La France adresse ses derniers adieux à Jacques Chirac

Un service religieux familial pour M. Chirac a été célébré avant l’hommage militaire et des funérailles privées ont ensuite eu lieu au cimetière de Montparnasse.
Photo: Philippe Lopez Agence France-Presse Un service religieux familial pour M. Chirac a été célébré avant l’hommage militaire et des funérailles privées ont ensuite eu lieu au cimetière de Montparnasse.

La France a adressé lundi un ultime adieu à son ancien président Jacques Chirac, qui a été inhumé dans la plus stricte intimité à Paris après avoir reçu un hommage solennel en présence de quelque 80 personnalités étrangères, dont Vladimir Poutine.

Selon le souhait de son épouse Bernadette, Jacques Chirac repose au cimetière du Montparnasse dans le caveau de leur fille aînée Laurence, décédée en 2016 et dont le destin tragique a été le drame de sa vie.

Peu avant, à la mi-journée, le cercueil drapé de bleu-blanc-rouge de l’ancien président, décédé le 26 septembre à 86 ans, avait remonté la nef de l’église parisienne Saint-Sulpice, sous les yeux de près de 2 000 invités, applaudi par la foule massée sur le parvis.

Le deuxième plus grand édifice religieux de la capitale française, derrière la cathédrale Notre-Dame, toujours fermée au public après l’incendie qui l’a ravagée le 15 avril, était comble, avec 80 personnalités étrangères, chefs d’État et de gouvernement, anciens dirigeants et membres de famille royales.

Outre le président russe Vladimir Poutine, ses homologues italien Sergio Mattarella et congolais Denis Sassou Nguesso, les Premiers ministres libanais Saad Hariri et hongrois Viktor Orban étaient présents, ainsi que l’ex-président des États-Unis, Bill Clinton, le roi Abdallah de Jordanie et l’émir du Qatar, Tamim Bin Hamad Al-Thani.

Le président Emmanuel Macron a ensuite reçu à l’Élysée nombre de ces visiteurs pour un déjeuner. Il a remercié les dirigeants étrangers présents, y voyant «une preuve d’amitié et une marque de respect» pour le peuple français.

En sortant du déjeuner, l’ancien président américain Bill Clinton s’est souvenu que Jacques Chirac était «toujours positif, toujours très Français, et très protecteur des intérêts français mais d’une manière qui rassemblait les gens et pas en les divisant. Regardez qui est venu ici aujourd’hui pour lui rendre hommage».

Il «me manquera, je l’aimais bien. J’aimerais bien que ce vieux Jacques soit encore là», a-t-il ajouté avec nostalgie.

Ce lundi a été décrété journée de deuil national en France, avec une minute de silence dans les administrations et les écoles, des honneurs funèbres militaires.

Signe des liens forts que M. Chirac entretenait avec le Liban, Saad Hariri a décrété une journée de deuil national lundi dans son pays.

Des milliers d’anonymes se sont recueillis

À l’annonce du décès, nombre de personnalités dans le monde avaient honoré la mémoire de cette grande figure de la politique française, maire de Paris pendant 18 ans, plusieurs fois Premier ministre, président de la République de 1995 à 2007.

Vladimir Poutine avait ainsi salué jeudi un leader «sage et visionnaire».

Les condoléances des États-Unis ont quelque peu tardé: Jacques Chirac s’était illustré en disant «Non» à la guerre en Irak en 2003. «Ayant dédié sa vie au service public, l’ancien président Chirac a travaillé sans relâche pour préserver les valeurs et les idéaux que nous partageons avec la France», a déclaré le secrétaire d’État Mike Pompeo dans un communiqué dimanche.

Les Français, eux, ont rendu un dernier hommage à Jacques Chirac sur le trajet du convoi funéraire jusqu’à l’église Saint-Sulpice. «Il était proche des simples. Il aimait les gens. Il disait ce qu’il pensait avec son franc-parler. On manque aujourd’hui de responsables politiques qui vont au contact», a témoigné Florien, un ambulancier de 26 ans venu de province.

Déjà dimanche, plusieurs milliers d’anonymes s’étaient pressés à l’hôtel militaire des Invalides — qui héberge notamment le tombeau de Napoléon — pour aller se recueillir devant le cercueil.

Ces citoyens, souvent émus, ont longuement patienté pour pouvoir défiler devant le cercueil de l’une des grandes figures de la droite française dont la longévité, entre brillants succès et échecs cuisants, a démontré une exceptionnelle capacité de rebond.

«Ma mère est très très réconfortée en ayant vu ces images» à la télévision, a déclaré sa fille Claude Chirac au sujet de sa mère Bernadette, elle-même très «fragilisée» et qui n’est pas apparue publiquement depuis le décès de son époux.

À l’église Saint-Sulpice, le service solennel s’est déroulé en présence des anciens présidents François Hollande, Nicolas Sarkozy et Valéry Giscard d’Estaing.

«La France est toujours paradoxale: elle veut des rois et elle leur coupe la tête, elle dégage les vivants et sacre les morts, elle est aussi bien dans la nostalgie que dans la recherche de la nouveauté», a commenté lundi François Hollande.

Jacques Chirac n’avait jamais été aussi populaire que depuis qu’il avait quitté le pouvoir, bien qu’il ait été le premier président français à être condamné par la justice — en 2011, alors qu’il n’était plus au pouvoir — dans une affaire d’emplois fictifs.

La classe politique française était largement représentée. Mais la cheffe de l’extrême droite Marine Le Pen a renoncé à s’y rendre, après les réserves de la famille Chirac sur sa présence.