Boris Johnson accusé de vouloir tirer profit d’une tragédie

Boris Johnson a défendu sa position sur les ondes de la BBC dimanche.
Photo: Jeff Overs BBC via Agence France-PResse Boris Johnson a défendu sa position sur les ondes de la BBC dimanche.

Boris Johnson s’est engagé dimanche à instaurer des peines plancher et à abolir les libérations anticipées pour les personnes condamnées pour terrorisme, engagement lui ayant valu d’être accusé d’utiliser à des fins politiques l’attentat de Londres, à dix jours des législatives.

L’attaque au couteau de vendredi a fait deux morts, Jack Merritt, 25 ans, et Saskia Jones, 23 ans, selon la police. Tous deux diplômés de l’Université de Cambridge, ils ont été tués lors d’une conférence dans le cadre d’un programme de formation et de réhabilitation de prisonniers, à laquelle participait l’assaillant, Usman Khan, 28 ans.

Le premier ministre a accusé les travaillistes — aujourd’hui dans l’opposition — d’être à l’origine d’une loi ayant permis sa libération anticipée automatique en 2018, six ans après sa condamnation pour des infractions terroristes.

« Ce système doit prendre fin », a plaidé le dirigeant conservateur dans une tribune publiée par le Mail on Sunday, en pleine campagne en vue des élections anticipées du 12 décembre.

« Si vous êtes condamné pour une infraction terroriste grave, il devrait y avoir une condamnation obligatoire minimum de 14 ans, et certains ne devraient jamais sortir », a-t-il poursuivi.

De telles mesures auraient permis d’éviter l’attaque sanglante revendiquée par le groupe djihadiste État islamique, a assuré le premier ministre.

Sur les ondes de la BBC, Boris Johnson a indiqué que les cas d’environ 74 autres condamnés pour terrorisme ayant également bénéficié d’une libération anticipée seraient examinés.

Cette mesure a mené à l’arrestation d’un homme de 34 ans à Stoke-on-Trent, selon la police locale. Cet homme est « suspecté de préparer des actes terroristes » et d’avoir « violé les conditions de sa libération », mais « rien ne suggère qu’[il] était impliqué » dans l’attentat de vendredi, a précisé la police des West Midlands. D’après la presse britannique, il s’agit de Nazam Hussain, condamné avec l’assaillant Usman Khan, pour des infractions terroristes en 2012.

Mais il s’est immédiatement attiré des critiques de ceux qui pensent qu’il tente d’utiliser le drame en avançant des propositions qui ne figuraient pas dans le programme des conservateurs présenté fin novembre.

La désapprobation la plus forte est venue de la famille de Jack Merritt, une des victimes. « Jack ne voudrait pas que cet événement terrible et isolé soit utilisé comme prétexte par le gouvernement pour introduire des peines encore plus draconiennes pour les prisonniers ou pour maintenir en prison des gens plus longtemps que nécessaire », a-t-elle souligné. « Jack vivait selon ses principes, il croyait à la rédemption et à la réhabilitation, pas à la vengeance, et il prenait toujours parti pour les plus faibles », a-t-elle ajouté.

Saskia Jones voulait, elle, rejoindre la police, « désireuse de se spécialiser dans le soutien aux victimes », a confié sa famille.

Réactions politiques

Le chef adjoint des libéraux-démocrates, Ed Davey, a mis Johnson en garde : « En plein milieu d’une élection, il ne faudrait pas utiliser politiquement une tragédie, et c’est ce qu’il fait. »

Pour le leader du Parti travailliste, Jeremy Corbyn, il ne faut « pas nécessairement » emprisonner les condamnés pour terrorisme en jetant la clé.

« Aucun gouvernement ne peut empêcher toutes les attaques, [mais] le gouvernement peut agir pour rendre de tels actes terroristes moins probables », a-t-il argumenté ultérieurement lors d’un discours de campagne à York. L’accent doit être mis sur la police et les services de probation et sociaux, selon lui.

Selon l’Université de Cambridge, un membre de son personnel figure parmi les trois personnes blessées, dont l’une a pu quitter l’hôpital. Les deux autres restent hospitalisés « dans un état stable », a précisé la police.