Réforme des retraites en France: le gouvernement veut le «dialogue», la grève s’installe

Des manifestations ont été organisées partout en France, réunissant plusieurs dizaines de milliers de personnes.
Photo: Sebastien Salom Gomis Agence France-Presse Des manifestations ont été organisées partout en France, réunissant plusieurs dizaines de milliers de personnes.

La mobilisation en France contre la réforme des retraites, qui paralyse les transports, est entrée jeudi dans sa deuxième semaine et pourrait se prolonger jusqu’à Noël malgré de nouveaux appels au « dialogue » du gouvernement.

Loin d’apaiser la colère, les précisions sur le projet apportées mercredi par le premier ministre, Édouard Philippe, ont suscité l’opposition frontale de tous les syndicats, y compris de ceux qui soutenaient jusqu’alors le principe de la réforme.

Édouard Philippe a réitéré sa détermination à instaurer un « système universel de retraite » par points pour remplacer les 42 régimes actuels, mais avec quelques concessions aux syndicats.

Le calendrier a été assoupli : le nouveau système ne s’appliquera qu’aux Français nés en 1975 et après, a annoncé M. Philippe. La disparition des régimes spéciaux est confirmée, mais, pour les conducteurs de la compagnie ferroviaire SNCF et de la régie des transports parisiens RATP, qui peuvent partir dès 52 ans, la réforme s’appliquera à partir de la génération 1985.

Des mesures ont aussi été annoncées pour les plus précaires, notamment l’instauration d’une retraite minimum garantie de 1000 euros.

Mais, a averti le chef du gouvernement, « la seule solution est de travailler un peu plus longtemps […], comme c’est le cas partout en Europe ». Si l’âge légal de départ à la retraite reste fixé à 62 ans, le projet prévoit « un âge d’équilibre » progressivement amené à 64 ans et « un système de bonus-malus » pour inciter à travailler plus longtemps.

Inacceptable pour les syndicats, qui ont promis d’amplifier le mouvement.

La « ligne rouge est franchie », a tonné mercredi Laurent Berger, numéro un du premier syndicat de France, la CFDT. Favorable au principe d’un régime universel de retraite, la CFDT refuse absolument l’instauration d’un âge d’équilibre à 64 ans.

Jeudi, M. Berger a toutefois déclaré sur la chaîne BFMTV qu’il fallait « retrouver le chemin du dialogue », suggérant au gouvernement de réunir les syndicats favorables à un régime universel de retraite. « Ma porte est ouverte et ma main est tendue », a répondu le premier ministre, qui s’apprêtait à appeler les partenaires sociaux afin de « voir avec eux comment reprendre rapidement le dialogue ».

Système avantageux

Le gouvernement a « fait une proposition et maintenant, il y a une concertation qui doit se faire », a déclaré Emmanuel Macron, interrogé par la presse avant le début d’un sommet européen à Bruxelles.

Mais pour le secrétaire général de la CGT-Cheminots, Laurent Brun, en tête de la contestation, il n’y aura « pas de trêve pour Noël, sauf si le gouvernement revient à la raison » en retirant son projet.

Des manifestations ont été organisées partout en France, réunissant plusieurs dizaines de milliers de personnes. À Marseille, où les enseignants étaient en nombre, une pancarte affichait une photo de Maître Yoda, le vieux sage de Star Wars, avec le slogan : « Enseigner jusqu’à 900 ans tu pourras ».

Face à cette nouvelle fronde sociale, le président, Emmanuel Macron, qui a fait de la « transformation » du pays la raison d’être de son quinquennat, joue gros.

La retraite est un sujet éminemment délicat en France, la population restant attachée à un des systèmes les plus avantageux au monde. Et le contexte est déjà tendu dans le pays, avec le lancement il y a plus d’un an du mouvement des gilets jaunes, mais aussi des mécontentements exacerbés dans les hôpitaux, parmi les policiers…

Les Français sont partagés sur la réforme, selon un sondage Elabe : 50 % se disent pour et 49 % contre.