Toujours minoritaires, les socialistes restent au pouvoir en Espagne

Le Parti socialiste du premier ministre, Pedro Sanchez, n’a fait élire que 120 députés, soit trois de moins qu’aux élections tenues en avril dernier.
Photo: Pierre-Phillipe Marcou Agence France-Presse Le Parti socialiste du premier ministre, Pedro Sanchez, n’a fait élire que 120 députés, soit trois de moins qu’aux élections tenues en avril dernier.

Les Espagnols ont réélu dimanche le premier ministre socialiste, Pedro Sanchez, dont le gouvernement est toutefois affaibli par les résultats des quatrièmes élections à avoir lieu en quatre ans. Les libéraux du Ciudadanos ont quant à eux subi une déconfiture profitant au parti d’extrême droite Vox, qui a doublé ses sièges, en raison de la crise catalane.

Après le dépouillement de près de 100 % des bulletins de vote, le Parti socialiste (PSOE) du premier ministre espagnol n’a pas réussi à obtenir la majorité qu’il désirait dans le but de mettre fin au blocage politique qui sévit depuis 2015. Dimanche, sa formation n’a fait élire que 120 députés, soit 3 de moins qu’aux élections tenues en avril dernier. De son côté, le Parti populaire (PP) a effectué une remontée, après un résultat historiquement bas en avril. La formation conservatrice a obtenu 88 sièges, soit 22 de plus qu’aux dernières élections. La gauche radicale de Podemos a quant à elle perdu 7 députés, ne récoltant que 35 sièges.

Le parti Vox a poursuivi son essor, obtenant 52 sièges, contre 24 au précédent scrutin. La formation d’extrême droite ultranationaliste et contre l’immigration devient désormais la troisième force politique au pays, alors que le courant était resté marginal depuis la fin de la dictature du général Francisco Franco, en 1975. Cette percée s’est faite au détriment des libéraux du Ciuadadanos, qui ont mordu la poussière, ne réussissant à faire élire que dix députés, contre 57 en avril.

« Vox a vraiment pris la place de Ciudadanos », constate André Lecours, professeur de sciences politiques à l’Université d’Ottawa, en entrevue au Devoir. D’après lui, ce changement « de mauvais augure » est dû à la question catalane. « La plupart de leurs appuis sont allés à Vox, qui est un parti d’extrême droite encore plus contre le nationalisme catalan que Ciuadadanos. Vox a même parlé d’interdire tout parti qui prônerait l’indépendance de la Catalogne », illustre-t-il.

Le dossier catalan a été au coeur de la campagne électorale après des affrontements nocturnes à la suite de la condamnation de neuf dirigeants indépendantistes catalans, en octobre dernier, qui ont été condamnés à de lourdes peines d’emprisonnement pour leur tentative de sécession de 2017. « Des gens en Espagne pensent qu’on aurait dû les déclarer coupables de rébellion, pas seulement de sédition et de détournement de fonds publics », explique M. Lecours.

Un retour du franquisme ?

Lors de la campagne électorale, le premier ministre a présenté la montée de Vox comme un retour du franquisme, dans le but de mobiliser son électorat. « Un retour du franquisme ? Non », croit M. Lecours, qui concède cependant certaines similitudes entre Vox et le courant franquiste au niveau de l’unité nationale. « L’adversaire numéro un du franquisme, c’était le nationalisme basque, catalan. Là-dessus, Vox est là, oui, à 100 % », note le professeur, qui décrit le parti comme étant « d’extrême droite contemporaine ». « Il y a un autre “autre” pour Vox. Ce n’est pas juste les nationalistes […], c’est aussi les immigrants. Ils sont vraiment plus comme le Rassemblement national en France », illustre-t-il.

Instabilité politique

Après quatre scrutins en quatre ans, ni une coalition de gauche ni une alliance de droite ne sera en mesure d’atteindre la majorité, requérant 176 sièges sur 350.

Devant ses partisans dimanche, Pedro Sanchez s’est engagé à « débloquer la situation politique et à former un gouvernement progressiste ».

Suivant les élections d’avril, il avait échoué à être reconduit au pouvoir par la Chambre des députés. Si toutefois il réussissait cette fois-ci, son gouvernement minoritaire serait contraint de négocier des appuis au cas par cas au Parlement.

Le premier ministre préfère gouverner sans tenter de trouver une entente avec Podemos, en raison de divergences concernant la question catalane, qui avait fait échouer les négociations entre les deux partis cet été. M. Sanchez espère l’abstention du PP au vote de confiance à la chambre. Mais « Vox le serrant de si près, le PP ne peut pas se permettre de négocier son abstention avec les socialistes, parce que Vox le tiendra pour responsable de la politique du PSOE et s’attribuera le rôle de chef de l’opposition », explique à l’AFP Pablo Simon, professeur de Sciences politiques à l’Université Carlos III de Madrid.

« Ce qui est le plus probable, c’est un gouvernement socialiste, qui va avoir l’appui de Podemos, et probablement, sur plusieurs questions, l’appui des partis nationalistes catalans, basques, canariens, galiciens », prédit de son côté M. Lecours. Il s’inquiète néanmoins de l’influence que pourraient exercer ces partis. « À long terme, dans le contexte actuel, c’est un peu malsain d’avoir les partis nationalistes régionalistes qui exerceraient une balance du pouvoir à Madrid parce que ça pourrait renforcer les appuis de l’extrême droite espagnole », croit-il.

Avec l'Agence France-Presse