12 000 migrants mineurs sur les îles grecques, la grande majorité privée d’éducation

La Grèce est redevenue en 2019 la principale porte d’entrée en Europe des demandeurs d’asile.
Photo: Aris Messinis Agence France-Presse La Grèce est redevenue en 2019 la principale porte d’entrée en Europe des demandeurs d’asile.

Seul 1 % des 12 000 enfants demandeurs d’asile vivant dans les camps insalubres sur les îles grecques « vont à l’école », la grande majorité sont privés d’éducation, selon une estimation de l’agence onusienne du Haut commissariat pour les réfugiés (HCR).

« Les enfants sont désespérés, l’accès à l’éducation est un problème important surtout dans les camps surpeuplés d’enregistrement et d’identification » (hotspots) situés sur les cinq îles de la mer Égée (Lesbos, Chios, Samos, Leros et Kos), a déploré auprès de l’AFP Boris Cheshirkov, porte-parole du HCR-Grèce.

Environ 35 500 migrants et réfugiés vivent dans des conditions sordides sur ces îles, dont environ 12 000 sont mineurs, a-t-il précisé.

Le manque de scolarisation provient surtout de la coordination défaillante entre les autorités locales et l’État pour le transport des enfants à l’école, ou du retard pris dans l’envoi de professeurs et instituteurs pour faire classe l’après-midi aux migrants mineurs dans les écoles publiques.

« Les enfants ont besoin de normalité, de se retrouver dans une classe avec d’autres enfants », a souligné le porte-parole du HCR.

Pour répondre à ce problème, le HCR et des ONG organisent des cours de langue ou d’autres activités pour les enfants sans toutefois pouvoir remplacer la scolarisation officielle.

« Les trois enfants d’une famille syrienne arrivée à Lesbos il y a quatre mois n’ont jamais connu l’école. Dans leur pays d’origine, ils étaient trop jeunes pour être scolarisés et, une fois en Grèce, alors qu’ils ont atteint l’âge adéquat, il n’y a pas d’école pour eux », raconte le porte-parole du HCR.

Après la grande crise migratoire de 2015, la Grèce est redevenue en 2019 la principale porte d’entrée en Europe des demandeurs d’asile dont la majorité sont arrivés sur les îles grecques par la Turquie voisine à bord d’embarcations de fortune.

Alors que les « hotspots » étaient initialement créés pour un séjour limité, les demandeurs d’asile y restent plusieurs mois en raison du flux constant et du manque de places.

De nombreuses ONG ont dénoncé les conditions insalubres des camps.

Parmi elles, Médecins sans frontières (MSF) a alerté sur la situation particulière des enfants, dans une lettre ouverte. L’organisation a appelé fin novembre les pays membres de l’Union européenne « à agir de manière imminente » pour « mettre fin à ce cycle de souffrances », notamment à la détérioration de l’état physique et mental surtout des mineurs.

« Ces personnes ont survécu à la guerre et à la persécution, mais des mois passés dans des endroits insalubres comme le camp de Moria à Lesbos ont poussé beaucoup de nos enfants malades au bord du gouffre, à se faire du mal et à penser au suicide », ajoute MSF dans cette lettre.