Royaume-Uni: Boris Johnson appelle à des élections avant Noël

Le premier ministre britannique a besoin des deux tiers des voix des députés pour obtenir ses élections anticipées.
Photo: Jessica Taylor House of Commons Associated Press Le premier ministre britannique a besoin des deux tiers des voix des députés pour obtenir ses élections anticipées.

Le premier ministre du Royaume-Uni, Boris Johnson, y va désormais d’une nouvelle stratégie afin de mettre un terme à la saga du Brexit. Il a proposé jeudi aux élus britanniques de tenir des élections anticipées avant Noël, alors que l’Europe doit toujours avaliser un report du divorce déjà deux fois repoussé.

Sur les ondes de la BBC, le chef du gouvernement a offert plus de temps aux députés pour étudier son accord de Brexit récemment conclu avec l’Union européenne. Mais pour cela, « ils doivent approuver des élections législatives le 12 décembre », a-t-il fait savoir à une semaine de la sortie officielle de l’UE, prévue le 31 octobre.

En provoquant des élections, le premier ministre espère vraisemblablement gonfler sa majorité en chambre pour opérer un Brexit rapide et à ses conditions. Car dans les dernières semaines, les rangs du dirigeant conservateur se sont amenuisés : M. Johnson a exclu une vingtaine de députés ayant voté contre lui en plus de perdre le soutien du DUP — le parti unioniste d’Irlande du Nord — opposé à son accord de Brexit.

« Les sondages sont actuellement très favorables au Parti conservateur de M. Johnson », analyse en entretien le professeur associé de science politique à l’UQAM, Alexander Macleod.

Selon lui, le chef du gouvernement désire tirer profit de la « fatigue » généralisée des Britanniques envers le Brexit. Surtout que son principal adversaire, le Parti travailliste, promet, s’il est porté au pouvoir, de renégocier un accord de divorce avec Bruxelles et de le soumettre ensuite à un référendum.

Pression sur les travaillistes

« Les travaillistes n’ont probablement pas grand-chose à gagner dans ces élections », renchérit Laurie Beaudonnet, professeure et chercheuse au CERIUM. D’autant plus que le parti est divisé, en proie à des débats internes sur l’épineux dossier du Brexit.

Mme Beaudonnet perçoit dans le geste de Boris Johnson une tentative de faire pression sur les travaillistes pour qu’ils se rallient finalement à son entente de divorce. Mais elle y voit aussi une manière d’influencer l’UE pour obtenir de leur part un report plus court que les trois mois actuellement envisagés — et demandé il y a quelques jours par M. Johnson à son corps défendant.

Avec le lot d’inconnus qu’implique une élection, « les leaders européens craignent que ça traîne encore un moment », résume la professeure.

Soutien de l’opposition

Qu’à cela ne tienne, le premier ministre britannique a besoin des deux tiers des voix des députés pour obtenir ses élections anticipées. Il doit ainsi rallier le soutien de l’opposition travailliste, deuxième force politique en Chambre derrière les conservateurs.

Il a d’ailleurs écrit une lettre au chef de la formation, Jeremy Corbyn, afin de le convaincre d’appuyer l’organisation d’un scrutin avant Noël.

« Ce parlement a refusé de prendre des décisions. Il ne peut pas refuser de laisser les électeurs le remplacer par un Parlement qui peut prendre des décisions », écrit-il dans cette missive qu’il a également publiée sur son compte Twitter.

M. Corbyn a de son côté répondu qu’il soutiendrait l’organisation d’élections anticipées une fois que le risque d’un Brexit sans accord aura été écarté, attendant la réponse de l’UE sur un report de la date de la sortie du Royaume-Uni pour se prononcer.

Pour rappel, M. Johnson est parvenu la semaine dernière à décrocher un nouvel accord de Brexit avec l’Europe. L’entente, qui a nécessité cinq jours d’intenses négociations entre représentants britanniques et européens, devait recevoir samedi dernier le feu vert des élus de Westminster. Ces derniers ont toutefois reporté le vote et contraint le premier ministre à demander un report du Brexit à l’UE.

Une réunion entre les 27 pays membres est prévue vendredi à Bruxelles. Or, l’avis des États diverge toujours : l’Irlande, par exemple, plaide pour le 31 janvier 2020 alors que la France souhaite un délai plus court. D’autres n’ont pas de position arrêtée. Mais d’après la future présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, la probabilité que l’UE accepte un nouvel ajournement du départ du Royaume-Uni « semble très bonne ».


Victoire en demi-teinte

Mardi, les élus britanniques ont offert une petite victoire à Boris Johnson : ils ont pour une rare fois fait émerger une majorité en faveur de l’entente négociée entre le chef du gouvernement et l’UE, le 17 octobre.

À 329 voix contre 299, les élus se sont prononcés en faveur d’une loi devant transposer les principes du Brexit dans le droit britannique.

Or, ils ont peu après refusé de se prêter à un examen accéléré — en trois jours seulement — du nouvel accord. Le premier ministre souhaitait respecter avec ce calendrier le délai de sortie de l’Union européenne, fixée au 31 octobre. Face à ce revers, M. Johnson avait décidé de suspendre momentanément le processus de ratification.

Le Royaume-Uni, qui s’est prononcé par référendum en juin 2016 pour une sortie de l’UE, devait initialement en partir le 29 mars, une date qui a été reportée au 12 avril puis au 31 octobre.

Avec l’Agence France-Presse