Mariage des prêtres: l’Église allemande plus ouverte d’esprit

Le cardinal Reinhard Marx, président de la conférence épiscopale allemande
Photo: Filippo Monteforte Agence France-Presse Le cardinal Reinhard Marx, président de la conférence épiscopale allemande

Affaibli par des scandales sexuels et la désertion de ses ouailles, le clergé d’outre-Rhin va tenir un « chemin synodal » associant laïcs et religieux, qui discuteront de la vie sacerdotale, au risque de contrarier le Vatican.

L’Église catholique allemande est-elle en train de pousser Rome à se réformer, notamment sur la question du célibat des prêtres et de l’ordination des femmes ? Alors que le synode spécial des évêques sur l’Amazonie s’est ouvert le 6 octobre, une intéressante partie d’échecs se joue entre l’Église catholique allemande et Rome. Car de son côté, l’Allemagne a prévu la tenue d’un « chemin synodal », où clergé et laïcs discutent à égalité, dès le premier dimanche de l’avent, afin de trouver notamment des réponses à la crise engendrée par la révélation de violences sexuelles, commises et couvertes par l’institution. Il y a un an tout juste, un rapport établissait qu’entre 1946 et 2014, au moins 3677 enfants ont été victimes de sévices sexuels commis par 1670 membres du clergé en Allemagne.

Excuses

Ce rapport a provoqué de vifs remous au sein de l’institution. Le cardinal Reinhard Marx, président de la conférence épiscopale allemande, a présenté des excuses officielles : « Trop longtemps, l’Église a nié, détourné les yeux ou couvert les abus », déclarait-il alors, ajoutant que ce rapport était « un tournant dans l’histoire ».

Plus d’un an après, ce chemin synodal prévoit de mettre sur la table plusieurs sujets : le pouvoir, la morale sexuelle et la vie sacerdotale. Difficile de ne pas voir des concordances avec certaines thématiques du synode sur l’Amazonie. D’autant que Reinhard Marx est également membre du C9 (le conseil des cardinaux chargé d’assister le pape dans sa réforme de la curie). C’est un proche de François. Mais depuis quelques semaines, ce synode local a engendré de curieux échanges entre l’Église catholique allemande et Rome. Ainsi, le 4 septembre, le cardinal Marc Ouellet, préfet de la Congrégation pour les évêques, écrivait au cardinal Marx une lettre émettant de sévères réserves quant à cette démarche. Annexée à la lettre, une note rappelait que les thèmes décidés « ne peuvent être l’objet des délibérations ou des décisions d’une Église particulière ».

« Schisme »

L’Église allemande est-elle en train de faire sa révolution ? Ce n’est pas la première fois qu’elle évoque ces questions. Ce fut déjà le cas dans les années 1970, dans le sillage de Vatican II, et sur les mêmes thématiques. Avec pour seule réponse un silence assourdissant de la part de Rome. Mais cette fois, le temps presse. L’Église allemande est affaiblie. Elle est richissime, mais en perte de vitesse. Si les catholiques étaient un peu plus de 23 millions fin 2018, et représentent 27,7 % de la population (les protestants sont 21,1 millions), ce chiffre est en baisse. Cette année-là, 216 078 catholiques ont quitté l’Église. Pour arrêter l’hémorragie, la réforme s’avère urgente. Dans un tel contexte, des voix minoritaires tentent de se faire entendre.

En mai, une grève des femmes a été menée par des catholiques féministes. Une démarche inédite lancée depuis Münster, un appel à la mobilisation pendant une semaine durant laquelle les femmes ont été invitées à « ne pas mettre les pieds dans une église » et à arrêter « tout service volontaire ». Leur analyse du problème est systémique : « Nous croyons que la structure qui encourage et cache les abus est aussi celle qui exclut les femmes du ministère et de la consécration, et donc des décisions fondamentales et du contrôle dans l’Église », ont-elles expliqué, célébrant la messe sur le parvis. Marie-Hélène Müssig est membre du comité de direction du conseil diocésain de Berlin. Elle ne comprend pas pourquoi le mariage des prêtres ou bien l’ordination des femmes pose problème : « Il n’y a aucune raison. Je voudrais leur dire haut et fort que je me sens discriminée parce que je n’ai pas le sexe qu’il faut. En Allemagne, si une femme peut prouver qu’elle n’a pas été prise dans un emploi parce qu’elle était une femme, elle peut faire un procès et on lui donne raison. L’Église se mettrait-elle au-dessus de la loi allemande ? On entend partout que si ça continue, l’Église va faire un schisme. Mais quand je lis des choses sur ce synode amazonien, justement, je vois qu’il y a beaucoup de femmes dans les pays latino-américains qui dirigent une paroisse, une communauté. Ça commence à changer. Et moi, je voudrais que l’ordination des femmes se fasse avant qu’il y ait un manque de prêtres. »

Cette année, les catholiques féministes ont prévu de faire le 3 novembre la même action qu’en mai : une messe sur le parvis à Berlin. « Cette fois, se réjouit Marie-Hélène Müssig, le conseil diocésain a accepté d’apposer son nom sur les invitations. Ce n’était pas le cas en mai. Comme on dit en allemand, à force de persévérance, des gouttes peuvent creuser la pierre. »

Le pape réagit au synode amazonien

Le pape François a demandé de cesser « d’infliger des blessures à nos frères et à notre soeur terre », en déplorant « le visage défiguré de l’Amazonie », victime d’exploitation à outrance, dimanche, lors d’une messe marquant la fin d’un synode consacré à cette région.

« Les erreurs du passé n’ont pas suffi pour qu’on arrête de détruire les autres », a déclaré le pontife, dans son homélie prononcée devant les 184 évêques et cardinaux d’Amazonie ainsi que des dizaines de missionnaires et représentants de peuples indigènes.

« Nous l’avons vu dans le visage défiguré de l’Amazonie », a-t-il condamné, au terme d’un synode qui a publié un document dénonçant comme « un péché écologique » la destruction de la forêt amazonienne par l’exploitation des bois précieux, l’extraction minière et l’élevage intensif.

Se montrant soucieux comme pendant tout le synode de mettre en valeur les coutumes et traditions indigènes, il a dénoncé ceux qui considèrent les autres comme « des déchets », qui « méprisent leurs traditions, effacent leurs histoires, occupent leurs territoires, usurpent leurs biens ».

Dans le document final du synode, les évêques demandent au pape la création d’observatoires locaux pour stopper la destruction de la forêt ainsi que l’établissement d’un fonds mondial pour protéger les populations autochtones et favoriser le développement durable.

Par ailleurs, les « pères synodaux » ont fait d’audacieuses propositions pour renforcer la présence de l’Église catholique dans une région en manque criant de prêtres et où elle est concurrencée par les Églises évangéliques protestantes.

En particulier, ils ont demandé à titre exceptionnel pour l’Amazonie de pouvoir ordonner prêtres des hommes mariés et de donner l’accès du diaconat (possibilité de célébrer des sacrements, sauf l’eucharistie et la confession) aux femmes, dont le rôle est essentiel dans les tribus amazoniennes.
Agence France-Presse