Comment les manifestants catalans s’inspirent de Hong Kong

En entreprenant des actions comme le blocage de l’aéroport de Barcelone, les militants indépendantistes catalans s’inspirent ouvertement de techniques vues à Hong Kong.
Photo: Lluis Gene Agence France-Presse En entreprenant des actions comme le blocage de l’aéroport de Barcelone, les militants indépendantistes catalans s’inspirent ouvertement de techniques vues à Hong Kong.

Blocage de l’aéroport, tracts traduits du chinois : dans la rue comme sur les réseaux sociaux, les militants indépendantistes catalans s’inspirent ouvertement de techniques de mobilisation des manifestants à Hong Kong.

Peu après l’annonce de la condamnation de neuf dirigeants séparatistes à de longues peines de prison, à 12 h 59 précises (6 h 59 à Montréal) lundi, 240 000 usagers de Telegram reçoivent un appel à marcher vers l’aéroport du Prat. « Objectif : paralyser l’activité de l’aéroport de Barcelone », comme celui de Hong Kong début septembre.

Le message émane de l’organisation anonyme Tsunami démocratique.

Sur la même application, des centaines de fausses cartes d’embarquement sont distribuées pour franchir les contrôles.

Les manifestants n’y parviendront pas, mais ils provoqueront un gigantesque embouteillage aux accès à l’aéroport qui empêchera les équipages d’arriver : une centaine de vols seront annulés.

À Hong Kong, les militants avaient acheté des billets d’avion pour entrer dans le terminal.

« Regardez Hong Kong ! »

Tsunami démocratique termine l’un de ses messages par le mot-clic #BeWater (« sois comme l’eau »), slogan et tactique de manifestation reposant sur l’imprévisibilité et la rapidité. Né à Hong Kong, le mot-clic, qui reprend une formule de la vedette hongkongaise du kung-fu Bruce Lee, circule sur les comptes Twitter en catalan.

La police régionale catalane, les Mossos d’Esquadra, a constaté que les manifestants utilisaient « de manière ponctuelle » des pointeurs lasers contre ses agents à Barcelone. Popularisée et généralisée à Hong Kong, « c’est une pratique très inhabituelle ici », a déclaré un porte-parole des Mossos à l’AFP.

Hong Kong est sur toutes les lèvres.

« Maintenant, le peuple doit être dans la rue, toutes les révoltes partent de là, regardez Hong Kong ! » déclarait mercredi à l’AFP une manifestante de 62 ans, Victoria Santos.

« Hong Kong a donné l’exemple en donnant une dimension mondiale à un conflit local », écrivait en septembre l’éditorialiste indépendantiste Jordi Barbeta dans le quotidien régional El Nacional, tandis que le mouvement catalan cherche lui aussi des appuis internationaux, dans son épreuve de force avec Madrid.

L’utilisation militante en Catalogne de la messagerie Telegram est « un apprentissage direct des manifestations de Hong Kong » qui ont commencé en juin dernier, a expliqué un responsable du collectif indépendantiste Pique-nique pour la république, qui demande à garder l’anonymat.

La principale organisation civile séparatiste, l’Assemblée nacionale catalane (ANC), a invité en septembre ses membres à une conférence intitulée « L’usage des nouvelles technologies dans la lutte non violente : l’exemple de Hong Kong ».

Les canaux numériques utilisés sur le territoire chinois « garantissent la fiabilité et la confiance des usagers », a déclaré à l’AFP le secrétaire national de l’ANC, Jordi Vilanova.

Inspiration directe

Parfois, les indépendantistes reprennent simplement les tracts de l’ex-colonie britannique. Ainsi, une infographie expliquant les gestes à adopter face aux canons à eau, partagée par des internautes, contient encore les instructions en chinois.

Des tracts distribués jeudi par des militants radicaux des Comités de défense de la République reproduisent une infographie sur les accessoires de protection des militants hongkongais. D’autres attirent l’attention sur l’application participative @hklive, qui localise en temps réel la position des forces de l’ordre à Hong Kong.

Un groupe d’indépendantistes catalans créé fin août a même adopté les casques jaunes des manifestants de Hong Kong et s’est baptisé du même nom « Cascos grocs ».

Côté chinois, des personnalités comme les artistes Ai Wei Wei, Baduciao et la militante Denise Ho Wan-See ont affiché leur soutien aux mobilisations catalanes sur les réseaux sociaux.

« Il y a de la sympathie entre ces minorités auxquelles on ne donne pas l’espace politique suffisant pour s’exprimer », mais « ça ne veut pas dire que nous allons maintenant mettre au point une stratégie commune », nuance Jordi Vilanova à l’AFP.

À l’inverse, le quotidien d’État China Daily a diffusé mardi une vidéo montrant les heurts entre manifestants et policiers à l’aéroport de Barcelone et prévenu que « le séparatisme ne sera toléré dans aucun pays », avec le mot-clic #HongKong.