L’avenir du Brexit entre les mains des députés

À peine 20% des Britanniques sont favorables à une sortie de l’Europe avec l’accord de Boris Johnson, selon un sondage publié vendredi.
Photo: Tolga Akmen Agence France-Presse À peine 20% des Britanniques sont favorables à une sortie de l’Europe avec l’accord de Boris Johnson, selon un sondage publié vendredi.

La volonté du peuple aurait changé. C’est en tout cas ce qui était affirmé en lettres géantes de 40 mètres de hauteur dans un champ du Wiltshire, dans le sud-ouest de l’Angleterre, vendredi. « La Grande-Bretagne veut désormais rester [au sein de l’Union européenne] (Britain now wants to remain) », pouvait-on lire sur les images aériennes diffusées en ligne par le groupe de pression baptisé Led by Donkeys (traduction libre : Dirigé par des ânes). Un geste spectaculaire à la veille d’un vote historique prévu au Parlement samedi.

Le premier ministre Boris Johnson va tenter en effet de livrer le Brexit à temps, le 31 octobre prochain, comme il l’a promis en arrivant au pouvoir cet été, et ce, en soumettant au vote son « nouvel accord » de séparation décroché cette semaine après cinq jours de discussion avec l’UE. Le contrat de divorce, qui ne réécrit que 5 % des pages négociées par Theresa May, a calculé The Guardian, est qualifié par plusieurs de « pire » que celui de l’ex-première ministre. Les élus britanniques avaient rejeté à trois reprises cette première entente depuis le début de l’année.

Compte tenu du niveau de lassitude face au Brexit, il est possible que le premier ministre arrive à convaincre les députés d’adopter son accord

Pour le groupe de réflexion indépendant The UK in a Changing Europe, à long terme, l’accord de Boris Johnson pourrait « faire baisser le produit intérieur brut par habitant du Royaume-Uni de 2,3 % à 7 % » sur une période de 10 ans. Et ce, comparativement à ce qu’il serait si le pays restait au sein de l’UE. L’analyse par le même groupe de l’accord de Theresa May pronostiquait une chute moindre, de 1,9 % à 5,5 %.

Les unionistes nord-irlandais, rassemblés au sein du DUP, se préparent à voter contre le nouvel accord de séparation qui fait apparaître une frontière entre la Grande-Bretagne et l’Irlande du Nord. La mesure vise à éviter de ré–installer une frontière entre les deux Irlandes. L’une, au sud, est membre de l’UE ; l’autre, au nord, fait partie du Royaume-Uni. Les accords de paix de 1998 avaient rendu la frontière invisible entre les deux pays, qui ne souhaitent pas revenir en arrière. Brexit ou pas.

L’Irlande du Nord va avoir un caractère hybride en étant liée à l’union douanière européenne tout en restant au sein du Royaume-Uni et risque de se retrouver également au coeur d’un casse-tête fiscal.

Appels au rejet

Sur les ondes de la BBC, le travailliste John McDonnell a appelé les élus de son parti à voter contre l’accord de Johnson samedi en soulignant que ce nouveau texte négocié aurait des répercussions négatives sur « l’environnement, les consommateurs et les droits des travailleurs » et porterait donc atteinte aux valeurs défendues par la formation politique. À la veille de la présentation du texte aux parlementaires, 21 membres de l’opposition travailliste pourraient influencer l’issue du vote en faveur du premier ministre conservateur. Au dernier décompte, 259 députés étaient prêts à entériner l’accord. Boris Johnson a besoin de 319 voix pour crier victoire.

« Compte tenu du niveau de lassitude face au Brexit, il est possible que le premier ministre arrive à convaincre les députés d’adopter son accord, fait remarquer Alexander Macleod, professeur au Département de sciences politiques de l’UQAM. Par ailleurs, plusieurs tenants d’un Brexit dur pourraient l’appuyer, même s’ils n’en sont pas totalement satisfaits, pour éviter que les pro-Européens ne reprennent le dessus dans ce dossier. »

Jeudi soir, l’ex-premier ministre David Cameron a comparé Boris Johnson à un « cochon graissé » pour résumer ses chances de faire passer son accord. « Le problème avec un cochon graissé, c’est qu’il arrive à se faufiler entre les mains des gens là où les simples mortels échouent », a-t-il dit lors d’un événement public dans le Yorkshire, a rapporté The Guardian.

Rappelons qu’un vote positif pour l’accord n’est qu’une étape dans le Brexit en cours et annoncerait alors le début des négociations d’un traité commercial entre le Royaume-Uni et l’UE, dont le processus pourrait, lui aussi, s’annoncer tout aussi complexe et divisif que la première partie de la séparation.

À peine 20 % des Britanniques sont favorables à une sortie de l’Europe avec l’accord de Boris Johnson, selon un sondage Kantar dont les derniers chiffres ont été publiés vendredi. En comparaison, 51 % sont désormais pour le maintien de leur pays au sein de l’UE, et ce, plus de trois ans après le référendum qui a lancé le processus du Brexit à la demande de 52 % des Britanniques.