La justice française se penche sur les violences policières contre les «gilets jaunes»

Les «gilets jaunes» ont régulièrement dénoncé depuis un an les violences policières lors des manifestations, qui ont fait 2448 blessés côté manifestants et 1797 côté forces de l’ordre.
Photo: Fred Tanneau Archives Agence France-Presse Les «gilets jaunes» ont régulièrement dénoncé depuis un an les violences policières lors des manifestations, qui ont fait 2448 blessés côté manifestants et 1797 côté forces de l’ordre.

Deux policiers français vont être jugés pour des violences présumées lors de manifestations de « gilets jaunes », tandis que 18 affaires ont été confiées à des juges d’instruction, a annoncé jeudi le procureur de Paris Rémi Heitz.

Au total, 212 enquêtes ont été confiées à l’Inspection générale de la police nationale — « la police des polices » — par le parquet de Paris, a précisé le procureur. Parmi elles, 146 enquêtes ont été clôturées par les enquêteurs.

Les deux affaires renvoyées devant le tribunal correctionnel concernent des faits survenus lors de la manifestation du 1er mai 2019, marquées par de nombreuses violences et débordements.

L’un des deux policiers est accusé d’avoir giflé un « gilet jaune » — une scène filmée et mise en ligne sur les réseaux sociaux. L’autre policier est accusé d’avoir jeté un pavé sur des manifestants, une scène là aussi filmée et diffusée sur internet. Tous deux devront répondre de « violences volontaires par personne dépositaire de l’autorité publique ».

Pour des faits similaires, un père de famille de 34 ans qui manifestait dans le cadre du mouvement des « gilets jaunes » en fronde contre la politique sociale du gouvernement avait écopé de huit mois de prison ferme en janvier à Strasbourg. Il avait jeté un pavé sur les forces de l’ordre, sans faire de blessé.

D’après le procureur de Paris, 18 procédures impliquant des policiers ont par ailleurs été confiées à des juges d’instruction — chargés d’enquêter sur les affaires les plus graves —, tandis que 54 autres ont été classées, faute de preuves suffisantes notamment.

72 affaires, enfin, sont encore en cours d’analyse.

Les « gilets jaunes » ont régulièrement dénoncé depuis un an les violences policières lors des manifestations, qui ont fait 2448 blessés côté manifestants et 1797 côté forces de l’ordre, selon des chiffres officiels arrêtés mi-mai.

Selon le décompte du journaliste indépendant David Dufresne, 24 personnes ont été éborgnées depuis le début du mouvement le 17 novembre. Parmi elles, cinq ont perdu une main, un a été amputé d’un testicule, et un autre a perdu l’odorat.

Au total, quelque 330 enquêtes judiciaires pour violences policières ont été ouvertes dans tout le pays.