La guerre numérique est déclenchée entre Madrid et les indépendantistes catalans

Anonymous Catalonia est une déclinaison de l’organisation de pirates informatiques Anonymous.
Photo: Pau Barrena Agence France-Presse Anonymous Catalonia est une déclinaison de l’organisation de pirates informatiques Anonymous.

« Le roi et sa fille arrivent dans deux avions […] Ils auront trois voies de sortie » : alerte lancée par les hackers indépendantistes d’Anonymous Catalonia, qui se livrent à une guérilla numérique que Madrid tente de contrer avec un contrôle controversé d’Internet. Le message a été envoyé dimanche dernier lors de l’arrivée de Felipe VI à l’aéroport de Barcelone aux 255 000 abonnés du groupe sur la messagerie chiffrée Telegram pour coordonner les manifestations hostiles au souverain, honni par les séparatistes.

Anonymous Catalonia est une déclinaison de l’organisation de pirates informatiques Anonymous. Elle a développé un logiciel qui analyse et rediffuse les photos et coordonnées GPS fournies par ses sympathisants pour localiser ses cibles politiques et suivre les mouvements des forces de l’ordre.

La justice espagnole a ouvert une enquête contre Tsunami Democratic, une organisation accusée de « terrorisme », et envoyé à Microsoft « une ordonnance pour solliciter la saisie des données » hébergées par Tsunami. Selon Microsoft, seules la Chine et la Russie avaient formulé jusqu’ici de telles requêtes.

Décret controversé

Pour contrer les activistes, le gouvernement a publié en urgence mardi un décret l’autorisant à fermer des sites sans feu vert de la justice en cas de « menace grave et immédiate à l’ordre public ».

Ce décret vise aussi à enrayer le projet des séparatistes de bâtir dans le nuage une « République numérique ». Inspiré par l’administration électronique en Estonie, ce projet vise à créer une « identité numérique catalane » pour les citoyens de la région, qui pourraient ainsi voter ou avoir une carte d’identité catalane.

Selon Tsunami Democratic, le décret constitue « une mesure extraordinaire » prise « sans passer par le Parlement » pour « réduire les droits fondamentaux ».

« Il ne s’agit pas de fermer Internet », s’est défendu jeudi le chef du gouvernement, Pedro Sanchez, mais « de mettre un point final à ce projet d’indépendance de la République numérique ». Afin de contourner les risques de blocage, les indépendantistes utilisent des services basés hors de l’Union européenne dans des pays considérés comme des « paradis numériques ».