Le Brexit est «la plus grande erreur dans l’histoire» du Royaume-Uni

L’ancien président de la Chambre des communes britannique, John Bercow
Photo: Tolga Akmen Agence France-Presse L’ancien président de la Chambre des communes britannique, John Bercow

Le jupon dépassait un peu. Il est désormais totalement sorti. En tirant sa révérence, le président de la Chambre des communes britannique, John Bercow, a qualifié le Brexit de « plus grande erreur dans l’histoire du pays depuis la guerre », selon des propos rapportés par le quotidien italien La Repubblica.

« Je ne pense pas que cela soit bénéfique au Royaume-Uni », a dit l’excentrique président de la Chambre des communes, qui a quitté son poste, comme il l’avait annoncé il y a quelques semaines, au moment du déclenchement de la campagne en vue des élections législatives, mercredi à Londres. Il s’exprimait devant les membres de l’Association des journalistes étrangers en poste à Londres.

« Je respecte le premier ministre Boris Johnson, mais le Brexit ne nous aide pas. Il est préférable pour le Royaume-Uni d’être intégré au sein de l’Union européenne. »

La campagne électorale britannique a pris officiellement son envol mercredi avec la dissolution du Parlement, dont les divisions depuis 2017 sur la sortie du pays de l’Union européenne ont jusqu’ici empêché la mise en oeuvre de ce Brexit. La date du divorce a été reportée pour une quatrième fois. Elle est désormais fixée au 31 janvier prochain. M. Bercow s’est défendu d’avoir freiné le Brexit, estimant que ce sont plutôt les élus britanniques qui l’ont fait.

Boris Johnson, qui a joué un rôle décisif dans la campagne référendaire ayant convaincu 52 % des Britanniques de faire le pari du Brexit, va se présenter dans les cinq prochaines semaines comme le seul politicien capable de concrétiser cette séparation et de mettre un terme à un demi-siècle d’un mariage compliqué entre l’île et le continent européen.

Cette perspective s’oppose à la proposition du travailliste Jeremy Corbyn, qui estime, pour sa part, être le seul à pouvoir décrocher à Bruxelles un nouvel accord de Brexit respectant les droits des travailleurs. L’idée est de le soumettre ensuite à un référendum qui pourrait également offrir l’option de rester dans l’Union européenne.

Une telle renégociation de l’entente est toutefois jugée « non réaliste » par le président sortant de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker.

Pari risqué

Même s’il part avec une avance dans les sondages, Boris Johnson pourrait voir ses plans d’atteindre une majorité au Parlement déjoués par la frange radicale des Brexiters qu’incarne l’hyperpopuliste et europhobe Nigel Farage, dont le parti du Brexit n’a pas réussi dans les derniers jours à s’entendre avec les conservateurs.

M. Farage estime que la sortie du Royaume-Uni doit se faire de manière franche et radicale, sans accord, et a promis de voler des votes à M. Johnson dans plusieurs régions clefs du Royaume-Uni.

De l’autre côté du spectre politique, les europhiles libéraux-démocrates, emmenés par Jo Swinson, pourraient également faire dévier les trajectoires électorales habituelles en captant les voix pro-européennes qui persistent au sein des deux grands principaux partis. En proposant d’annuler le Brexit, ils pourraient séduire ces électeurs affligés par les atermoiements de Johnson, de Corbyn et des députés britanniques sur cette délicate question.

Le Brexit a amené les Britanniques à un point élevé de fatigue depuis le début de l’année.

Le parti séparatiste écossais, que le Brexit a galvanisé, pourrait également venir brouiller les cartes. L’Écosse est une région du Royaume-Uni qui aspire à son autonomie depuis des années, et son attachement à l’UE vient désormais attiser le mouvement de séparation.

Le scrutin doit se tenir le 12 décembre prochain. Il est perçu comme l’un des plus imprévisibles dans l’histoire récente du pays.

Avec l’Agence France-Presse