Victoire historique pour Boris Johnson

Le raz-de-marée conservateur, mené par Boris Johnson, a mis jeudi soir sens dessus dessous le paysage politique britannique.
Photo: Ben Stansall Agence France-Presse Le raz-de-marée conservateur, mené par Boris Johnson, a mis jeudi soir sens dessus dessous le paysage politique britannique.

Après des mois de tergiversations et de chaos parlementaire, les Britanniques ont donc décidé d’en finir en accordant jeudi soir à Boris Johnson la majorité décisive qu’il leur demandait.

Jeudi, le premier ministre conservateur a obtenu une victoire historique qui devrait lui donner toutes la marge de manœuvre nécessaire pour sortir le pays de l’Union européenne à la fin de janvier, comme il l’a promis, et conduire les négociations commerciales qui suivront avec Bruxelles.

Avec environ 365 sièges (sur 650), les conservateurs ont obtenu leur plus grosse majorité depuis l’élection de Margaret Thatcher en 1983. Si partout le vote conservateur était en hausse, c’est surtout le vote travailliste qui s’est effondré. Avec 203 élus, le Parti travailliste dirigé par Jeremy Corbyn essuie sa pire défaite depuis longtemps. L’autre grand gagnant de cette élection est le parti indépendantiste écossais, le SNP, qui, avec 48 sièges, couvre aujourd’hui pratiquement l’Écosse entière.

Avec 11 députés, les libéraux-démocrates font du surplace et demeurent le parti marginal qu’ils sont devenus après s’être alliés aux conservateurs en 2010. Leur chef, Jo Swinson, a même été battu dans sa circonscription en Écosse.

Raz-de-marée

Ce raz-de-marée conservateur a mis jeudi soir sens dessus dessous le paysage politique britannique. Le Parti conservateur fait des percées historiques dans les circonscriptions ouvrières du nord du pays traditionnellement travaillistes, qu’on appelle ici le « Red Wall ». Des circonscriptions qui avaient massivement soutenu le Brexit en 2016. Les travaillistes voient de leur côté leur territoire se réduire à une portion congrue autour de Londres et quelques châteaux forts dans les grandes villes du pays.

Boris Johnson sera le premier ministre conservateur le plus puissant depuis Margaret Thatcher.

« Get Brexit done », n’a cessé de répéter Boris Johnson. Cette campagne confirme donc le résultat du référendum de 2016 puisqu’elle a essentiellement porté sur le Brexit, même si Jeremy Corbyn semblait marquer certains points en fin de course en dénonçant l’état déplorable du système de santé britannique. Une critique qui ne semble pas avoir porté puisque Boris Johnson proposait lui aussi d’en finir avec l’austérité et d’investir massivement dans la santé.

« Boris Johnson sera le premier ministre conservateur le plus puissant depuis Margaret Thatcher », n’a pas hésité à déclarer l’ancien chancelier conservateur George Osborne. Contrairement à Theresa May, il devrait pouvoir compter dans les prochaines années sur un parti qu’il a mis à sa main et dont il a même expulsé les députés les plus récalcitrants, partisans du Remain. Un parti profondément transformé, estiment certains analystes, puisqu’il a rompu avec l’austérité et devrait dorénavant représenter des circonscriptions qui avaient toujours penché à gauche.

Les conservateurs sont en train de devenir « un nouveau parti », a déclaré l’ancien député conservateur Nicholas Soames, petit-fils de Winston Churchill.

Défaite cinglante de Corbyn

L’effondrement du Labour apparaît comme une défaite cinglante pour le chef travailliste Jeremy Corbyn, dont la campagne n’a jamais eu l’éclat de celle de 2017. Dès la publication des sondages à la sortie des urnes, des tweets assassins ont commencé à fuser de la part de candidats travaillistes défaits.

Après avoir appris son élection dans Islington North, Jeremy Corbyn a aussitôt annoncé qu’il ne dirigera pas la prochaine campagne électorale et quittera la direction du parti dans le cours des discussions qui devraient suivre cette défaite. Le chef travailliste attribue sa défaite essentiellement au Brexit : « Le Brexit a été tellement divisif, je reconnais que ç’a marqué le résultat », s’est-il contenté de déclarer. Selon lui, le message du parti n’est pas à remettre en question.

Cela signifie-t-il la fin de ce qu’on nomme ici le « Corbynism » ? « Les travaillistes devront tirer des leçons de cette défaite » et apprendre à écouter « ces électeurs travaillistes avec lesquels nous avons perdu le contact dans les milieux ouvriers », pouvait-on lire dans une note interne diffusée dans le parti jeudi et révélée en soirée par le magazine The Spectator. Le nom du numéro 2 du parti, John McDonnel, est celui qui revient le plus souvent pour assurer la transition et organiser la course à la chefferie.

Boris Johnson pourrait faire adopter avant Noël l’accord de retrait qu’il a négocié avec l’Union européenne. Trois ans après le référendum de juin 2016 où le Brexit l’avait emporté par 52 % des voix, le Royaume-Uni devrait donc sortir de l’Union européenne le 31 janvier prochain, comme l’a promis le premier ministre. Depuis quelques jours, ses conseillers dessinent le portrait du futur gouvernement. Le ministère responsable de la sortie de l’Union européenne pourrait être placé sous sa responsabilité directe. À Londres, on conjecture sur la position que Boris Johnson défendra dans ces négociations maintenant qu’il est sur le point d’avoir la marge de manœuvre nécessaire.

Un nouveau traité

À Bruxelles, jeudi soir, on avait aussi des raisons de se réjouir. Les responsables européens n’ont pas caché leur souhait de voir Boris Johnson l’emporter afin de mettre fin à trois ans de relations en dents de scie et d'appliquer enfin l’accord de transition négocié avec Londres. Le négociateur en chef Michel Barnier a cependant averti les Britanniques qu’il jugeait « irréaliste » de boucler un nouvel accord commercial dans un délai si court. Boris Johnson a promis de conclure ce nouveau traité avant la fin de 2020.

L’excellent résultat du SNP ne devrait pas manquer d’encourager la première ministre écossaise, Nicola Sturgeon, à tenir un second référendum sur l’indépendance, comme elle l’a promis en campagne. Boris Johnson, dont l’accord serait nécessaire, a toujours dit qu’il y était opposé.

Ce reportage a été financé grâce au soutien du Fonds de journalisme international Transat-Le Devoir.