Brexit: discussions de dernière minute entre Boris Johnson et son homologue irlandais

Depuis la présentation la semaine dernière par Boris Johnson d’un plan de Brexit, rejeté par les Européens, aucun progrès majeur n’a été annoncé.
Photo: Isabel Infantes Agence France-Presse Depuis la présentation la semaine dernière par Boris Johnson d’un plan de Brexit, rejeté par les Européens, aucun progrès majeur n’a été annoncé.

Le premier ministre irlandais Leo Varadkar et son homologue britannique Boris Johnson étaient en pleines discussions jeudi, espérant faire des progrès sur la question de la frontière irlandaise, sur laquelle butent toujours les négociations du Brexit.

Les deux hommes se sont retrouvés à la mi-journée dans un manoir près de Liverpool (nord-ouest de l’Angleterre).

« Je suis ici dans le Cheshire au Royaume-Uni avec le premier ministre @BorisJohnson pour parler du #Brexit. Impatient d’avoir une conversation détaillée pour voir si on peut faire des progrès », a tweeté Leo Varadkar, un message accompagné de plusieurs photos des deux hommes souriants.

Le temps est compté: il ne reste plus qu’une semaine avant un sommet européen crucial pour éviter une sortie de l’UE sans accord aux conséquences douloureuses le 31 octobre.

Organisée à la veille d’une visite à Bruxelles du ministre britannique du Brexit, la rencontre entre MM. Johnson et Varadkar dans le nord-ouest de l’Angleterre est « privée afin de permettre aux deux dirigeants et à leurs équipes d’avoir des discussions détaillées », a indiqué Downing Street.

L’Irlande est une question clé, Londres et Bruxelles ne parvenant pas à s’accorder sur la manière d’éviter un retour à une frontière physique entre l’Irlande du Nord, une province britannique, et la République d’Irlande, qui restera membre de l’UE, et de préserver la paix sur l’île, qui a connu plusieurs décennies de violences.

La principale organisation patronale britannique, la CBI, a exhorté jeudi les deux parties à « mettre toute leur énergie dans un compromis ». « Restez à la table (des négociations) et parvenez à un accord », implore dans un communiqué la CBI, qui redoute les conséquences économiques d’un no deal.

Mais le calendrier est serré. L’UE a donné jusqu’à vendredi au gouvernement britannique pour lui présenter un compromis acceptable sur la frontière et arriver à une séparation à l’amiable plus de trois ans après la victoire du « Leave » au référendum de juin 2016.

Depuis la présentation la semaine dernière par Boris Johnson d’un plan de Brexit, rejeté par les Européens, aucun progrès majeur n’a été annoncé.

« Traître »  Le secrétaire d’État britannique chargé des entreprises, Kwasi Kwarteng, s’est malgré tout voulu optimiste jeudi, affirmant qu’il y avait une « chance d’obtenir un accord ».

Leo Varadkar et Boris Johnson « sont extrêmement concentrés pour résoudre ce problème et essayer de parvenir à un accord », a déclaré M. Kwarteng.

Le négociateur en chef de l’UE Michel Barnier a rappelé mercredi devant le Parlement européen que « le temps presse ». « Au moment où je vous parle, nous ne sommes pas au point d’envisager et de trouver un accord », a-t-il constaté.

Plus véhément, l’eurodéputé libéral belge Guy Verhofstadt, référent sur le Brexit au Parlement européen, s’en est pris à Boris Johnson: « Le véritable traître est celui ou celle qui risque de provoquer une catastrophe pour son pays, son économie et ses citoyens, en poussant le Royaume-Uni hors de l’UE ».

Vote populaire Faute d’accord le 19 octobre, une loi impose au premier ministre de demander un report de trois mois, bien qu’il ait promis un Brexit « coûte que coûte » le 31 octobre.

Cette demande de report devra être approuvée à l’unanimité des autres États membres, et devra être motivée, a souligné mercredi la secrétaire d’État française aux Affaires européennes, Amélie de Montchalin.

« Si des nouvelles élections, si un nouveau référendum, s’il y a un changement politique qui nous laisse à penser que nous pourrions avoir un dialogue de nature différente de celui que nous avons aujourd’hui, alors une demande d’extension peut être discutée », a-t-elle déclaré. « Mais donner plus de temps dans les mêmes conditions, on le voit, ne nous donnerait pas énormément d’espoir qu’il se passe des choses différentes », a-t-elle ajouté devant la commission des Affaires étrangères de l’Assemblée nationale sur le Brexit.

Des élections anticipées semblent inévitables vu la profondeur de la crise politique dans laquelle le Brexit a plongé le Royaume-Uni, et tous les partis s’y préparent activement.

Lors d’un discours jeudi à Northampton, Jeremy Corbyn, le chef du principal parti d’opposition, le Labour (gauche), a promis s’il arrivait au pouvoir, de décrocher un accord de Brexit dans les trois mois et de présenter celui-ci au vote des Britanniques, ainsi que l’option de rester au sein du Royaume-Uni.

« Le Labour fait confiance aux gens pour décider », a plaidé M. Corbyn.