Grève massive en vue contre la réforme des retraites de Macron

La gare Montparnasse à Paris, à la veille de la grande grève qui paralysera les transports ce jeudi.
Photo: Thomas Samson Agence France-Presse La gare Montparnasse à Paris, à la veille de la grande grève qui paralysera les transports ce jeudi.

La France se prépare à une grande grève jeudi, en particulier dans les transports, pour forcer le président Emmanuel Macron à abandonner son projet de réforme des retraites, un dossier toujours explosif dans le pays.

Elle fait la une des journaux depuis plusieurs jours, est de toutes les conversations (« Comment tu fais, toi, jeudi ? ») : la grève qui devrait durer plusieurs jours angoisse ou réjouit les Français. Tous ont à l’esprit le mouvement social de 1995, qui avait paralysé le pays pendant un près d’un mois et contraint le gouvernement d’alors à reculer sur la réforme.

Plusieurs sondages ont montré que si les Français sont favorables à une réforme des retraites, une majorité soutient également la grève, dans un pays qui sort de la forte fronde sociale des « gilets jaunes » fin 2018 et début 2019.

Cheminots, enseignants, étudiants, policiers, éboueurs, avocats, partis d’opposition et « gilets jaunes » appellent à la mobilisation jeudi. 245 rassemblements et manifestations ont été déclarés dans toute la France, selon le ministère de l’Intérieur.

À Paris, près de 6000 policiers et gendarmes ont été mobilisés, des commerces resteront fermés et le parcours du cortège a été sécurisé : le préfet de police de Paris a annoncé un « dispositif substantiel » pour encadrer la manifestation dans la capitale.

La grève s’annonce particulièrement suivie dans les transports parisiens, où 11 des 14 lignes de métro seront fermées, et ferroviaires, la compagnie SNCF prévoyant l’annulation de 90 % des trains à grande vitesse (dont les Eurostars et Thalys) et 80 % des trains régionaux. Le mouvement pourrait durer plusieurs jours, les syndicats ayant appelé à une grève illimitée.

Dans les airs, Air France a annulé 30 % de ses vols domestiques, 15 % des moyen-courrier. La compagnie aérienne britannique EasyJet a annoncé mercredi l’annulation de 233 vols intérieurs et moyen-courrier, dont 70 touchent le Royaume-Uni. L’irlandaise Ryanair a également annoncé des annulations sans donner de précisions.

Dans les écoles, un taux de grève de 55 % est prévu nationalement, et de 78 % à Paris, selon le ministère de l’Éducation.

La réforme, emblématique du quinquennat Macron, vise à fusionner les 42 régimes actuels de retraite (privé, fonctionnaires, spéciaux, complémentaires) en un système universel par points. La mobilisation contre ce projet « s’annonce forte et durable », prévient le syndicat CGT, qui a appelé à la grève avec Force ouvrière mais aussi d’autres organisations, syndicales et de jeunesse.

La CFDT, premier syndicat français, qui n’a pas rejoint le mouvement, appelle à un système de retraites « universel », « plus lisible » et « plus juste ». Mais une partie de sa structure va tout de même se mobiliser, comme sa branche de cheminots, qui appelle à une grève illimitée.

Anticipant un mouvement long dans un contexte social tendu où les mécontentements se multiplient (hôpital, police, enseignants, cheminots, « gilets jaunes »…), l’exécutif a enchaîné les réunions ces derniers jours, dont un séminaire gouvernemental dimanche.

Le Haut-commissaire à la réforme des retraites, Jean-Paul Delevoye, qui achève d’ultimes consultations avec chaque organisation syndicale et patronale, doit rendre ses conclusions au premier ministre Édouard Philippe en début de semaine prochaine.

Ce dernier devrait dévoiler le projet de réforme à la mi-décembre, avant une présentation au Parlement début 2020.

Il a laissé la semaine dernière la porte ouverte à une entrée en vigueur après 2025, ainsi qu’à des thèmes chers aux syndicats, comme la prise en compte de la pénibilité au travail ou des « garanties » attendues par les enseignants.

Lundi, pour les rassurer, le ministre de l’Économie Bruno Le Maire s’est prononcé pour une revalorisation de leur salaire.

La fermeté reste toutefois de mise : « Je n’y renoncerai pas », a prévenu Emmanuel Macron, quand Édouard Philippe est « plus déterminé que jamais ».

« Il y a deux conditions pour mener à bien un tel projet : un minimum de consensus sur le bien-fondé de ce bouleversement et une confiance dans le gouvernement. Aucune de ces conditions n’est réunie », a estimé Bernard Thibault, l’ex-dirigeant du syndicat CGT et chef de file des cheminots il y a 24 ans. Pour lui, « le mécontentement social est plus fort qu’en 1995 ».