transition, destinée à éviter une rupture brutale, pendant laquelle ils continueront d’appliquer les règles européennes. Cette période de transition, qui s’achèvera le 31 décembre 2020, doit leur permettre de négocier avec l’UE un accord sur leur future relation.