Tollé en Allemagne après l’élection à l’unanimité d’un néonazi dans une bourgade

Stefan Jagsch, élu et adhérent du Parti national-démocrate (NPD), ultranationaliste
Photo: Andreas Arnold Agence France-Presse Stefan Jagsch, élu et adhérent du Parti national-démocrate (NPD), ultranationaliste

L’élection d’un membre d’un parti néonazi à la tête de l’assemblée d’une bourgade de l’ouest de l’Allemagne, avec le soutien unanime d’élus locaux conservateurs et sociaux-démocrates, a provoqué un tollé parmi les partis politiques allemands, qui appellent à une annulation de cette décision.

Stefan Jagsch, un adhérent du Parti national-démocrate (NPD), ultranationaliste, a été élu jeudi chef du conseil municipal de Waldsiedlung, une commune de 2500 habitants du district d’Altenstadt, à 30 kilomètres au nord-est de Francfort. Il a reçu le soutien de membres locaux de la CDU, le parti de la chancelière Angela Merkel, mais aussi d’élus du SPD (sociaux-démocrates) et du FDP (libéraux).

Cette élection a suscité des remous tant au fédéral que sur le plan régional. Beaucoup s’interrogent sur les raisons pour lesquelles il n’y avait pas de « candidat démocratique » pour faire barrage à Stefan Jagsch, comme l’a souligné le chef du groupe parlementaire du FDP, Marco Buschmann. De nombreuses questions se posent aussi sur ce vote unanime pour cet homme de la part de personnalités aux sensibilités si diverses.

La position du SPD est claire: nous ne coopérons pas avec des nazis ! Jamais !

Stefan Jagsch a été élu car il n’y avait pas d’opposant, le candidat du NPD n’ayant fait que « combler le vide », s’est désolé Markus Brando, le président du SPD pour Altenstadt, dans des déclarations faites au journal local Merkur.

« La position du SPD est claire : nous ne coopérons pas avec des nazis ! Jamais ! » a réagi dans un gazouillis samedi le secrétaire général de ce parti, Lars Klingbeil. « Cela s’applique au gouvernement fédéral, à l’État et aux municipalités. » « La décision à Altenstadt est incompréhensible et ne peut être justifiée. Il faut revenir dessus immédiatement. #NoNPD », a-t-il ajouté.

« Déshonneur »

Le secrétaire général de la CDU, Paul Ziemiak, a aussi réclamé que l’on revienne sur ce vote. « Je suis choqué. L’élection du membre d’un parti qui poursuit des objectifs anticonstitutionnels est un déshonneur », a-t-il dit dans l’édition de lundi du Bild. « J’entends que cette décision soit corrigée », a-t-il ajouté.

Peter Tauber, un représentant de la CDU au Bundestag de la Hesse, l’État dans lequel se trouve Waldsiedlung, a menacé d’agir contre ceux qui ont aidé Stefan Jagsch à se faire élire. « Celui qui n’a pas de boussole politique et morale et […] prend une décision électorale aussi irresponsable ne peut faire partie de la CDU », a publié sur Twitter M. Tauber samedi. « L’élection d’un responsable politique du NPD à Altenstadt avec l’aide de [membres de] la CDU » me « fait horreur », a-t-il ajouté.

Marco Buschmann (FDP) a décrit l’élection de Stefan Jagsch comme « doublement mauvaise : premièrement, les démocrates ont voté pour quelqu’un comme lui et deuxièmement, aucun candidat démocratique n’était prêt à assumer » ces fonctions.

Les responsables régionaux de la CDU et du SPD ont également condamné cette élection. « L’élection d’un membre d’un parti qui, selon la Cour constitutionnelle fédérale, poursuit des objectifs anticonstitutionnels est incompréhensible et intolérable pour la CDU », ont écrit Sven Mueller-Winter, le chef du parti à Altenstadt, et sa présidente régionale, Lucia Puttrich, dans une déclaration commune. Ils ont appelé les élus locaux à « reconsidérer, comprendre et corriger leur mauvaise décision ».

Lisa Gnadl, qui dirige le SPD dans le district, s’est dite « complètement abasourdie » que Stefan Jagsch ait été « élu à l’unanimité », avec le vote de membres de la CDU, du SPD et du FDP. Sur sa page Facebook, Stefan Jagsch a quant à lui assuré qu’il soutiendrait « les intérêts de notre district » et qu’il était déterminé à « oeuvrer de façon constructive avec tout le monde et tous les partis », assurant être venu « du peuple, pour le peuple ».