En France, les concessions sur la réforme des retraites n’apaisent pas la contestation

« La transition sera progressive » vers le système universel de retraite, a promis le premier ministre français Édouard Philippe.
Photo: Thomas Samson Agence France-Presse « La transition sera progressive » vers le système universel de retraite, a promis le premier ministre français Édouard Philippe.

Le gouvernement français a fait mercredi des concessions sur son projet contesté de système universel de retraites, mais sans réussir à apaiser des syndicats unanimes dans un appel à la poursuite de la mobilisation qui paralyse déjà largement les grandes villes du pays.

« Le temps est venu de créer un système universel de retraite », a asséné le premier ministre Édouard Philippe, adressant une fin de non recevoir aux manifestants qui réclament depuis le 5 décembre le retrait de cette réforme, promise par le président Emmanuel Macron qui a fait de la « transformation » du pays la raison d’être de son quinquennat.

Les détracteurs du projet comptent sur l’impopularité de M. Macron pour sortir victorieux du conflit et sur le contexte très tendu dans le pays, avec la mobilisation depuis plus d’un an du mouvement des « gilets jaunes », mais aussi des mécontentements exacerbés dans les hôpitaux, parmi les étudiants, les policiers…

« Le temps du système universel est venu. Celui des régimes spéciaux s’achève », a affirmé M. Philippe dans un long discours, en référence aux nombreux « régimes spéciaux » qui permettent actuellement à certaines professions en France de partir plus tôt en retraite, notamment les cheminots de la SNCF (opérateur du rail) et les conducteurs du métro parisien (RATP).

La retraite est un sujet éminemment sensible en France, la population restant attachée à un des systèmes les plus avantageux au monde.

Les opposants les plus virulents espèrent faire durer le mouvement et mettre le pays à l’arrêt comme lors de la longue grève de décembre 1995, qui avait fait capoter une précédente réforme des retraites.

« Nous mettrons fin aux régimes spéciaux », mais « progressivement, sans brutalité, avec respect », a dit Edouard Philippe.

Ainsi, la réforme ne s’appliquera qu’aux Français nés en 1975 et après, a-t-il concédé. De plus, la disparition des régimes spéciaux est confirmée mais, pour les conducteurs de la SNCF et de la RATP, qui peuvent partir dès 52 ans, la réforme s’appliquera à partir de la génération de 1985.

Des mesures ont de plus été annoncées en direction des plus précaires, notamment l’instauration d’une retraite minimum garantie à 1000 euros.

Edouard Philippe s’est de plus dit, mercredi soir sur la chaîne TF1, « ferme » sur le principe d’un système de retraites universel mais « pas fermé » à la discussion avec les syndicats, se disant prêt, notamment, à discuter de la pénibilité du travail qui permettra de partir plus tôt à la retraite.

Mais, a averti le chef du gouvernement, « la seule solution est de travailler un peu plus longtemps et progressivement, comme c’est le cas partout en Europe ». Ainsi, même si l’actuel âge légal de départ à la retraite reste fixé à 62 ans, la réforme « incitera » à travailler jusqu’à 64 ans, un âge « raisonnable », selon M. Philippe.

« Ligne rouge franchie »

Les annonces gouvernementales ont suscité l’unanimité des syndicats contre elles.

Non seulement la grève se poursuit, avec un trafic toujours très perturbé jeudi, mais le mouvement prend de l’ampleur.

La CFDT, une organisation réformatrice avec le soutien de laquelle le gouvernement pouvait espérer faire accepter sa réforme, a ainsi appelé à une nouvelle journée de manifestation le 17 décembre. La CFTC, autre syndicat favorable à un régime universel de retraites par points, se joint à cet appel.

La colère se cristallise sur les incitations à travailler jusqu’à 64 ans. La « ligne rouge » a été franchie, a réagi Laurent Berger, numéro un de la CFDT, premier syndicat de France, qui a appelé le gouvernement à « revenir en arrière » sur ce point.

« Le gouvernement s’est moqué du monde », a vertement réagi Philippe Martinez, numéro un de la CGT, deuxième syndicat de France. Le syndicat FO appelle lui aussi à « renforcer la mobilisation ».

Le gouvernement a également réussi à faire l’unanimité de la gauche contre lui : pour la première depuis 23 ans, l’ensemble des partis de gauche ont tenu mercredi soir un meeting commun sur les retraites.

Il n’y a guère que le président du Medef (patronat), Geoffroy Roux de Bézieux, pour trouver un « bon équilibre » dans les propositions d’Édouard Philippe.

Face à la reconduction d’une grève illimitée, les milieux du tourisme et du commerce sont de plus en plus inquiets à l’approche des fêtes de fin d’année, à tel point que le gouvernement a décidé de réactiver des mesures d’aides déjà utilisées lors du mouvement des « gilets jaunes ».