Réforme des retraites: la France à nouveau bloquée par la grève

La mobilisation massive, entamée le 5 décembre, se poursuit contre le «système universel» de retraite voulu par le président Emmanuel Macron. La RATP (métro parisien) faisait état d’un trafic «extrêmement perturbé».
Photo: Jacques Demarthon Agence France-Presse La mobilisation massive, entamée le 5 décembre, se poursuit contre le «système universel» de retraite voulu par le président Emmanuel Macron. La RATP (métro parisien) faisait état d’un trafic «extrêmement perturbé».

La grève contre la réforme des retraites ne faiblissait pas lundi en France et les transports publics étaient encore largement paralysés, représentant une véritable épreuve du feu pour le gouvernement affairé à finaliser son projet dont il doit dévoiler mercredi « l’intégralité ».

Chaos total sur les routes de la région parisienne ; usagers jouant des coudes pour tenter de monter dans les rares transports en service ; vélos, trottinettes, scooters se frayant dangereusement un chemin parmi les piétons agacés... la mobilisation massive, entamée le 5 décembre, se poursuit contre le « système universel » de retraite voulu par le président Emmanuel Macron.

L’opérateur du rail SNCF a indiqué assurer « entre 15 % à 20 % » de son trafic habituel, avec un trafic international « très perturbé ». La RATP (métro parisien) faisait état d’un trafic « extrêmement perturbé ».

Conséquence de la grève, de nombreux usagers se sont résolus à prendre le volant. Un pic de 620 kilomètres de bouchons a été enregistré autour de 8 h 30 sur les routes de la région parisienne.

Et l’agacement gagnait les usagers des transports publics.

« C’est trop, ils abusent. Les retraites, il y a quand même des choses à faire. Il n’y a pas la même pénibilité qu’autrefois. Et les infirmières qui travaillent la nuit et les week-ends n’ont pas les mêmes avantages », s’agaçait Brigitte Lefebvre, une retraitée qui attendait à la gare Saint-Lazare, à Paris, de pouvoir monter dans un train pour Rouen.

Les perspectives ne sont pas meilleures pour les jours prochains, les syndicats ont annoncé une nouvelle manifestation mardi, après le succès de celle de jeudi (plus de 800 000 personnes en France), voulant maintenir la pression sur l’exécutif qui doit annoncer mercredi le contenu d’une réforme des retraites encore floue. Une nouvelle journée de mobilisation, jeudi, est par ailleurs « déjà en réflexion ».

Répercussions économiques

Les craintes commencent à poindre quant aux répercussions pour l’économie, en cette période des achats de Noël. Le premier jour de grève, jeudi, a entraîné 30 % de baisse d’activité en moyenne dans les magasins, selon l’Alliance du commerce.

Un an après les manifestations violentes des « gilets jaunes », qui avaient largement écorné l’image de la France à l’étranger, le tourisme pourrait être une nouvelle fois touché.

« La perception de ces grèves depuis l’étranger, c’est que la France est à la fois bloquée et violente, et c’est une image qui n’est pas nouvelle après les mouvements des “gilets jaunes” », a résumé à l’AFP Jean-Pierre Mas, président des Entreprises du Voyage.

« Système universel »

Le gouvernement, soutenu par la Commission européenne qui juge la réforme « nécessaire », défend un « système universel » par points censé abolir les régimes de retraite spéciaux, notamment ceux de la SNCF et de la RATP, où les salariés peuvent partir plus tôt en retraite. Ses opposants redoutent en revanche une « précarisation » des pensionnés.

Les syndicats sont une nouvelle fois reçus lundi après-midi par le gouvernement. Puis, mardi soir, Emmanuel Macron et le premier ministre Édouard Philippe convient les ministres concernés par la réforme et les dirigeants de la majorité à un dîner au palais présidentiel.

Il devra permettre de caler les derniers arbitrages et de « se coordonner » avant la présentation, mercredi par le premier ministre, de « l’intégralité du projet » de la réforme.

C’est « la semaine de vérité », titrait le quotidien Le Figaro, tandis que Libération ne voyait qu’une alternative pour Emmanuel Macron : « la réforme ou la retraite ».

Le bras de fer semble pour l’instant pencher en faveur des grévistes. Selon un sondage réalisé auprès de 1001 personnes ce week-end, 53 % des Français « soutiennent » ou « ont de la sympathie » pour le mouvement.

Venant encore brouiller l’image du gouvernement, le quotidien Le Parisien a révélé que le haut-commissaire aux Retraites, Jean-Paul Delevoye, n’avait pas déclaré sa fonction d’administrateur de l’Institut de formation de la profession de l’assurance (IFPASS) dans sa déclaration d’intérêts à la Haute Autorité pour la transparence de la vie publique (HATVP). Une « erreur » et « une omission par oubli », a-t-il réagi.